The Prophet, de Roger Allers, avec les voix de Liam Neeson, Salma Hayek, John Krasinski et Quvenzhané Wallis.
Sur l'île imaginaire d'Orphalèse (un Liban utopique et fantasmé ?), Moustapha, tenu en résidence forcée, attend le bateau pour l'emmener loin de l'île. Al-Mitra, la petite fille de la femme de ménage, va se lier d'amitié avec cet homme à la sagesse inégalée. Elle a perdu sa voix depuis la disparition de son père et tout le village la déteste.
Difficile de traduire philosophie et poésie en film, de surcroît animé. Un défi que Roger Allers, le réalisateur de The Lion King, a su relever avec l'aide de huit cinéastes talentueux. Il a fallu créer un narratif plus accessible aux enfants, puisque la sage al-Mitra du livre a, dans le film, le profil d'une petite fille. Magie de l'animation, puisque la sagesse appartient là au monde imaginaire des enfants. Le cinéaste a su créer un travelling dans l'espace filmique pour évoquer non seulement le voyage de Moustapha, l'élu, mais aussi son passage parmi les villageois, alors qu'il leur parle des grandes lignes de la vie.
Un voyage également au niveau de la forme puisque huit tableaux traversent le narratif. Aux commandes de ces tableaux, rien que des animateurs oscarisés qui ont su sortir des sentiers battus et offrir du « non-déjà-vu » : Michael Socha (La liberté) ; Nina Paley (Les enfants) ; Joann Sfar (Le mariage) ; Joan Gratz (Le travail) ; Bill Plympton (La nourriture) ; Tomm Moore (L'amour) ; Mohammad Harib (Le bien et le mal), et Paul et Gaetan Brizzi (La mort).
Le film allie harmonieusement toutes les écoles de dessin (peinture à gros traits, dessins d'enfant ou arabesques), mais aussi toutes les disciplines artistiques. Car mis à part le dessin, la musique de Gabriel Yared, la virtuoisté de YoYoMa, ainsi que les chansons de Damien Rice et de Glen Hansard achèvent de donner un écrin plein de chaleur, mais sans une identité spécifique à l'œuvre. Film du monde, à l'instar de la philosophie de Gibran.
Les chapitres sont ainsi de vrais tableaux picturaux puisqu'on croirait voir à travers L'amour de Tomm Moore Le baiser de Klimt, et à travers Le travail de Joan Gratz, Les moissonneurs de Van Gogh. Folon traverse également le chapitre Voyage... Différentes techniques sont donc employées en toute harmonie et dans le respect de l'animation traditionnelle. Simple, mais portant un message très fort, cette animation fait honneur au livre de Gibran, sans fioritures et en allant droit à l'essentiel.
Il n'y a rien d'aussi beau que les dessins à la main qui s'animent. C'est ce qu'a compris le réalisateur Roger Allers.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef