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Liban

Al-Nawraj, pour aider les chrétiens à rester dans leurs villages...

Initiative
18/05/2015

Au moment où le pape François prie pour les chrétiens d'Orient et béatifie deux religieuses palestiniennes, leur adressant ainsi un message fort, une ONG s'active auprès des chrétiens des régions limitrophes libanaises pour les aider à rester chez eux et à s'attacher à leur terre. Toute la philosophie d'al-Nawraj repose d'ailleurs sur cette idée.

De Kaa en passant par Ras-Baalbeck, à Koussaya et Kawkaba, le fondateur de cette ONG Fouad Abou Nader et ses compagnons sillonnent les régions et discutent avec les habitants des villages les plus éloignés, écoutant leurs besoins et les aidant dans la mesure de leurs moyens. Pour eux, il ne s'agit ni de tournées banales d'information ni de gesticulations médiatisées, mais d'un véritable acte de foi dans le Liban dans toute sa diversité et dans la région dont les chrétiens doivent rester une composante essentielle.

(Lire aussi : « La France n'est plus dans une logique de protection des minorités dans le monde arabe »)

Fouad Abou Nader révèle ainsi qu'il a commencé à songer sérieusement à fonder cette ONG dans la foulée des événements du 7 mai 2008 entre les sunnites et les chiites. Son obsession à l'époque était d'empêcher les différentes composantes chrétiennes de participer d'une manière ou d'une autre à ces affrontements. Avec un groupe de personnalités tout aussi convaincues que lui, il a multiplié à l'époque les contacts avec l'armée libanaise, avec les leaders chrétiens eux-mêmes et avec Bkerké pour éviter tout débordement dans les « régions chrétiennes ». Cette étape délicate traversée, le souci des chrétiens est resté la priorité de Fouad Abou Nader et de ses compagnons.

À mesure que le conflit entre les sunnites et les chiites s'amplifiait et commençait à se traduire sur le terrain, le groupe a senti l'urgence de protéger les villageois chrétiens pour qu'ils ne se transforment pas en « dommages collatéraux » de cette guerre qui ne dit pas son nom. Convaincus que les chrétiens sont devant un défi historique, celui de rester sur leur terre et de faire le lien entre les différentes composantes de la société libanaise, ils ont mis au point un vaste projet pour redonner confiance aux chrétiens du Liban en leur avenir dans ce pays et en leur rôle avec les différentes communautés.

Le pari est énorme, mais Abou Nader et ses compagnons pensent qu'il faut le prendre, car, « comme en 1920, la création du Grand Liban n'aurait pas pu se faire sans les chrétiens, le Liban de 2015 ne peut pas non plus se maintenir sans les chrétiens », déclare Abou Nader.

C'est donc dans cet esprit qu'al-Nawraj a été créée. Cette ONG a pour objectif d'aider les villages chrétiens frontaliers à survivre, même dans les circonstances difficiles, en dépit des risques sécuritaires. C'est aujourd'hui en particulier le cas dans certaines zones frontalières de la Békaa.

(Lire aussi : Valls : « Les chrétiens d'Orient sont en train d'être éradiqués »)

Abou Nader et ses compagnons veulent lutter contre un certain défaitisme qui se répand dans les milieux chrétiens et qui ne cesse de répéter que ceux-ci sont une minorité menacée. Mais il n'est pas question pour eux de se confiner dans des bureaux et de faire de la théorie. Ils ont donc choisi d'aller sur place et de s'adresser directement aux habitants des villages éloignés, d'une part pour les rassurer et d'autre part pour leur faire prendre conscience de l'importance de leur présence sur place.

Bien entendu, il ne s'agit pas de les pousser à prendre les armes – l'armée est là pour défendre le Liban, son territoire et son peuple –, mais de favoriser le développement rural et social dans ces régions éloignées. Cela passe par la construction d'écoles et de dispensaires, ainsi que par l'aménagement des routes et la création d'occasions de travail. Al-Nawraj veut d'abord écouter les besoins des villageois eux-mêmes, de leurs paroisses et de leurs notables avant d'établir le lien avec les institutions de l'État, le secteur privé qui pourrait être intéressé à fournir des services ou à faire des investissements, et éventuellement des ONG étrangères, notamment européennes, qui seraient intéressées par la réalisation de petits projets de développement.

Cartes en main (il est avant tout un homme de terrain depuis qu'il était membre puis chef des Forces libanaises), Abou Nader et ses compagnons ont donc pris le chemin de Kaa, de Ras-Baalbeck, de Fakiha, de Koussaya, et, il y a deux jours, de Kawkaba et Beit Lahia. Dans tous ces villages, le groupe s'est entretenu avec le curé, sachant que l'Église a un rôle primordial dans l'encouragement des chrétiens à rester sur place, mais aussi avec les membres des conseils municipaux pour écouter les besoins et sonder les possibilités d'aide.

Le groupe a perçu chez les habitants une réelle volonté de rester sur place, mais pour cela, il faut avoir les moyens de survivre dans les villages et cela ne peut pas se faire sans l'ouverture d'écoles, de dispensaires et de petites entreprises par le biais de microcrédits. Ils ont senti aussi que les habitants de ces villages éloignés ne se soucient pas vraiment de politique, ayant trop à faire pour assurer leur gagne-pain, dans des conditions sécuritaires parfois compliquées.

À Koussaya, par exemple, les positions palestiniennes du FPLP-Commandement général sont proches du village et parfois, les habitants ont des difficultés à atteindre leurs terres. Mais quand il y a de la volonté, surtout si elle est bonne, tout peut se régler par le dialogue, sachant que l'armée est en train de renforcer ses positions dans ces zones. Les besoins sont énormes, car ces villages ont souvent été oubliés par les institutions de l'État, mais les habitants ne se laissent pas aller au défaitisme. Ils trouvent d'ailleurs l'initiative d'al-Nawraj très positive et ils ont évoqué leurs priorités en toute franchise : la sécurité bien sûr, mais aussi l'éducation et les soins de santé, sans parler des possibilités de travail.

Les moyens d'al-Nawraj ne sont certes pas énormes, mais les perspectives sont ouvertes. Ce qui compte pour cette ONG, c'est essentiellement d'aider les habitants à rester sur leurs terres, sachant qu'ils ne souhaitent que cela, et donc, à les mettre en contact avec les institutions ou les groupes qui pourraient les aider à se maintenir. Dans un horizon qui paraît bouché, une lueur d'espoir apparaît. Elle pourrait se développer si les Libanais décidaient d'y croire...


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CEUX QUI ATTIRENT LES TERRORISTES PAR LEURS INTERVENTIOINS DIVERSES SONT CEUX A BLAMER... TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD... DE CE QUI PUISSE ARRIVER AUX CHRETIENS DES VILLAGES LIMITROPHES DE LA SYRIE ! FAUT LE DIRE BIEN HAUT...

Le Faucon Pèlerin

- Un dicton libanais : "Er-ratl, materhou qontar" !
- Un moukhtar à la tête de son village vaut mieux qu'un président à la tête du pays.
- Mieux vaut être à Cadolive et manger des olives, que d'être à Paris et manger des perdrix.

Pierre Hadjigeorgiou

En effet belle initiative et espérons qu'elle portera ses fruits.

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