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Moyen Orient et Monde - Décryptage

« La perte de Ramadi va faciliter la tâche de Maliki »

Gilles Munier, journaliste indépendant, connaisseur de l'Irak et auteur notamment de l'ouvrage « Les espions de l'or noir », revient sur les implications de la chute de Ramadi.

Un milicien chiite armé jusqu’aux dents fait la garde devant le quartier général de son groupe Asaïb Ahl al-Haq. Haïdar Mohammad Ali/AFP

La prise de Ramadi est une perte stratégique qui traduit l'incompétence du pouvoir central irakien de se rallier les tribus sunnites. Le rapprochement entre le régime de Bagdad et les unités de mobilisation populaires (milice chiite) pour préparer la contre-offensive visant à reprendre Ramadi serait également, selon Gilles Munier, journaliste indépendant, connaisseur de l'Irak, la preuve de l'incapacité de l'armée à tenir une position indispensable pour réaliser le rêve du régime de reconquérir la région d'al-Anbar. Reprenant les propos de Hadi al-Amiri chef de la Brigade Badr, à Tikrit (« l'armée irakienne est une armée de poltrons qui recule devant l'ennemi »), Gilles Munier estime que « la perte de Ramadi est aussi importante que celle de Mossoul, militairement parlant et surtout psychologiquement. Il suffit de voir l'explosion de joie de la population partout dans les régions d'al-Anbar et de Ninive ». Selon lui, si l'État islamique a incontestablement remporté une victoire stratégique, la partie n'est pas pour autant terminée, « la question est encore de savoir si les milices chiites parviendront à passer l'Euphrate pour reprendre Ramadi, et si les jihadistes ne vont pas se diriger vers Kerbala », note Gilles Munier.

Depuis l'émergence de Daech, favorisée par le processus politique d'exclusion des populations de confession sunnite, l'État fondé sur la représentation communautaire continue de diviser la société irakienne sur des bases ethnico-confessionnelles. La réorganisation des troupes de l'armée irakienne et la prise en compte du défi organisationnel n'ont jamais remis en cause l'approche politique de la marginalisation des composantes sunnites qui explique aujourd'hui l'absence de soutien de pans significatifs de cette population dans le conflit qui oppose le gouvernement irakien à l'État islamique. Gilles Munier rappelle que « le refus d'armer les tribus progouvernementales d'al-Anbar a contribué à la nouvelle débandade de l'armée irakienne. En Irak, l'Iran a le bras long. Le général Suleymani, chef des Forces al-Quds, n'a guère confiance dans les capacités combatives des tribus sunnites alliées à al-Abadi et aux États-Unis. Je crois qu'il a raison ».

(Lire aussi : Des milices chiites convergent vers Ramadi pour la reprendre aux jihadistes)

 

Scénario à craindre
Selon lui, il faut restituer le contexte de la bataille de Ramadi qui ne peut s'analyser qu'à la lumière des stratégies de lutte pour le pouvoir. « En toile de fond, derrière la tentative de reprendre Ramadi, il y a une lutte d'influence au sein du régime de Bagdad entre, d'un côté, les partisans de Nouri al-Maliki et les milices, et de l'autre Haïdar al-Abadi et l'armée chiite. Nouri al-Maliki, qui s'est imposé comme vice-président de la République, tente aujourd'hui de reprendre le pouvoir. La perte de Ramadi va lui faciliter la tâche » explique Gilles Munier.

Il considère que le scénario d'un dérapage n'est pas à exclure, la contre-offensive dans une province où la composante majoritaire est sunnite risque d'entraîner des exactions dans un climat d'exacerbation des tensions intercommunautaires. « Depuis qu'on envoie les Unités de mobilisation populaire, il y a eu des milliers d'exactions comme ce fut le cas à Tikrit. Cela fait partie du processus d'épuration ethnique des sunnites à l'œuvre pour encourager le départ des populations », précise M. Munier. Or la politique de « débaassisation » qui empêche toute réintégration à la vie politique des « sunnites » constitue le principal obstacle à la mise en échec des projets de l'État Islamique, qui ne cesse de renforcer ses assises et gagner l'adhésion de ces populations. « Quelle que soit l'issue des combats, le résultat sera encore plus de haine et de désir de vengeance entre les communautés chiite et sunnite », conclut M. Munier.

 

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