Le gagnant des élections, le Premier ministre David Cameron, et les deux perdants, le leader du Parti travailliste, Ed Miliband, et le chef du Parti libéral-démocrate, Nick Clegg. AFP Photo/Adrian Dennis
Londres, jeudi après-midi. Ed Miliband, leader du Parti travailliste, se voit déjà en train de rencontrer la reine Élisabeth II pour recueillir son assentiment avant de prendre ses appartements dans le célèbre numéro 10 de Downing Street. Nigel Farage, chef de file du parti europhobe Ukip, se voit déjà dans la position du faiseur de roi, en train de négocier, avec le plus offrant, sa popularité contre quelques réformes bien à (l'extrême) droite. Nick Clegg, à la tête du parti libéral-démocrate, se voit déjà (une nouvelle fois) vice-Premier ministre, pensant sans doute que les électeurs lui pardonneront son alliance avec les conservateurs. Encouragés par les sondages, ils sont tous persuadés que la tête de David Cameron, au mieux, sautera ; au pire, restera rattachée à un tout petit fil tenu entre leurs seules mains fermes.
24 h plus tard, les trois leaders politiques viennent de poser leur démission alors que le roi (David) Cameron célèbre son éclatante victoire. Éclatante, et surtout écrasante, puisqu'en obtenant la majorité absolue, le Premier ministre se dote d'une quasi totale indépendance par rapport à ses concurrents directs, pour exercer son pouvoir.
L'indépendance justement aura été l'un des thèmes majeurs de ces élections, mais prenant, selon les interlocuteurs, un sens tout à fait spécifique : indépendance par rapport à l'Union européenne pour les conservateurs et l'Ukip ; indépendance par rapport au Royaume-Uni pour le Parti national écossais (SNP). La logique aurait voulu que le résultat des élections favorise une dynamique au profit de l'autre. Autrement dit, soit un Royaume-Plus-Uni que jamais qui décide de sortir de l'UE, soit un Royaume-Uni qui montre sa détermination à rester dans l'UE tout en acceptant l'idée d'un nouveau référendum dans les années à venir sur l'indépendance de l'Écosse. Mais, loin de se contredire, les deux dynamiques semblent au contraire s'être alimentées, jusqu'à placer le pays dans une position des plus paradoxales : les conservateurs veulent un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE, tout en ayant fait campagne pendant des mois contre l'indépendance d'une Écosse, elle, très proeuropéenne. Une sorte d'amour (impossible) à trois où chacun des protagonistes jalouse l'amour qui unit les deux autres.
Tout comme les Écossais l'ont fait avec le Royaume-Uni, les Britanniques vont chercher à profiter des résultats de ces élections pour négocier une plus grande autonomie vis-à-vis de Bruxelles. À moins que le référendum promis par M. Cameron n'aboutisse à la victoire du non, qui entamerait pour tout ou une partie du Royaume-Uni, c'est bien là la question, le processus de sortie de l'UE. Un scénario qui doit hanter Jean-Claude Juncker, qui s'est empressé de demander une entrevue avec M. Cameron. Un scénario qui doit énerver Berlin et Paris, qui ont de plus en plus de mal à supporter les caprices de Londres dans ces périodes de crises. Un scénario, enfin, qui n'aurait pas manqué de faire sourire le général de Gaulle.
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