En somme, petite Ella, souriante enfant, la tragédie dont tu as été victime n'aura pas eu lieu en vain. Dans un pays en déliquescence, la beauté de ton sourire a révélé bien des choses pas belles. À présent que le débat a été relativement dépassionné, le médecin accusé de négligence ayant été relaxé, nous nous devons de tirer certaines conclusions de cette triste affaire.
Et tout d'abord, une fois de plus, ce rappel, indispensable : le médecin n'a pas l'obligation de guérir, sa mission se limitant à traiter le malade et la maladie avec les moyens dont il dispose. Nous ne reviendrons pas sur les circonstances de la maladie et de la quadruple amputation de l'enfant. Nous parlerons plutôt de ce public surchauffé exigeant, comme jadis dans les arènes, une mise à mort rituelle du médecin, et obtenant séance tenante son arrestation.
Au départ était la télévision. Contrairement aux médecins, les journalistes ne prêtent pas serment, n'ont de comptes à rendre qu'à leurs employeurs, annonceurs et audimat, n'obéissent qu'à leur déontologie personnelle, quand ils en ont une. Comme l'indiquait déjà en 1992 Albert du Roy, dans Le Serment de Théophraste, l'information est soumise à la triple dictature de la précipitation, de la surenchère et de l'émotion. En 2015, ce triumvirat est rendu plus puissant encore par la concurrence des réseaux sociaux et l'accès immédiat à l'information – et à la désinformation d'ailleurs – grâce au premier venu qui aura posté un fait, un film ou une photo sur la Toile. Entre « posteurs » et imposteurs, il est à la portée de n'importe qui de s'improviser journaliste. Aussi, pour continuer à fidéliser leur public et préserver leur fonds de commerce, les chaînes de télévision, et plus précisément nos chaînes locales, sont prises dans un cercle vicieux de sensationnalisme et de scandale à tout prix. L'ouverture du journal télévisé se fait systématiquement sur un ton apocalyptique, voire prophétique, avec pour effet immédiat une montée d'adrénaline dans tous les foyers qui autorisent encore chez eux cette indélicatesse. Tout n'est pas rose, certes, mais entre pythies et pleureuses, le droit à une information objective et dépassionnée nous est totalement confisqué. Cela sans compter, à intervalles réguliers, l'apparition de voyants indécemment rémunérés pour maintenir la soumission des téléspectateurs aux mauvaises ondes de l'écran domestique. Alors, quand la télévision baisse le pouce, l'arène subjuguée, et avec elle, faut-il croire, la justice en personne, suivent le mouvement comme un seul homme. La télécommande ne se situe pas toujours du côté que l'on croit.
Ces derniers jours, c'est donc un médecin qui a endossé la peau du bouc émissaire. Le sourire désarmant de l'enfant malgré son état épouvantable, la détresse des parents y étaient pour beaucoup. C'est, semble-t-il, la faute à pas de chance, mais il fallait que quelqu'un soit puni. Pourquoi tant de haine ? Parce que les soins sont coûteux et la société appauvrie, vulnérable, mal assistée. La solidarité qui nous sauvait naguère ne fonctionne plus. Il y a de l'amertume, de la frustration, de la rancune, il y a une haine prête à s'épancher. Une part de nous est entrée en barbarie. Dans un État désincarné, inexistant, seul règne le discours spectral de la télévision. Appointé par les marques de lessive et de serviettes hygiéniques.
Et tout d'abord, une fois de plus, ce rappel, indispensable : le médecin n'a pas l'obligation de guérir, sa mission se limitant à traiter le malade et la maladie avec les moyens dont il dispose. Nous ne reviendrons pas sur les circonstances de la maladie et de la quadruple amputation de l'enfant. Nous parlerons plutôt de ce public surchauffé exigeant, comme jadis dans les arènes, une mise à mort rituelle du médecin, et obtenant séance...


Merci Tu as exprime le point de vue de beaucoup de personnes degoutees De la facon d annoncer les nouvelles et d accuser les gens sans preuves tangibles
04 h 59, le 12 juin 2015