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Nos lecteurs ont la parole - Sylvain Thomas

S’ouvrir aux autres !

Nous entendons souvent dire : « J'aimerais faire du bien ! Mais je succombe sous le poids des responsabilités, tant chez moi que dans mon travail, et je n'arrête pas une minute. Je suis noyé dans mes propres difficultés. Il n'y a aucune chance pour que ma vie prenne jamais un sens. »
C'est là une erreur commune et dangereuse. En se rendant utile et secourable aux autres, chacun peut trouver au seuil même de sa porte les occasions d'agir que réclame son âme et qui sont la source la plus sûre de paix intérieure et de satisfaction durable. Pour connaître cette félicité, il n'est pas nécessaire d'accomplir des prouesses extraordinaires, mais nous ne devons pas négliger nos devoirs.
Cette carrière de l'âme, nous pouvons en toute conscience l'appeler « Notre tâche seconde ». Le privilège de l'exercer sera notre unique récompense. Elle nous offrira de grandes possibilités, et nous trouverons en nous des forces inépuisables. Là seulement, toutes nos réserves d'énergie pourront nous être utiles, car, aujourd'hui, beaucoup de gens ne s'inquiètent pas de ce dont les autres ont besoin. Ce labeur désintéressé est une bénédiction pour celui qui donne comme pour celui qui reçoit.
Privés de cette vie spirituelle, l'homme et la femme cheminent dans un sombre tunnel. Sous l'influence de la société moderne, nous en venons à perdre toute individualité. Notre besoin de créer, de nous affirmer, est étouffé. La vraie civilisation en est pour autant retardée.
Quel est le remède ? Pour occupés que nous soyons, chacun de nous peut affirmer sa personnalité en saisissant toutes les occasions qui lui sont offertes de développer son activité spirituelle. Comment ? En s'intéressant personnellement au bien d'autrui, si peu que ce soit. C'est là notre tâche seconde. Inutile d'aller chercher bien loin les occasions de l'accomplir.
Nous marchons dans la vie les yeux fermés, sans remarquer les chances qui nous sont offertes. Voilà notre plus grave erreur. Ouvrons donc les yeux tout grands et cherchons : nous verrons alors, autour de nous, beaucoup de gens qui ont besoin de notre aide, non pas pour de grandes entreprises, mais pour les plus petites choses. De quelque côté qu'un homme se tourne, il en trouvera un autre qui a besoin de lui.
Circulant un jour en voiture au rond-point Salomé, une autre voiture s'arrêta et demanda comment se diriger vers la rue de Damas. C'était des citoyens syriens qui voulaient rentrer en Syrie avant la nuit car leur fils était blessé à l'hôpital. Un adolescent témoin de la scène fit remarquer qu'il connaissait bien la ville de Beyrouth et proposa de conduire cette famille ipso facto vers cette route – la rue de Damas – qui, tout en la suivant directement, débouche à Damas. Quand ils quittèrent vers la rue de Damas, l'adolescent avait l'air d'un frère à eux faisant partie de la famille.
Qui dira la valeur de cette obligeance toute simple ? Nous aussi, vous pouvons être à l'affût de petits services à rendre. Paralysés par un sentiment de gêne, nous hésitons souvent à aborder ceux que nous ne connaissons pas. À l'origine de cette froideur dont souffre notre monde, il y a la crainte du refus. Or, notre indifférence n'est souvent qu'une conséquence de notre timidité. L'âme en quête d'aventures doit briser cette barrière, décidée par avance à ne pas craindre une rebuffade. Occasion magnifique pour s'ouvrir aux autres et se montrer humain.
Tentons l'expérience n'importe où : en ville, au bureau, à l'atelier, à l'usine, en voyage. Bien des fois naissent entre nous et ceux qui ont besoin d'un service un rayon de soleil, un regard amical qui perce l'obscurité de certains citadins.
