Des millions de Britanniques se sont levés aux aurores hier pour voter dans les mairies, mais aussi dans des pubs, des préfabriqués posés sur un parking ou des lieux de culte. Léon Neal/AFP
« Ça fait des années que ça n'a pas été aussi serré, voter est plus important que jamais. » Comme Adam Banks, des millions de Britanniques se sont levés aux aurores hier pour voter dans les mairies, mais aussi dans des pubs, des préfabriqués posés sur un parking ou des lieux de culte. Les leaders politiques avaient eux aussi mis le réveil pour être parmi les premiers à glisser leur bulletin dans l'urne pour ces législatives réputées les plus indécises depuis plusieurs générations.
À Spelsbury, un petit village dans l'Oxfordshire, David Cameron a été fraîchement accueilli à la sortie de sa berline noire par trois manifestants, dont un en costume de fourrure rose du Muppet Show, qui militent pour la cause des pères privés de leurs enfants. Impassible en veste et chemise sans cravate, le Premier ministre conservateur sortant a passé son chemin au bras de son épouse Samantha. Près de 200 kilomètres plus au nord, son rival travailliste Ed Miliband avait, lui, sorti sa plus belle cravate rouge pour voter dans sa circonscription de Doncaster, accompagné par sa femme Justine.
À l'image des deux prétendants au 10, Downing Street, ils étaient des millions à accomplir tôt leur devoir de citoyen avant de se rendre au travail. Et ce dans des endroits parfois très insolites comme cette laverie d'Oxford, ce moulin à vent à côté de Brighton ou cette salle de boxe à Kingston-Upon-Hull, sans compter les églises, mosquées et temples hindous.
Au Royaume-Uni, on vote traditionnellement le jeudi lorsque les écoles, qui ailleurs dans le monde accueillent les opérations de vote, sont presque toutes ouvertes. Alors, il faut bien trouver d'autres endroits. La question de savoir pourquoi on vote le jeudi dans ce pays occupe les spécialistes depuis des décennies. En l'absence de raison officielle, l'explication la plus communément admise est que, dans le temps, cela permettait d'éviter des scrutins trop alcoolisés, les ouvriers touchant leur paie le vendredi. « C'est marrant de voter dans un pub. J'habite juste à côté. Je vais revenir ce soir pour suivre la soirée électorale devant une pinte », souligne Neiruz Gharret en sortant de l'Anglesea Arms dans le quartier huppé de Chelsea, au sud-ouest de Londres.
« Une bande de fous »
L'endroit dépanne depuis des années comme bureau de vote en mettant à disposition une petite salle en contrebas de la tireuse de bière, sous l'œil serein de plusieurs ducs, encadrés sur les murs. « Cela s'annonce superserré et très important car ce vote va conditionner une grande partie de notre avenir, surtout au niveau économique », ajoute Neiruz, alors que deux hommes d'affaires pressés arrivent dans un taxi, qui laisse tourner le moteur en attendant leur retour.
L'ambiance est plus calme quelques kilomètres plus loin au pavillon de Burton's Court, posé dans un parc et devant un splendide terrain de cricket. C'est ici que votent les fameux « Chelsea Pensioners », les résidents du Royal Hospital Chelsea qui sert de maison de repos aux retraités de l'armée britannique. L'un d'eux, Frank, 86 ans, remonte tranquillement l'allée menant au pavillon sur sa voiture électronique, en uniforme. Pour lui, le scrutin « se joue à pile ou face entre un candidat qui a l'air convenable et une bande de fous ». « Je ne pense pas que mon vote va faire une grande différence, mais c'est un devoir et il devrait être obligatoire », ajoute-t-il.
À l'entrée du bureau de vote dans ce fief conservateur, une conseillère municipale des Tories est venue saluer les électeurs « et montrer qu'on est toujours vivants », avant de filer fissa dans une circonscription plus disputée, une de ces « marginals » où se joue le sort de cette élection.
Le maire de la capitale, Boris Johnson, vote au nord de Londres, à Angel, où Adam Banks a glissé religieusement son bulletin dans l'urne. « Ça n'a jamais été aussi serré, voter est d'autant plus important », dit le jeune homme de 28 ans, en quittant l'école primaire de Hanover.
James Donald, qui vote dans le North Dorset, est moins catégorique. « Je vais voter pour remplir mon devoir, dit-il. Mais je sais que mon avis n'aura pas beaucoup d'importance et je redoute les marchandages à venir pour aboutir à une coalition négociée derrière des portes closes par des partis qui se seront assis sur une partie de leurs promesses. »
Jacques KLOPP/AFP


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