Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Décryptage

Pourquoi Sepp Blatter est encore et toujours à la tête de la Fifa

Le football n'échappe pas au monde politique. Le récent scandale lié à la Fifa l'a une nouvelle fois prouvé. Retour sur une semaine riche en rebondissements dans la géopolitique du football.

Sepp Blatter réélu pour la cinquième fois à la tête de la Fifa. Photo AFP

L'organisation sportive la plus puissante du monde a finalement tremblé. La justice américaine a inculpé mercredi dernier 14 personnes, 9 élus et 5 partenaires de la Fifa, dont deux vice-présidents : Jeffrey Webb, le patron de la Confédération d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes (Concacaf), et l'Uruguayen Eugenio Figueredo, également membre du comité exécutif de la fédération, pour corruption, blanchiment et racket. La justice américaine évoque « un système de corruption vieux de vingt-quatre ans » qui prendrait la forme, de façon répétée, de versements de pots-de vin et de commissions occultes, notamment dans l'attribution de l'organisation de la Coupe du monde et dans l'obtention des droits de retransmissions télé.
Pourquoi les Yankees, pas particulièrement passionnés par le ballon rond, ont-ils lancé une telle attaque ? En veulent-ils personnellement à Blatter ? Sont-ils en train de se venger de lanon-attribution de la Coupe du monde 2022 aux États-Unis au profit du Qatar ? Cherchent-ils, comme l'affirme le président russe, Vladimir Poutine, à déstabiliser la Russie, dans la perspective de l'organisation du Mondial 2018 ? Toutes les thèses, même les plus farfelues qui soient, ont été évoquées pour justifier l'offensive juridique américaine. Mais même s'il ne faut jamais écarter les considérations politiques, la justice américaine a agi avant tout sur des bases et pour des motifs juridiques : pratiquement, tous les inculpés viennent d'Amérique et le siège de Confédération de l'Amérique du Nord, de l'Amérique centrale et des Caraïbes (Concacaf) est installé à Miami. Par ailleurs, qui d'autre dispose des infrastructures nécessaires pour s'attaquer à une telle organisation à l'échelle mondiale ? Hasard du calendrier ou transmission d'information entre les instances juridiques, la justice suisse a, à son tour, ouvert une enquête concernant l'attribution des Coupes du monde 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar. Deux attributions qui provoquent de nombreuses controverses tant la corruption financière semble ici étroitement liée à la corruption politique.


(Lire aussi : Guerre froide autour du ballon rond)

 

Sourde oreille
Mais malgré toutes ces révélations, l'organisation sportive la plus puissante du monde n'a fait, pour l'instant, que trembler. La Fifa continue de faire la sourde oreille et de pointer la responsabilité individuelle des personnes inculpées. Deux jours après l'affaire, son président, Sepp Blatter, pas directement mis en cause dans l'affaire mais pointé du doigt par tous les médias occidentaux, est réélu pour un cinquième mandat à la tête de l'organisation. Malgré l'appel massif des pays européens, à l'exception de l'Espagne et de la Russie, à voter pour son unique adversaire, le prince Ali ben Hussein, et malgré les appels répétés du président de l'UEFA, Michel Platini, à un changement nécessaire à la tête de l'institution, le Suisse de 79 ans l'a une nouvelle fois emporté.
Beaucoup d'entreprises, parmi les plus puissantes multinationales au monde, n'auraient pas résisté à cette tempête médiatique et leurs dirigeants auraient probablement démissionné. Mais la Fifa est une multinationale unique au monde et son dirigeant profite, habilement, de son mode de fonctionnement pour se maintenir au pouvoir. Si M. Blatter est encore là, c'est parce qu'il a le soutien unanime des continents africain, asiatique et de la fameuse Concacaf. La Fifa est un monde spécial où les rapports de puissance, économique comme footballistique, ne valent pas grand-chose : chaque fédération, la plus grande comme la plus minuscule, pèse une voix. À force de promesses, parfois tenues, comme l'attribution de la Coupe du monde 2010 à l'Afrique du Sud, et d'étroites relations avec les responsables politiques locaux, M. Blatter est devenu quasiment intouchable aux yeux des petites et moyennes fédérations. En d'autres termes, indétrônable au sommet de l'organisation.

 

 

Un monde à part
Mais plus que la personnalité et le mode de gouvernance de M. Blatter, c'est tout le fonctionnement de la Fifa et plus particulièrement son rapport au politique qu'il faut ici mettre en lumière. La Fifa ne se considère pas sous la juridiction des États. Elle pense former un système à part, sous prétexte de l'universalité du football, qui ne reconnaît ni les frontières ni les gouvernements. Lorsque le gouvernement français réagit à la déroute française lors de la Coupe du monde 2010, la Fifa menace de suspendre la participation de la France à la prochaine Coupe du monde. Lorsque la Fifa organise le Mondial 2014 au Brésil, elle impose ses propres règles : boissons alcoolisés dans les stades, pas de prix préférentiels pour les personnes âgées et les étudiants, etc... Les exemples ne manquent pas. La Fifa déteste plus que toute autre chose l'interférence du politique dans ses affaires. Un immense paradoxe, pour la multinationale la plus politique du monde.
Standardisé, aseptisé, globalisé, le monde de la Fifa se résume à une seule chose : la promotion et la vente d'un spectacle. Le spectacle le plus attendu, le plus suivi et donc le plus lucratif au monde : la Coupe du monde. Cet événement est profondément politique, puisqu'il met en scène les identités nationales, puisqu'il déchaîne les passions et les tristesses, et surtout puisqu'il ne débouche que sur deux solutions : la victoire ou la défaite. Le stade de football est d'ailleurs l'un des seuls lieux au monde où se côtoient les classes les plus aisées et les classes les plus démunies, le luxe et la pauvreté, l'opulence et l'indigence...
Le football est par nature politique. Tout le monde veut s'en mêler. Mais M. Blatter refuse de partager, car il n'est pas seulement un autocrate comme un autre : il est le pape du football. Et se moque bien de ce que peut penser de lui le monde des profanes...

 

Pour mémoire
A peine réélu, le président de la Fifa règle ses comptes

L'organisation sportive la plus puissante du monde a finalement tremblé. La justice américaine a inculpé mercredi dernier 14 personnes, 9 élus et 5 partenaires de la Fifa, dont deux vice-présidents : Jeffrey Webb, le patron de la Confédération d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes (Concacaf), et l'Uruguayen Eugenio Figueredo, également membre du comité exécutif de la fédération, pour corruption, blanchiment et racket. La justice américaine évoque « un système de corruption vieux de vingt-quatre ans » qui prendrait la forme, de façon répétée, de versements de pots-de vin et de commissions occultes, notamment dans l'attribution de l'organisation de la Coupe du monde et dans l'obtention des droits de retransmissions télé.Pourquoi les Yankees, pas particulièrement passionnés par le ballon...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut