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Nos lecteurs ont la parole - Sylvain Thomas

Façonner notre enthousiasme journellement

L'ennui n'est pas un attribut de la race humaine. On ne naît pas ennuyé. Dans notre enfance, rien que la vue d'une chenille est un étonnement, une glace à la fraise un émerveillement. Mais à un moment donné, sur le chemin qui mène à l'âge adulte, nous perdons notre enthousiasme ; ce n'est pas que nous soyons devenus sages et tristes, seulement nous assimilons, bien à tort, enthousiasme et inexpérience.
Le véritable enthousiasme des adultes n'est pas la frénétique ardeur du jeune enfant devant toute nouveauté : odeur, son, objet. C'est plutôt la capacité naturelle d'enthousiasme mûrie, tempérée et façonnée par l'expérience, le jugement, l'humour. Le mot « enthousiasme » signifie essentiellement « être inspiré ou envahi totalement par le divin ». Tel est le secret, accessible à tous, banal et inépuisable comme la lumière du soleil, qui donne à notre vie un sens et la rend exaltante, pourvu que nous n'en fassions pas fi.
Le pivot de l'enthousiasme, c'est la culture. Découvrir, pénétrer dans un domaine nouveau, c'est redevenir enfant ; c'est également reconnaître son ignorance. Ayons le courage de dire à une jeune fille lors d'une « party » : « Je voudrais bien vous inviter à danser cette valse, mais je ne sais pas la danser. Auriez-vous la gentillesse de me montrer comment l'exécuter ? J'aime la musique et la danse, et j'aime également les jolies filles. » Et sur ces entrefaites, la jeune fille a fini par accepter de se transformer en professeure de danse.
C'est le libre exercice de nos facultés qui alimente et soutient l'enthousiasme. Trop souvent, par exemple, nous nous servons de notre faculté de voir comme un outil ; trop rarement nous faisons de l'exercice de cette faculté : une joie. Quand, traversant la rue, nous voyons arriver une voiture, nous remontons sur le trottoir ; l'avertissement fourni par notre œil est de la plus grande utilité, certes, mais son caractère utilitaire ne doit pas éclipser la révélation, faite à cette occasion, d'un univers où une belle voiture de couleur jaune roulant sur une chaussée noircie par la pluie, tout en étant un moyen de transport, est aussi un grand objet couleur vive qui égaie un jour gris et souligne le bonheur d'avoir des yeux et de bien voir.
Un beau jour nous avons entendu les klaxons dans un grand vacarme de cacophonie, la foule se pressait, notre esprit était encombré de problèmes à résoudre. Pourtant en compagnie de notre épouse, on entendait le miaulement d'un petit chat qui avait faim. On l'avait recherché jusqu'à ce que nous l'ayons découvert, fort occupé à se gratter les pattes contre le bord d'un grillage en quête de nourriture. On lui donna à manger, on a souri et poursuivi notre route, singulièrement réconfortés. On avait pris conscience de notre aptitude à percevoir l'univers. Nous avons compris alors que l'enthousiasme est en partie une attention toujours en éveil, une faculté de nous tourner pour regarder au lieu de rentrer dans notre coquille. Sans enthousiasme nous sommes aveugles et sourds, et avons une vague connaissance du monde où nous vivons.
Il vient un moment, dans presque toutes les vies humaines, où l'intérêt faiblit, où l'enthousiasme fondamental disparaît, entraînant avec lui, dans une certaine mesure, jusqu'à la volonté de continuer à vivre. Cet assombrissement peut s'opérer brusquement, à l'occasion d'une crise, ou insensiblement, engendré par l'usure de la vie quotidienne. Il peut survenir quand un emploi longtemps occupé nous est brutalement enlevé, ou bien un matin où l'on découvre que l'on n'est plus de la première jeunesse. La tentation est forte, alors, de s'avouer vaincu. Mais c'est précisément le moment de tenir bon. L'esprit humain est paresseux et aime par-dessus tout n'être pas troublé dans sa quiétude ; pourtant, en cet esprit, il existe un tendon solide – cette partie qui, précisément, est capable d'enthousiasme — qui, lui, résiste à l'âge, reste souple et alerte, et peut remettre tout en place.
Il n'existe aucune formule magique qui puisse mettre de la joie dans notre existence. Pour trouver la joie, il faut vouloir trouver sa voie. C'est cela l'enthousiasme : vouloir de tout cœur trouver sa voie. Parfois, cela implique que l'on accepte les choses telles qu'elles sont ; parfois, cela exige que l'on ait l'audace de tout changer. Pourtant, en quelque domaine que s'exerce notre effort, nous rencontrons des aléas, et parfois il ne nous appartient pas d'y rien changer.
Quelque part entre les deux pôles extrêmes — bouleverser le monde ou s'y dérober — se trouve un juste milieu où fleurit l'enthousiasme intelligent des adultes. Cet « enthousiasme » en nous « devient un art de vivre. Et nous n'avons plus besoin de nous torturer la cervelle pour savoir ce que signifie la vie : c'est « nous » qui lui donnons son sens.

L'ennui n'est pas un attribut de la race humaine. On ne naît pas ennuyé. Dans notre enfance, rien que la vue d'une chenille est un étonnement, une glace à la fraise un émerveillement. Mais à un moment donné, sur le chemin qui mène à l'âge adulte, nous perdons notre enthousiasme ; ce n'est pas que nous soyons devenus sages et tristes, seulement nous assimilons, bien à tort, enthousiasme et inexpérience.Le véritable enthousiasme des adultes n'est pas la frénétique ardeur du jeune enfant devant toute nouveauté : odeur, son, objet. C'est plutôt la capacité naturelle d'enthousiasme mûrie, tempérée et façonnée par l'expérience, le jugement, l'humour. Le mot « enthousiasme » signifie essentiellement « être inspiré ou envahi totalement par le divin ». Tel est le secret, accessible à tous, banal et inépuisable...
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Merci Monsieur Thomas

Nicolas Bassili

08 h 27, le 14 juin 2015

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Commentaires (1)

  • Merci Monsieur Thomas

    Nicolas Bassili

    08 h 27, le 14 juin 2015

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