Nous devons tous tellement aux autres. Il est juste que nous nous demandions en retour ce que les autres pourraient bien nous devoir. La réponse, nous ne la connaîtrons jamais entièrement. Mais il nous sera souvent permis d'en saisir une parcelle et c'est ainsi que nous entretenons notre courage. Il est certain, en tout cas, que l'exemple de notre vie exerce, ou peut exercer, une grande influence autour de nous.
Quelles que soient les faveurs que le ciel nous a spécialement accordées : santé, talent, adresse, succès, richesse, enfance heureuse, harmonie de la vie familiale, ne croyons pas que tout cela est tellement naturel. En reconnaissance de ce destin favorable, nous devons sacrifier un peu de notre vie à la vie des autres.
Par esprit de renoncement et de sacrifice, nous devons donner le meilleur de nous-mêmes. Offrir une somme d'argent à celui qui en a besoin n'est pas un sacrifice si nous en avons le moyen. L'obole de la veuve dans l'Évangile de Jésus-Christ avait plus de valeur que toutes les largesses des riches parce que c'était là tout son avoir. Nous devons donner, selon nos propres moyens, quelque chose qui nous coûte véritablement, ne serait-ce même que du temps réservé à un hobby, à un jeu préféré ou à tout autre plaisir.
Nous entendons dire : « Ah !
Si seulement j'étais riche, je ferais beaucoup pour aider les autres. » Mais nous pouvons tous être riches d'amour et de générosité. Bien plus, par le seul fait de donner avec discernement et de savoir reconnaître les nécessités exactes de ceux qui ont le plus besoin de nous, nous dispensons déjà notre sollicitude et nous faisons preuve d'amour. C'est bien plus précieux pour eux que tout l'or du monde.
L'amour que nous prodiguons nous est rendu au centuple ; la joie que nous éprouvons alors nous stimule dans la poursuite de notre tâche. C'est une loi universelle. Il y a plus de joie à donner qu'à recevoir.
Notre conscience ne peut abdiquer devant un service à rendre. Sommes-nous donc le gardien de notre frère ? Oui, très certainement. Nous ne pouvons pas échapper à nos responsabilités en déclarant que la « société de bienfaisance » fera le nécessaire.
La tendresse que nous éprouvons pour des êtres plus faibles que nous est un réconfort pour notre cœur. Faute de compréhension et de pitié, nous devenons odieux les uns envers les autres. À partir du moment où nous comprenons notre prochain, où nous lui témoignons de la compassion et où nous lui pardonnons, nous purifions notre âme.
Nous pouvons avoir une vie bien plus merveilleuse à l'endroit même où nous nous trouvons en mettant notre âme à l'épreuve dans mille petites occasions qui seront pour nous autant de triomphes de l'amour. Une telle entreprise exige patience, dévouement et audace. Elle fait appel à la force de caractère et à la volonté d'aimer : c'est le meilleur moyen pour un homme de se juger lui-même. Mais si ardue que soit « notre tâche seconde », c'est en elle que nous trouverons le seul vrai bonheur.

Nous entendons souvent dire : « J'aimerais faire du bien ! Mais je succombe sous le poids des responsabilités, tant chez moi que dans mon travail, et je n'arrête pas une minute. Je suis noyé dans mes propres difficultés. Il n'y a aucune chance pour que ma vie prenne jamais un sens. »C'est là une erreur commune et dangereuse. En se rendant utile et secourable aux autres, chacun peut trouver au seuil même de sa porte les occasions d'agir que réclame son âme et qui sont la source la plus sûre de paix intérieure et de satisfaction durable. Pour connaître cette félicité, il n'est pas nécessaire d'accomplir des prouesses extraordinaires, mais nous ne devons pas négliger nos devoirs.Cette carrière de l'âme, nous pouvons en toute conscience l'appeler « Notre tâche seconde ». Le privilège de l'exercer sera notre unique...
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