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Économie

Le Liban doit réorienter les IDE vers les infrastructures

Investissements

Selon le rapport publié hier par la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), les investissements directs étrangers au Liban ont augmenté de 6,6 % en 2014. Khaled Hussein, responsable du département finances et globalisation à la Commission économique et sociale de l'Onu pour l'Asie occidentale (Escwa), analyse pour « L'Orient-Le Jour » les raisons de ce rebond inattendu.

25/06/2015

Comment expliquez-vous le rebond des investissements directs étrangers (IDE) au Liban en 2014 dans le contexte économique et sécuritaire actuel ?
La crise politique et sociale que traverse le pays n'a eu finalement que peu d'incidence sur la confiance des investisseurs qui se basent sur des projections. Les IDE au Liban restent stables et gravitent autour de 3 milliards de dollars depuis 2011. Après avoir enregistré l'une des pires contre-performances en 2013, avec 2,8 milliards d'investissement seulement (en recul de 11 % par rapport à 2012), les IDE ont rebondi de 6,6 % en 2014 pour s'établir à 3,1 milliards de dollars. C'est une première depuis quatre ans et cela constitue une prouesse compte tenu du contexte régional.
Le Liban est par ailleurs l'un des six pays de la zone Mena – avec le Qatar, l'Égypte, le Maroc, le Sud-Soudan et la Jordanie – à avoir terminé l'année sur une note positive. Il se situe même en tête de file concernant le ratio des IDE par rapport à son PIB, qui représentent 6,8 % en 2014. Au Moyen-Orient, seule la Jordanie fait presque aussi bien avec un ratio de 5,3 %.
Cependant, ces bonnes performances libanaises restent très en deçà de celles connues à la fin des années 2000, lorsque les IDE au Liban se situaient aux alentours des 4 milliards de dollars par an. Pour retrouver des performances semblables, il faudrait que les conditions d'une paix durable dans la région soient réunies.

Quels sont les avantages comparatifs du Liban en termes de captation des IDE ?
Outre sa forte culture entrepreneuriale, le Liban se distingue de ses voisins par les spécificités territoriales et son positionnement géographique, qui en fait une véritable plaque tournante régionale – du moins jusqu'à la fermeture, en avril, du poste frontière syro-jordanien de Nassib qui a de facto bloqué les voies d'exportation terrestres. Le pays peut aussi compter sur la qualité de ses ressources humaines, qui le placent dans le haut du panier en ce qui concerne les services bancaires, la logistique ainsi qu'une main-d'œuvre qualifiée dans les domaines de l'informatique et des technologies de l'information.
Il est donc logique que les investisseurs continuent de miser sur le potentiel économique du pays, qui reste par ailleurs beaucoup plus sûr sur le plan sécuritaire que plusieurs de ses voisins.

Quels sont les secteurs les plus attractifs pour les investisseurs étrangers ?
En termes de répartition, la part d'IDE investie dans l'immobilier – qui dépassait les 50 % du total des investissements à la fin des années 2000 – a perdu du terrain. Selon les chiffres fournis par l'Autorité de développement des investissements au Liban (Idal), 31 % des entreprises qui ont bénéficié des IDE en 2014 sont des commerces de gros ou de détail. Elles sont suivies par celles engagées dans le secteur touristique (17 %) et les services (16 %). Même si elles ne révèlent pas la réalité de la répartition des IDE en volume par secteur, ces données donnent néanmoins des indices quant à l'évolution de la hiérarchie des secteurs les plus porteurs dans le pays.
Le Liban ne pourra toutefois espérer exploiter son plein potentiel qu'à condition de réorienter une large partie des IDE vers la modernisation de ses infrastructures, en commençant par son réseau électrique. C'est ce qu'ont fait la plupart des pays en développement d'Asie de l'Est il y a des décennies, et cela leur permet aujourd'hui de constituer la première destination mondiale d'IDE, avec 465 milliards de dollars investis dans cette zone en 2014.

 

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Les IDE en baisse de 8 % dans la région

Les investissements directs étrangers ont atteint 44 milliards de dollars en 2014 dans la zone Mena, en baisse de 7,5 % par rapport à 2013 (47,5 milliards de dollars), selon le dernier rapport de la Cnuced. Il s'agit de la quatrième baisse annuelle consécutive, en raison de « la succession des crises qui ont frappé la région, à commencer par la crise économique mondiale et les conflits militaires », souligne la Cnuced.
La Turquie reste le plus grand bénéficiaire d'IDE dans la région avec 12 milliards de dollars, en hausse annuelle de 2 %. La part des pays arabes a représenté 3,6 % du total des IDE en 2014. Ce sont les Émirats arabes unis qui arrivent en tête pour la seconde année consécutive avec 10 milliards de dollars d'IDE, suivis de l'Arabie saoudite (8 milliards de dollars), de l'Égypte (4,8 milliards de dollars), de l'Irak (4,8 milliards de dollars), du Maroc (3,6 milliards de dollars) et du Liban (3,1 milliards de dollars).
Les IDE émanant des pays de la région ont quant à eux diminué de 6 %. Les investissements du Koweït à l'étranger ont ainsi baissé de 21 % à 13 milliards de dollars, tandis que ceux de la Turquie à l'étranger ont bondi de 89 % à 6,7 milliards de dollars.
Au niveau mondial, les IDE ont baissé de 16 % à 1 500 milliards de dollars, en raison notamment de la fragilité de l'économie mondiale et de l'augmentation des risques géopolitiques. La Chine a été le gros bénéficiaire d'IDE en 2014, suivie de Hong Kong et des États-Unis. La Cnuced estime que les IDE vont augmenter au niveau mondial en 2015 pour atteindre 1 700 milliards de dollars.

 

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