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Moyen Orient et Monde

« La France n’est plus dans une logique de protection des minorités dans le monde arabe »

compte rendu

L'Institut français du Liban a accueilli mercredi un débat sur le thème « La France dans le monde arabe. Le monde arabe en France ».

15/05/2015

Protection des minorités, position de la France en Syrie, visibilité des voix arabes en France, politique(s) française(s) dans le monde arabe... Ces sujets ont été abordés, mercredi, par des chercheurs ainsi que par l'ambassadeur de France au Liban, dans le cadre d'un débat sur le thème « La France dans le monde arabe. Le monde arabe en France », organisé mercredi à l'Institut français du Liban.
« Fort heureusement, la France n'est plus dans une logique de protection des minorités dans le monde arabe puisque cette logique amène nécessairement à une clientélisation des minorités religieuses. Aujourd'hui, c'est l'être humain qui est menacé au Levant. Pour protéger les chrétiens d'Orient, il faut régler les problèmes politiques en Syrie et en Irak, autrement dit, il faut protéger les majorités », a estimé Karim Émile Bitar, directeur de recherche à l'Institut français de recherches stratégiques, au cours de ce débat organisé par la Fondation Samir Kassir à l'occasion du « printemps de Beyrouth ». « Le problème, c'est qu'il y a actuellement un retour en force d'une vision culturaliste qui défend l'idée d'une exception arabe, c'est-à-dire que le monde arabe est incompatible avec la démocratie. Politiquement, cela se traduit par un soutien aux régimes dictatoriaux, sous prétexte qu'ils sont un rempart contre l'islamisme. Or, l'expérience a montré à quel point cette thèse était radicalement infondée », a ajouté M. Bitar.

« Pas assez crédible »
C'est sur la position de Paris par rapport à la guerre en Syrie qu'est revenu, pour sa part, Patrice Paoli, ambassadeur de France au Liban, estimant qu'elle n'a jamais changé. « La France souhaite un règlement politique, mais considère que le régime en place n'a pas de rôle à jouer dans l'avenir de la Syrie », a-t-il explicité. À la question de savoir pourquoi la France n'a pas davantage soutenu l'opposition syrienne, l'ambassadeur a répondu : « Elle n'est pas apparue assez crédible. Peut-être parce qu'elle n'a pas été assez soutenue. Peut-être que la France n'avait pas les moyens de sa politique. » Dans tous les cas, selon lui, ni la France ni les pays occidentaux ne peuvent régler à eux seuls les conflits dans la région.

Revenant sur le rôle de la colonisation dans la dégradation des rapports entre la France et le monde arabe, le troisième intervenant, François Burgat, directeur de recherche à l'Institut de recherches et d'études sur le monde musulman, a, de son côté, souligné que le problème de la France est d'avoir méconnu ses valeurs. Le problème, « c'est le décalage entre l'énonciation de valeurs universelles et les difficultés à les appliquer comme telles », a-t-il indiqué. « Un jour, un député jordanien des Frères musulmans m'a dit : "Si les Occidentaux avaient été capables de respecter leurs valeurs, nous serions tous devenus occidentaux." Cela démontre qu'il y a une matrice commune des valeurs humaines et que cela doit être la base de toute discussion entre ces deux mondes », a précisé M. Burgat.
Concernant les choix géopolitiques de la France dans le monde arabe, M. Bitar a admis que la France a, d'une certaine manière, choisi le camp sunnite, alors que M. Burgat a considéré que la France recueillait les dividendes de la dépréciation des relations entre les États-Unis et les monarchies du Golfe.


(Pour mémoire : Des pèlerins français en visite en Syrie, malgré l'opposition de leur pays)

Amin Maalouf et Zaha Hadid
Tout au long de la discussion, animée par Noor Akl, journaliste à la Future TV, les trois intervenants ont également débattu de la visibilité des voix arabes en France, de la ou des politique(s) française(s) dans le monde arabe, du rôle de passerelle que doivent jouer les intellectuels et surtout des politiques qui doivent être mises en place pour rapprocher les deux rives de la Méditerranée.
Sur ces points, M. Burgat a tenu à rappeler qu'il n'y a pas de définition monolithique du monde arabe et qu'il est préférable de parler « des mondes arabes ». « Les voix arabes en France sont le produit d'un rapport de force inégalitaire. Il y a d'un côté un petit monde qui a une connaissance plurielle et diversifiée de la région, mais dont la voix est quasiment inaudible, et de l'autre un contre-courant puissant qui utilise des arguments qui relèvent de l'ordre de l'irrationnel et qui occupe en permanence l'espace médiatique. Il y a donc un clivage entre des informations qui émanent d'une connaissance rationnelle et des informations qui reflètent des imaginaires hérités », a expliqué M. Burgat. « Quand je pense aux voix arabes en France, les deux premiers noms qui me viennent sont ceux d'Amin Maalouf et de Zaha Hadid », a-t-il ajouté.

