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Un monde de solutions (III)

Un pont entre les Saoudiennes et le marché de l’emploi

Ziad ALZIYADI (Al-Hayat/ARABIE SAOUDITE)
OLJ
20/06/2015

Les difficultés stimulent la créativité. L'histoire de Khalid al-Khudairi, jeune Saoudien, en est la meilleure illustration. Les problèmes rencontrés par sa sœur, titulaire d'un diplôme de haut niveau, pour entrer dans le monde du travail l'ont conduit à imaginer une solution simple, qui consiste à réunir sur le Web les employeurs et les femmes à la recherche d'un emploi.
Très vite, le site Web prend la forme d'une entreprise, Glowork, incontournable dès qu'on parle de l'emploi des femmes en Arabie saoudite.
Khalid al-Khudairi a monté son projet dans un petit bureau avec une poignée d'employés en 2011. Aujourd'hui, le siège a été transféré dans des locaux spacieux dans une rue huppée de la capitale saoudienne, Riyad, et la société compte plusieurs dizaines d'employés, dont 85% de femmes.
Mais celui qui était auparavant directeur d'exploitation d'une grande entreprise saoudienne n'aurait pas pu quitter son emploi et un salaire confortable sans le soutien de l'association Ashoka International, qui vient en aide aux personnes souhaitant monter une entreprise, et paie, pendant trois ans, tous les frais nécessaires pour qu'elles puissent conserver le même niveau de vie.
Pour Khalid al-Khudairi, le fossé entre les femmes à la recherche d'un emploi, les entreprises et l'absence de lieu de rencontre était une chance à saisir. Il a donc créé un site Web sur lequel les demandeuses d'emploi peuvent déposer leur CV. L'employeur n'a plus alors qu'à sélectionner la candidate qui convient le mieux au poste proposé.
L'entreprise a connu un essor rapide. Elle a commencé par trouver des postes qui correspondaient aux profils des candidates et par encourager les employeurs à embaucher des femmes en télétravail. Les entreprises économisent ainsi les frais de transport qu'elles versent habituellement à leurs employées et Khalid a trouvé une solution à un problème récurrent des femmes, qui n'ont pas le droit de conduire et devaient donc trouver un moyen de transport pour aller travailler.
Avec le temps, Khalid est parvenu à attirer des investisseurs et à augmenter le capital de l'entreprise afin de développer des projets que Glowork voit comme des occasions en or, à l'heure où l'État met en place des programmes de développement qui soutiennent les entreprises ouvrant des postes aux femmes.
Le secteur privé a adopté de nombreuses directives sur le travail des femmes, qui ont eu une influence positive sur la création de postes et de débouchés pour les Saoudiennes dans une multitude de secteurs, dont le commerce et l'industrie, qui emploient plus de 12000 femmes, selon les chiffres du Fonds de développement des ressources humaines.
Khalid al-Khudairi ne nie pas qu'il s'appuie sur les mesures adoptées par l'État. Mais son choix de se spécialiser sur l'emploi au féminin lui a permis d'acquérir une expérience qu'il a ensuite transmise aux administrations de l'État chargées de l'emploi des femmes, grâce aux enquêtes réalisées auprès des candidates mais aussi aux critères d'embauche fixés par les employeurs. Glowork propose également des solutions aux entreprises qui souhaitent embaucher des femmes mais n'ont pas l'expérience nécessaire pour aménager les lieux de travail, les contrats, ou encore pour fixer des salaires adaptés.
«Ça n'a pas été facile de convaincre les entreprises d'embaucher des femmes. Mais les nombreux exemples de recrutements fructueux ont permis d'améliorer l'image des femmes au travail, et l'État a soutenu leur recrutement », explique Khalid al-Khudairi.
Parmi les initiatives lancées par le jeune Saoudien et son entreprise, la plus marquante est le Salon de l'emploi des femmes, baptisé « A Step Ahead Career ». Parrainé par des émirs locaux, il est organisé chaque année dans plusieurs régions d'Arabie saoudite, fréquenté par plusieurs dizaines de milliers de femmes à la recherche d'un emploi, et voit la participation de plusieurs centaines d'entreprises. Le Salon s'adresse en priorité aux jeunes diplômées saoudiennes et aux étudiantes qui sont sur le point de terminer leur cursus universitaire.
Le Salon fait comprendre aux femmes l'importance de travailler et leur explique la marche à suivre pour surmonter les difficultés auxquelles elles peuvent se heurter. Il est également l'occasion d'apprendre à rédiger un CV, qui est selon Khalid la « pièce d'identité incontournable » pour les femmes qui veulent trouver un emploi qui leur corresponde. À l'heure actuelle, la société de Khalid permet le recrutement de 25 femmes par jour en moyenne.

 

Cet article fait partie de notre édition spéciale "Un monde de solutions" réalisée avec Sparknews dans le cadre de l'Impact Journalism day

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