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Moyen Orient et Monde

Rome réconforte Jérusalem

Religion

La canonisation des sœurs Marie-Alphonsine et Marie de Jésus Crucifié rappelle que les chrétiens d'Orient ne sont ni seuls ni abandonnés.

Fady NOUN | OLJ/ de ROME
18/05/2015

Dans un Moyen-Orient qui se dirige vers une partition de facto dans l'indifférence au sort de ses populations, les chrétiens n'ont plus d'autre choix que l'héroïsme. Conscient qu'un renouveau de l'espérance chrétienne s'impose en ces temps difficiles, le pape a ordonné au préfet de la congrégation des saints, le cardinal Amato, que soit hâtées les procédures de canonisation des saints et saintes d'Orient dont les causes sont introduites depuis (trop) longtemps.

Réconforter les chrétiens, relancer leur ferveur, les fortifier dans leur foi, voilà ce que recherche le Vatican dans la décision de canoniser les deux saintes Marie-Alphonsine (née Sultanah Ghattas), fondatrice à Jérusalem de la congrégation du Rosaire, et Marie de Jésus Crucifié (née Bawardi), une carmélite palestinienne décédée au Carmel de Bethléem au XIXe siècle.

Le rite de canonisation a été célébré hier dimanche par le pape François, place Saint-Pierre, au cours d'une messe à laquelle le président palestinien Mahmoud Abbas a tenu à assister. Son entrée, accompagné du mufti de Jérusalem, a été applaudie par une marée humaine venue du monde entier, le Moyen-Orient étant largement présent avec des délégations de Terre sainte (Galilée et Cisjordanie), du Liban, de Jordanie, et, en moins grand nombre, de Syrie et d'Égypte. Dans la foule, un nombre non négligeable de membres des familles apparentées aux Ghattas et Bawardi. La présence des patriarches Fouad Twal et Grégorios III a donné à la cérémonie une coloration orientale qui aurait gagné à être plus riche, plus solidaire.

(Lire aussi : Le Vatican canonise deux religieuses palestiniennes : retour à l'essentiel)

Le secret de la sainteté

En termes simples et lumineux, le pape a parlé du secret des quatre saintes qu'il a canonisées : demeurer dans l'amour du Christ, Lui rester attachées comme la branche à la vigne, complètement conquises par Son amour, afin de porter du fruit. À deux reprises, le pape devait souligner que le fruit de la sainteté des deux religieuses est vécu dans la joie de porter aux autres, chrétiens et non chrétiens, la joie de la rencontre avec Dieu. En fin de cérémonie, dans un mot de remerciements adressé aux délégations présentes, le pape a de nouveau appelé à construire les sociétés sur les piliers de la « solidarité et de la convivialité ».
La présence d'un dignitaire sunnite en turban à la messe pontificale a étonné certains. Certes, pour un Libanais, c'est monnaie courante, mais pour un Européen, il y a dans ce rapprochement « une leçon à apprendre », notait une Vaticaniste présente dans la foule.

Marie-Alphonsine, vedette

C'est bien entendu Marie-Alphonsine qui a ravi la vedette des festivités. Les 250 religieuses membres de cette congrégation florissante, dont un bon nombre de postulantes avec leur charmant voile blanc, étaient bien représentées dans la foule.
Samedi déjà, dans d'exubérantes effusions entre des sœurs qui ne s'étaient pas vues depuis des siècles, elles s'étaient retrouvées en la belle et vieille église Sainte-Sabine, sur l'une des sept collines de Rome, pour se préparer à la cérémonie de canonisation. « Palestine, terre de sainteté », disait avec éloquence l'une des banderoles déployées par la délégation de Terre sainte.
La cérémonie était placée sous la présidence du patriarche Fouad Twal, patriarche latin de Jérusalem, et du patriarche Grégorios III des grecs-catholiques, ainsi que de Mgr Georges Bacouni, évêque grec-catholique de Terre sainte.

(Lire aussi : Al-Nawraj, pour aider les chrétiens à rester dans leurs villages...)

Se réapproprier le salut

C'est à Mgr Bacouni qu'est revenu l'honneur de prononcer le mot d'exhortation qui a marqué ce temps de prière. D'une voix chaleureuse, ce dernier a demandé aux chrétiens du Moyen-Orient de se réapproprier leur salut. Évoquant les mots du prophète Isaïe, « mes voies ne sont pas vos voies », Mgr Bacouni a affirmé que les fantastiques progrès technologiques des derniers siècles n'ont pas changé le cœur de l'homme, qui demeure rempli de meurtres, de mensonge, de vols et d'adultère. « Le péché est à la racine des problèmes du monde. Dieu n'aurait pas envoyé Jésus, si nous n'avions pas eu besoin d'un sauveur », a-t-il dit.
Il a ensuite exhorté les présents, « à commencer par les membres du clergé », à s'approcher du sacrement de la confession, mettant en exergue « l'amour des richesses » et la fierté que les chrétiens placent dans leurs institutions plutôt que dans l'amour et la connaissance du Christ. « De façon consciente ou inconsciente, individuellement ou collectivement, que nous soyons membres du clergé ou laïcs, nous sommes tombés dans ce piège », a-t-il assuré.
« Les chrétiens ne sont pas seuls en ces temps difficiles, a encore plaidé Mgr Bacouni. Ils sont aimés, ils ne sont pas abandonnés. Ce qui se passe doit servir de signe aux chrétiens et aux non-chrétiens. »

Livrés aux bêtes

En fin de compte, la cérémonie de canonisation mettait en présence l'une de l'autre les deux Églises de Rome et de Jérusalem, l'une libre, l'autre persécutée. Et ce qui donne aujourd'hui à Rome de pouvoir réconforter Jérusalem et en elle tout l'Orient, c'est d'abord qu'elle est le siège de Pierre et que ce dernier a reçu l'ordre de confirmer ses frères, mais c'est aussi qu'elle fut un jour terre de martyrs et qu'elle est en droit de tirer sa préséance de cet honneur et de ce sang. Les touristes qui visitent aujourd'hui le Colisée s'émerveillent peut-être de son architecture, mais oublient les milliers de chrétiens qui y furent jetés aux bêtes. Aujourd'hui, à nouveau, mais en Orient, les chrétiens sont livrés aux bêtes.


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Sabbagha Antoine

Un bon geste spirituel pour remonter le moral des chrétiens de Jérusalem en détresse.

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