Écorchés vifs/Oncle Tom
Rebondissant sur les propos de M. Burgat, M. Bitar a noté que ce qui manque actuellement, c'est une critique à double tranchant, comme pouvait l'être celle de Samir Kassir. « De façon caricaturée, on peut dire qu'il y a actuellement deux écoles, deux sons de cloche, parmi les voix arabes qui pèsent en France. Il y a d'une part les "écorchés vifs", dont les discours sont encore marqués par un fort sentiment anticolonial et, d'autre part, les "Oncles Tom" qui sont toujours d'accord avec la majorité, jouant un peu le rôle des "gentils musulmans" », a analysé M. Bitar.

Selon lui, « il y a actuellement une dérive dans le rapport français à la laïcité. La laïcité devient une arme contre l'islam alors que la loi de 1905 renvoie à la neutralité de l'espace public ».
Finalement, les trois intervenants sont tombés d'accord sur le fait qu'il y a un manque de connaissance du monde arabe en France, notamment dû au fait que la langue arabe, deuxième langue étrangère la plus parlée en France, est très peu enseignée. Pour Patrice Paoli, « il faut que les élites politiques prennent conscience de l'importance de l'enjeu, puisque le monde arabe et la France partagent une communauté d'histoire, mais aussi une communauté de destin ».

 

Mise au point

"Le compte-rendu du débat entre l'ambassadeur de France Patrice Paoli et les chercheurs Karim Emile Bitar et Francois Burgat (OLJ du 15 mai) a évoqué la polarisation du débat postcolonial entre "écorchés vifs" et "oncles Tom." L'auteur cité à ce sujet par MM. Bitar et Burgat est Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou, qui a développé cette typologie. Comme l'a rappelé M. Bitar durant la conférence, M. Mohamedou, ancien ministre mauritanien des Affaires étrangères, est un universitaire et penseur postcolonial de renom, aujourd'hui basé à Genève après avoir enseigné à Harvard durant les années 2000."

 

Cet article a été modifié à 18h

 

 

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Le Faucon Pèlerin

Le général de Gaulle a fait de la France un pays vainqueur pendant qu'elle était réellement un pays vaincu. Mais depuis la disparition du Général en 1970, la France est gouvernée par des gens ordinaires.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Les idées fixes reçues, des géopoliticiens-penseurs, font d’eux d'incurables pâmés, des ingénus patauds ou de grands enfants plutôt. Ils le prouvent ces jours-ci en "théorisant" sur la saleté que l’aSSadiot fait et que le monde entier fait ; accumulant les "théories" oiseuses et caduques. Or, il ne faut "théoriser" sur 1 saleté avant qu’elle ne soit terminée ; 1 conSeil pour les ébaubis. La saleté sera menée, et "on théorisera" dessus après. Toute autre casuistique n'aboutit qu'à la contestation chez toute 1 série de gens Sains évidemment, qu'1 "théorisation" bien sûr a posteriori convaincrait bien + aisément. Car les regrets, étant derrière eux, ne les empêcheraient + de (re)roupiller. Cela étant, il n'est pas inintéressant de les écouter s'évertuer à se justifier. Cela permet de mesurer les considérables dégâts que fait, dans "les esprits", le "prosélytisme" fait de sectarisme et de fatuité tous älaouïto-chïïtiques d’1 Nabäâ 1er et d’1 aSSadique ; sans oublier bien sûr, toutes sortes de "paranoïas" conComitantes. On a tort d'ériger les considérations pécuniaires en raison 1ère de cette conduite. Certes, cette raison-là est négligeable : en Toumânes, en Piastres ou USD. Tous Per(s)cés, yâ hassértéééh ! Mais le moteur le + dangereux de ces doctrines est sans doute la niaiserie typique qui les sous-tend et qui, si des "minorisés" éhhh éclairés ne s'y opposaient, justifiera encore d'autres "croisades, mahééék, judéo-älaouitico-chïïtico-sunnito-chréti(en)nes ; yîîîh !

FAKHOURI

ce genre de réunion est simplement l'expression des membres la composant. La France n'a plus les moyens de sa politique. Le France est en faillite.
Son Président se promène à l'étranger avec l'avion qu'il a critiqué lors de son achat, les forces ne disposent plus des moyens financiers d'améliorer leurs équipements,
et le plus déroutant est que la France s'aligne aux diktats des USA.
Il faut arrêter de gesticuler pour faire reélire un président déjà défaillant en 2017.

Sabbagha Antoine

La France des années 1920 n 'existe plus .Les intérêts comptent seulement de nos jours .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

EN PAROLES... TOUT EST FACILE ET BON... DANS LA PRATIQUE : LES INTÉRÊTS !!!

M.V.

Les marxo/socialistes de la nomenklatura au pouvoir en France ,le grand orient et ses réseaux , seraient 'ils les promoteurs de cette nouvelle intox orientale franco/française ....? pour mieux masquer l'échec national de l'intégration Made In France .....?

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