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Nos lecteurs ont la parole - Cyril Sahyoun

La loi « Ella »

Chère Ella, chers parents d'Ella, chers Collègues au Liban,

« Ella » pourrait être le nom qu'on donnera à la proposition d'une prochaine législation. Une législation phare qui ordonnera de répartir des protocoles dans tous les hôpitaux du Liban. Des protocoles pour reconnaître un état de choc septique chez l'enfant et le soigner agressivement.
Concrètement, il serait nécessaire de créer dans chaque hôpital un environnement et une structure d'urgence qui ne dépendent pas de l'arrivée du médecin privé du patient. Ayant passé des entretiens pour un emploi potentiel à Beyrouth, il y a quelques années, j'ai appris que trop souvent, les parents ne permettent pas au personnel hospitalier de prendre en charge leur enfant avant l'arrivée de leur médecin privé, ou que les médecins privés eux-mêmes demandent aux urgences d'attendre qu'ils soient sur place avant de commencer le traitement, même dans les plus grands centres hospitaliers. Cela est complètement absurde.
Quelques idées :
1. Soutenir les campagnes de vaccination. Elles représentent la première porte de protection contre les chocs septiques et autres maladies infectieuses potentiellement graves.
2. Intensifier l'éducation de la médecine fondée sur les faits (evidence-based medicine). Tout résident, infirmier ou autre personnel de garde doit être en mesure de reconnaître les signes de choc septique chez l'enfant (et, bien sûr, chez l'adulte). Vu la difficulté potentielle d'un tel diagnostic chez les plus petits, un algorithme à suivre devra être posté et mis en pratique dans chaque établissement. Le traitement de l'enfant ainsi diagnostiqué doit alors se faire dans l'heure qui suit (concept de la « Golden Hour » ), en instituant un support cardio-vasculaire (sérum physiologique, vasopresseur, antibiotiques quand nécessaire, etc), bien avant l'arrivée du médecin de l'enfant. Ces algorithmes existent depuis déjà longtemps. Il faut les disséminer.
3. Centraliser les soins. Un centre médical régional spécialisé devra être identifié dans chaque partie du Liban. Si un enfant est très malade à Jbeil, Baalbeck ou Jezzine, ne serait-il pas logique que le centre régional soit dans la région plutôt qu'à Beyrouth ? Ces hôpitaux existent déjà mais auront probablement besoin d'être équipés de matériel plus sophistiqué, et leur personnel éduqué dans le cadre de cet effort-là. Il suffirait peut-être, à part Beyrouth, d'identifier un centre au Nord, au Sud et dans la Békaa.
4. Développer le transfert interhospitalier. En parallèle au centre médical régional ou en remplacement, si le parallèle n'est pas envisageable, un système systématique de transfert interhospitalier de patients gravement malades ou blessés doit être mis en place. Lorsque, par exemple, un grand centre médical à Beyrouth est le seul établissement capable de s'occuper d'un genre spécifique de pathologie, il serait alors rapidement recommandé de transférer le patient au plus vite. Cette décision doit être standardisée et non sujette à la simple préférence du patient ou du médecin, au moment venu, lorsqu'il est souvent trop tard. L'armée libanaise pourrait alors mettre à disposition ses hélicoptères, qui pourraient rapprocher le patient du centre hospitalier, même si la capacité d'atterrir sur le toit de l'hôpital n'existe pas (système ambulance-hélicoptère-ambulance). Cela sera particulièrement utile lors d'accidents de la route ou en montagne.
5. Renforcer les services ambulanciers. Le système volontaire de la Croix-Rouge doit continuer d'être perfectionné. Similaire à la formation en traumatologie qui a été lancée par l'association libanaise Roads for Life, la Croix-Rouge libanaise pourrait avoir, à tout moment au sein d'une équipe, un secouriste formé pour pratiquer le support vital avancé (administration de sérum physiologique, d'adrénaline, possibilité d'intubation du patient, etc), et non juste les premiers soins.
Plutôt que de trouver quelqu'un à blâmer, pensons déjà à demain. Pensons à plus tard aujourd'hui. Ella est vivante et, je l'espère, aura à sa disposition tous les soins nécessaires pour l'aider dans son handicap tragique. Cela n'est pas le cas pour tous les enfants avec cette même pathologie, même dans la ville moderne où je travaille.
Focalisons nos efforts pour trouver une solution à grande échelle. Commençons par le plus facile, le moins cher, et jumelons nos connaissances, au Liban et à l'étranger, pour devenir partenaires dans un tel projet. Si les activités susmentionnées existent déjà au Liban, travaillons alors à intensifier leur application.

Cyril SAHYOUN
Pédiatre urgentiste à New York

Chère Ella, chers parents d'Ella, chers Collègues au Liban,
« Ella » pourrait être le nom qu'on donnera à la proposition d'une prochaine législation. Une législation phare qui ordonnera de répartir des protocoles dans tous les hôpitaux du Liban. Des protocoles pour reconnaître un état de choc septique chez l'enfant et le soigner agressivement.Concrètement, il serait nécessaire de créer dans chaque hôpital un environnement et une structure d'urgence qui ne dépendent pas de l'arrivée du médecin privé du patient. Ayant passé des entretiens pour un emploi potentiel à Beyrouth, il y a quelques années, j'ai appris que trop souvent, les parents ne permettent pas au personnel hospitalier de prendre en charge leur enfant avant l'arrivée de leur médecin privé, ou que les médecins privés eux-mêmes demandent aux...
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