Les positions du général Michel Aoun concernant le dossier des nominations sécuritaires sont fixes : il refuse sans appel le fait de repousser le passage des chefs sécuritaires à la retraite. Des milieux proches du Courant patriotique libre (CPL) estiment ainsi que la formation se livrera à des mesures pratiques pour exprimer sa contestation à la prorogation du mandat des chefs et nul n'y échappera. Pour l'instant, des sources parlementaires aounistes refusent de divulguer quelles seront ces démarches et soulignent que la décision du parti est inexorable : le rejet de la prorogation des mandats. Ces sources rappellent que le ministre Gebran Bassil avait indiqué lors de sa tournée à Denniyé qu'il n'y aurait plus de gouvernement au cas où les nominations sécuritaires n'ont pas lieu et qu'il n'y aurait pas de nominations si le CPL n'a pas son mot à dire dans ce domaine. Il serait même question, selon certaines sources, de mouvements populaires pour rejeter la prorogation des mandats.
La question de la nomination des chefs sécuritaires avait été au menu de la rencontre dans la banlieue sud entre Michel Aoun et Hassan Nasrallah, au lendemain des propos du chef du CPL qui exprimaient un malaise dans sa relation avec le Hezbollah. Le général Aoun a exprimé son point de vue hostile à la prorogation des mandats durant la réunion, et le secrétaire général du Hezbollah a soutenu son point de vue, tout en lui demandant de ne pas trancher la question pour l'instant, compte tenu de la complexité de la situation actuelle et des échéances diverses. Si aucun accord n'est conclu autour des nominations, les prorogations de mandats s'imposeront d'elles-mêmes, a ajouté le chef du Hezbollah, puisqu'il est impossible de laisser les institutions sécuritaires sans chefs en pleine guerre contre les jihadistes.
Cependant, des sources ministérielles estiment qu'il est encore trop tôt pour poser la question des nominations au commandement en chef de l'armée, puisque le général Jean Kahwagi ne doit passer à la retraite qu'en septembre, c'est-à-dire dans quatre mois. Des sources sécuritaires ajoutent, elles, qu'il est pour le moins étrange de parler de mutations au sein du commandement en chef de la troupe en pleine bataille et que la solution qui consiste à respecter la hiérarchie et les doyens pour résoudre la question pourrait avoir des répercussions fâcheuses sur le commandement : ce n'est pas pour rien qu'un chef est un chef ; il doit répondre aux critères qui lui permettent de commander. Ces sources mettent par ailleurs l'accent sur la nécessité d'un consensus pour que les nominations des chefs sécuritaires voient le jour... Et que si cela s'avère impossible, il faudra que le commandement actuel se maintienne en place jusqu'à l'élection d'un nouveau président de la République.
Des sources proches du CPL expriment leur étonnement face au fait que certains refusent les nominations et avancent toutes sortes de prétextes sur ce plan, notamment celui du consensus, alors que, pour les postes non chrétiens, cela n'est jamais le cas. Ces sources rappellent qu'il a été possible, au sein du cabinet Salam, de nommer les membres de la commission de contrôle des banques, ainsi qu'un secrétaire général pour le Conseil des ministres... Alors pourquoi pas des chefs sécuritaires ? Si les nominations qui ont déjà eu lieu visaient à renforcer l'exécutif dans le contexte actuel, ainsi que la stabilité politique et économique du pays, comme le souhaite la communauté internationale, pourquoi n'en serait-il pas de même concernant les nominations des chefs sécuritaires ? Les États-Unis ne veulent pas que le temple s'effondre sur la tête des Libanais, et, partant, il est nécessaire de préserver un minimum de cohésion, jusqu'à ce que les circonstances permettent l'élection d'un nouveau chef de l'État. Pourquoi alors serait-il impossible de nommer de nouveaux chefs sécuritaires, se demandent des sources aounistes, surtout que les contacts du général Aoun avec l'ensemble des responsables ont été dans le sens d'un consensus sur les nominations. Cependant, aucun d'eux n'a pris la moindre initiative pour aboutir au consensus recherché.
Par ailleurs, des sources parlementaires proches du 14 Mars estiment que la nomination du commandant en chef de l'armée et des responsables sécuritaires fait partie du domaine réservé du président de la République. Partant, l'on ne saurait imposer le nouveau commandant en chef de l'armée au nouveau président sans son aval. De plus, celui qui souhaite des nominations sécuritaires devrait procéder à l'élection d'un nouveau chef de l'État en se rendant aux séances électorales à la Chambre pour mettre fin au vide au palais de Baabda.
Par ailleurs, il existe des lignes rouges clairement établies à l'étape actuelle. La chute du cabinet en fait partie, de même qu'un dérapage sécuritaire et militaire, ou encore un effondrement économique et financier. Cela, le 8 Mars le sait parfaitement bien, comme l'indique un responsable politique d'une composante proche du Hezbollah, conscient que le gouvernement actuel est inamovible et que nul ne pourra y toucher, même si la décision est prise de proroger le mandat des chefs sécuritaires. De même, l'idée de responsables qui ne seraient pas pleinement investis d'un mandat, mais qui seraient là uniquement par intérim, n'est pas envisageable, compte tenu de l'importance de la mission qu'ils ont à remplir.
Les alliés du général Aoun le laisseront-ils agir à sa guise pour protester contre la prorogation des chefs sécuritaires, ou bien lui feront-ils signe qu'il existe des interdits à ne pas briser pour ne pas porter atteinte à la stabilité ?
Pour mémoire
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Le général d'opérette Michel Aoun, 82 berges, tel le roi Lear de Shakespeare, exige que tout le monde lui obéisse et le vénère jusqu'à sa mort. L'obsession présidentielle le rend de plus en plus hystérique. Depuis sa fuite du Palais de Baabda, il a perdu toute légitimité de se mêler de la politique du pays. Toutes ses menaces ne sont que des bulles de savon. CQFD.
11 h 21, le 12 mai 2015