La Fifa, engluée dans un maelstrom judiciaire et confrontée quasi quotidiennement à de nouvelles accusations de corruption, a suspendu hier le processus d'attribution du Mondial 2026 de football. Une semaine après la démission de son ex-inamovible président, le Suisse Joseph Blatter, contraint de lâcher la barre quatre jours à peine après sa réélection à un 5e mandat, la Fifa voit donc maintenant sa compétition phare directement concernée.
« Il a été décidé de suspendre le processus administratif de candidature pour la Coupe du monde 2026, en raison de la situation actuelle », a annoncé la Fifa dans un communiqué, précisant que des décisions seront prises lors d'un prochain comité exécutif extraordinaire, en juillet. Le même comité exécutif qui devra fixer la date du congrès électif, prévu entre décembre 2015 et mars 2016, appelé à élire le successeur de Blatter. « Ça ne me surprend pas, c'est normal », a aussitôt réagi Michel Platini, le président de l'UEFA. « Il y avait un processus pour faire le vote en 2017, mais il n'y a pas de leadership à la Fifa. Donc c'est bien », a poursuivi l'ancien meneur de jeu de la Juventus Turin. La désignation du pays hôte du Mondial 2026 devait initialement intervenir lors d'un congrès de la Fifa en 2017, à Kuala Lumpur. Pour l'instant, cette date n'est cependant pas encore remise en cause.
Protéger les Mondiaux
Avec les Mondiaux 2018 et 2022, attribués respectivement à la Russie et au Qatar, ce sont donc les trois prochaines Coupes du monde qui sont désormais influencées par la tempête judiciaire déclenchée fin mai par la justice américaine, avec l'arrestation de 14 dirigeants et partenaires de la Fifa, dans une vaste affaire de corruption supposée remontant jusqu'aux années 1990. Un des sept responsables de la Fifa détenus en Suisse, dont l'identité n'a pas été précisée, a d'ailleurs déposé hier un recours contre son arrestation, a annoncé l'Office fédéral de la justice (OFJ) suisse, alors que Berne n'a pas encore reçu les demandes formelles d'extradition des États-Unis. « Les Coupes du monde doivent être protégées, car elles sont la base de l'activité de la Fifa », a plaidé hier matin Jérôme Valcke, le secrétaire général de la Fifa, à Samara, en Russie. « La Russie a gagné honnêtement le droit d'accueillir le Mondial 2018 et il faudrait être fou pour dire que tout a été acheté. Samara et la Volga seront un magnifique endroit pour les fans de football en 2018 », a-t-il insisté.
Dimanche dernier, dans l'hebdomadaire suisse Sonntagszeitung, le président du comité d'audit de la Fifa, Domenico Scala, avait certes déclaré que « s'il existe des preuves que le Qatar et la Russie ont obtenu (la Coupe du monde) grâce seulement aux pots-de-vin, alors elle pourrait leur être retirée ». Mais il avait aussitôt ajouté que « ces preuves n'ont pas été fournies » jusqu'à présent.
Structure quasi dictatoriale
Pour les pays intéressés par le Mondial 2026, dont le Maroc, les États-Unis, le Canada, le Mexique et tout récemment le Kazakhstan, il est donc désormais urgent d'attendre les futures décisions de la Fifa.
Une chose est cependant déjà certaine : le Mondial 2026 ne sera pas attribué par le comité exécutif de la Fifa, c'est-à-dire son gouvernement, actuellement composé de 28 membres, comme cela avait été le cas pour les Mondiaux 2018 et 2022, mais par l'ensemble des membres du congrès de la Fifa. Soit les 209 fédérations affiliées à la Fifa. Cette réforme du mode de scrutin pour la désignation des pays hôtes des futures Coupes du monde avait notamment été demandée par le président de la Fédération américaine de football qui, en mai 2014, en avait fait une condition à une nouvelle candidature de son pays. Côté réformes, le travail devra sans doute aller plus loin à la Fifa, aux dires en tout cas de Mark Pieth, professeur de droit à l'Université de Bâle, à qui Blatter avait confié en 2011 une réflexion sur la gouvernance de l'institution qui gouverne le football mondial. « La Fifa possède une structure quasi dictatoriale (...), une structure ultraprésidentielle, sans assez de contre-pouvoirs », a-t-il ainsi asséné hier matin.
(Source : AFP)
Warner dit se méfier de la justice américaine
Jack Warner, l'un des personnages-clefs du scandale de corruption de la Fifa, a fait part de sa méfiance à l'égard de la justice américaine. Après les réseaux sociaux, la télévision trinidadienne et les réunions publiques de son parti politique, M. Warner a pris cette fois la plume pour se défendre dans un long éditorial publié dans l'hebdomadaire Sunshine, à paraître demain. L'ancien président de la Concacaf (Confédération d'Amérique du Nord, centrale et Caraïbes) a martelé son antienne depuis son inculpation pour racket et corruption : selon lui, les États-Unis en ont après lui car ils n'ont toujours pas digéré d'avoir perdu la course pour l'organisation de la Coupe du monde 2022 face au Qatar. Cette fois, l'ancien vice-président de la Fifa a pris pour cible la justice américaine, téléguidée selon lui pour obtenir sa perte. « On doit être extrêmement prudent à propos de l'affirmation selon laquelle les États-Unis peuvent être équitables à l'égard de responsables d'une instance internationale qui, selon eux, a commis une erreur », a écrit Warner dans l'hebdomadaire qui lui appartient. « En dépit de ce que les États-Unis souhaitent laisser penser, si leur candidature (à l'organisation du Mondial 2002) avait été retenue, il n'y aurait rien de l'animosité judiciaire actuelle », a-t-il conclu.


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