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Économie - Splendeurs Et Misères Économiques

Le jour où le cash n’existera plus

Né à Beyrouth, Michel Santi est un macroéconomiste franco-suisse qui conseille des banques centrales et des fonds souverains. Il est notamment l’auteur de « L’Europe, chroniques d’un fiasco économique et politique » et de « Misère et opulence ».

Une banque peut invoquer de multiples prétextes dès lors qu'il s'agit pour elle d'empêcher son client de retirer des espèces : attendre qu'un chèque ou qu'un virement en faveur de son client soient honorés par l'établissement payeur. Opposer une fin de non-recevoir, car le montant souhaité dépasse les limites autorisées sur la carte bancaire de son client. Ne pas accepter les pièces d'identité produites au guichet lors du retrait. Autant de motifs, et bien d'autres, invoqués régulièrement par les banques pour ne pas satisfaire les besoins ponctuels en espèces de leurs clients.
Car si tous les clients des banques exigeaient de convertir en même temps la totalité de leurs comptes bancaires en espèces, l'ensemble du système financier serait condamné à l'effondrement ! L'utilisation de cash – et son retrait – est donc strictement encadrée.
Qui plus est, l'avènement des taux négatifs européens en 2015 a sonné le coup de grâce de l'utilisation des espèces qui sont désormais très réglementées par les banques, et surtout par la première d'entre elles, à savoir la Banque centrale, chargée de préserver en tout temps la bonne marche du système bancaire et de ses intervenants.
Les espèces – dont le taux d'intérêt est de 0 % – constituent en effet le seul recours pour contrer les taux négatifs prélevés par les banques. La Banque centrale fait donc appel à ses bras armés – les banques – pour restreindre drastiquement les retraits en cash, afin d'optimiser sa politique des taux négatifs. Voilà pourquoi les autorités françaises viennent d'adopter des mesures très strictes consistant (entre autres) à réduire de 3 000 à 1 000 euros tout paiement en espèces.
Voilà également pourquoi la Banque nationale suisse a ordonné aux banques helvétiques de décourager fortement tout retrait de cash à leurs guichets. Voilà enfin qui explique la disparition prochaine et programmée de la grosse coupure de 1 000 francs suisses. Si ce contexte de taux négatifs devait persister, voire s'aggraver, il est quasi certain que ces grosses coupures se négocieront un jour prochain à des prix dépassant leur valeur intrinsèque. C'est-à-dire que le billet de 500 euros pourrait se payer sous la forme d'un virement bancaire de 515 euros, voire plus...
Les espèces en circulation au sein du monde occidental empêchent donc son redressement économique. Elles sont en effet de l'ordre de 4 000 dollars en moyenne par habitant aux États-Unis et en Europe, le double au Japon. En outre, 77 % des espèces en circulation aux États-Unis sont des billets de 100 dollars, 54 % des espèces en Europe sont des billets de 100 euros et plus. Tandis que règnent aujourd'hui les grosses coupures, alors que la masse des liquidités en circulation atteint des niveaux record, il devient impératif d'éradiquer le cash de nos sociétés.
L'absence d'espèces permettrait en effet à la Banque centrale de répercuter de manière optimale les taux négatifs sur les comptes bancaires des usagers qui – étant dans l'impossibilité de convertir leurs avoirs bancaires en cash – seraient dès lors motivés à dépenser plus au lieu de conserver des comptes bancaires coûteux... Autrement dit : la relance de la croissance par l'absence de cash.
Les taux négatifs inaugurent une ère nouvelle pour nos méthodes de consommation comme pour certains de nos réflexes économiques ancestraux. À cet égard, la limitation drastique de l'usage des espèces comme leur élimination programmée n'est que l'étape préliminaire d'un contexte économique et financier global qui verra la disparition progressive de la multitude des devises mondiales et le maintien de deux ou trois monnaies dont l'usage sera universel et dont les marges de fluctuation seront encadrées afin de ne pas pénaliser les échanges commerciaux.

Une banque peut invoquer de multiples prétextes dès lors qu'il s'agit pour elle d'empêcher son client de retirer des espèces : attendre qu'un chèque ou qu'un virement en faveur de son client soient honorés par l'établissement payeur. Opposer une fin de non-recevoir, car le montant souhaité dépasse les limites autorisées sur la carte bancaire de son client. Ne pas accepter les pièces d'identité produites au guichet lors du retrait. Autant de motifs, et bien d'autres, invoqués régulièrement par les banques pour ne pas satisfaire les besoins ponctuels en espèces de leurs clients.Car si tous les clients des banques exigeaient de convertir en même temps la totalité de leurs comptes bancaires en espèces, l'ensemble du système financier serait condamné à l'effondrement ! L'utilisation de cash – et son retrait – est...
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