De la guerre de 1975 aux incidents de 2006, on tombe et retombe dans le même panneau. Le désordre est tellement présent qu'on n'y prête même plus attention. Bien qu'appauvri, notre sol est bien encore la terre d'innovateurs, de visionnaires, d'hommes de demain. Notre peuple, dont l'énergie et les idées ne manquent pas, voit ces dernières se perdre dans un brouillard de confusion et de fausses priorités. Pourquoi ne pas véhiculer cette ardeur et cette énergie ? Pourquoi être la risée des peuples et être à l'origine d'expressions comme : « C'est quoi ce désordre ? Je me sens à Beyrouth ! »
Nous nous réfugions toujours derrière l'expression « balad te3tir », derrière des anecdotes pour justifier notre situation, derrière des excuses. La question ne devrait pas être : où est le gouvernement, mais : où sommes-nous ?
La définition même d'un pays est écrite par son peuple et non pas par ses dirigeants. Il est tellement triste de voir qu'on restreint la force de notre nation à une poignée d'hommes qui crient les uns plus fort que les autres. C'est à nous de changer les choses, c'est au peuple libanais de s'unir et d'être la première brique du Liban de demain.
L'Occident a toujours été une inspiration pour les Libanais. Mais au lieu de copier les dernières vagues de la mode ou les derniers modèles de voitures, il serait judicieux de s'inspirer de leurs éthique, ordre et respect. Et si l'on prenait l'une de ces bonnes habitudes ne serait-ce qu'un moment pour réfléchir rationnellement au bien commun de notre peuple et à un peuple uni ? Nous nous attardons tellement sur de petits détails comme la compétition sociale, les conflits routiers, les coupures d'électricité, qu'on en oublie la grande image du Liban qui se flétrit au fil des années. Nous nous concentrons sur les petites choses comme pour oublier les plus gros problèmes. Comment espérer résoudre nos problèmes sans même oser les regarder dans les yeux ? Comment va-t-on évoluer si on ne remet jamais en question ce qu'on fait ?
Plusieurs polémiques insignifiantes déroutent nos pensées vers des problèmes futiles comparés aux millions de personnes sans-abri, sans nourriture à nos frontières. Laissons ces bavures aux politiciens et construisons ensemble notre société de demain sur des bases solides de respect mutuel et de reconnaissance envers un pays qui nous a tant donné.
Tous ces traumatismes de notre passé, toutes ces peurs d'aujourd'hui, toute l'anxiété du futur ont forgé des hommes et des femmes forts, un peuple débrouillard qui sait vivre. Malheureusement, de plus en plus de ces hommes et femmes quittent le Liban par dépit. Pourquoi leur donner cette envie de partir ? Pourquoi les pousser à bout puis leur reprocher d'être des lâches ? Pourquoi offrir sur un plateau d'argent notre jeunesse aux pays d'Occident ? Pourquoi ne pas être nous-mêmes attrayants aux jeunesses étrangères ?
Ne soyons pas indifférents et marquons notre présence en tant que citoyens libanais.
À notre tour, nous aimerions rentrer dans cette quête et avons décidé de créer l'association Lebanese Students in Lausanne. Notre but premier est d'orienter les étudiants libanais de première année à Lausanne et créer une plateforme d'échange entre Libanais. Mais n'oublions pas que notre plus profonde motivation est d'envoyer un message aux jeunes Libanais partout dans le monde : on partage tous une terre-mère. Nous avons mis comme ligne directrice d'aider le Liban et cela par le biais d'actions multiples et variées en relation avec des organismes locaux. Il n'est jamais trop tôt d'améliorer sa société et ça sera bientôt trop tard si on continue sur cette voie. Nous vous invitons à faire partie de nos projets au Liban comme en Suisse. Les distances s'effaceront quand nous travaillerons ensemble pour un plus grand bien.
Les politiciens ont peut-être oublié leur politique, mais nous n'oublierons jamais notre Liban. Par notre persévérance, dévouement, passion et implication, nous accomplirons un jour cette victoire contre le chaos et le désespoir.
Carl CHAIBANE
Lebanese Students in Lausanne


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