X

Moyen Orient et Monde

Le regard de trois Libanais sur les émeutes de Baltimore

Témoignages
29/04/2015

Lundi soir, Baltimore. Au beau milieu de la rue, un jeune homme noir danse sur Beat it de Michael Jackson, imitant les pas de son idole, face à une cohorte impressionnante de policiers et devant les regards à la fois amusés et confus des personnes présentes. Se déplaçant comme si la rue lui appartenait, plein de fougue et de colère, le regard fixant constamment les policiers, le jeune homme se met en scène et joue à fond le personnage, comme pour envoyer à cette audience inhabituelle un message simple, bien qu'un peu artificiel : je suis là, j'existe !
Depuis quelques jours, la ville de Baltimore aux États-Unis est secouée par de violentes émeutes contre les forces de police. Après l'inhumation d'un jeune homme noir, Freddie Gray, 25 ans, des jeunes manifestants, âgés de 13 à 19 ans, ont commencé à s'en prendre aux forces de l'ordre en leur lançant toute une série d'objets parmi lesquels des briques et des bouteilles, et en mettant le feu à plusieurs véhicules de police. Gray est mort dans des circonstances encore inexpliquées alors qu'il avait été arrêté par la police.
Plutôt calme ces dernières années, Baltimore s'est laissé emporter par une vague de violence qui a fait ressurgir les tensions raciales qui opposent la communauté afro-américaine aux forces de l'ordre, et qui a nécessité l'intervention de l'armée.

(Pour mémoire : Entre Michael, 19 ans, et Tamir, 12 ans, les policiers blancs sur la sellette)

 

« Une purge »
Pour L'Orient-Le Jour, trois Libanais vivant à Baltimore reviennent sur les événements qui ont secoué leur ville ces derniers jours. « C'est assez bouleversant. J'étais au supermarché ce matin, et je me suis retrouvé en face de militaires de la garde nationale », témoigne Michele Hamod, photographe. « Ce qui est troublant, c'est que ces jeunes Afro-Américains ne disent pas clairement ce qu'ils veulent », ajoute-t-elle, avant de préciser que « toutes les écoles publiques sont fermées » face à cette situation d'urgence.
« Les événements qui se sont déroulés à Baltimore s'inscrivent dans la suite de ce qui s'est passé dans les autres villes. Le décès de Gray est le dernier d'une série de bavures qui ont ravivé les tensions raciales ces derniers mois aux États-Unis. » Pour comprendre la situation, il faut prendre en compte deux faits, explique Anthony Hamod, chirurgien dentiste. Le premier, c'est la question de la responsabilité ou non de la police dans la mort du jeune homme. Qu'est-il arrivé à Freddie Gray ? Une enquête est en cours, mais sur ce point-là, jusqu'à maintenant, nous n'avons pas plus d'informations. Il faut tout de même rappeler que ce jeune homme avait un couteau sur lui et qu'il a déjà été impliqué dans plusieurs affaires de drogue. Le second, c'est la réaction des protestataires qui a débuté samedi lors d'un match de base-ball. Parmi eux, se trouvaient des gens qui manifestaient pour comprendre ce qui était arrivé à Freddy Gray, mais aussi des opportunistes qui voulaient profiter de la situation pour se mettre en avant, d'après le jeune chirurgien. « Dimanche, le calme était revenu. Mais lundi, les jeunes Afro-Américains ont commencé à bloquer la circulation. Ils se sont réunis dans un mall et à partir de l'exemple du film The Purge, ils ont annoncé une purge sur plusieurs jours. Autrement dit, l'idée que les citoyens peuvent faire ce qu'ils veulent, dans une cité sans droit ni loi. Les violences ont alors débuté », poursuit-il.

Responsabilité de la maire
D'après le chirurgien libanais, la maire, Stephanie Rawlings-Blake, est la principale responsable de la situation. « Elle aurait dû décréter l'état d'urgence dès samedi, mais elle ne l'a pas fait, car elle tient à garder le vote des Noirs. Il a fallu qu'elle fasse appel au gouverneur de l'État du Maryland, Larry Hogan, pour qu'enfin il décrète l'état d'urgence et qu'il mobilise la garde nationale », témoigne Anthony Hamod.
Concernant le rôle de la police, il précise que si les policiers sont peut-être à blâmer pour la mort du jeune homme, ils n'ont pas répondu aux violences des manifestants alors qu'ils ont largement été attaqués.
« Ces jeunes cherchent avant tout à attirer l'attention. Ils veulent passer pour cool. Il ne faut pas oublier qu'ils sont issus de quartiers pauvres et qu'ils n'ont pas de figure familiale. C'est un moyen pour eux de montrer qu'ils existent, profitant de la présence des médias. D'ailleurs, je crois que les événements n'auraient pas pris une telle ampleur, si les médias n'étaient pas aussi présents. »
César Chidiac est également médecin. Sur les événements à Baltimore, il rappelle avant tout que la famille de Freddie Gray a répété à plusieurs reprises qu'elle était contre tout recours à la violence. À l'instar d'Anthony Hamod, il pointe la responsabilité de la maire, appartenant à la communauté noire américaine, dont il estime qu'elle aurait encouragé les jeunes à se lâcher, à évacuer leur frustration. « Stephanie Rawlings-Blake a dit à la police de ne pas intervenir. Elle a laissé faire ce qu'ils voulaient », explique-t-il.

(Pour mémoireLes manifestants à New York: "La vie des noirs compte")

 

Le président des États-Unis est noir !
Concernant les revendications de ces jeunes protestataires, César Chidiac estime que « la plupart d'entre eux ne veulent pas de problème. Hier, des jeunes Afro-Américains ont nettoyé le sol, comme pour montrer qu'ils n'étaient pas comme les émeutiers. Selon lui, le problème ne se limite pas à Baltimore, mais concerne toutes les grandes villes américaines. « C'est un grand problème social. Une partie des jeunes Afro-Américains n'ont pas d'éducation, ont grandi dans des familles déséquilibrées, ne connaissant parfois pas leur père, et sont confrontés à l'attrait du marché de la drogue dès le plus jeune âge », analyse le médecin. « Ils pensent que parce qu'ils sont noirs, ils ne sont pas aimés. Mais ce n'est pas vrai, la preuve : le président des États-Unis est noir ! Il faut s'occuper de ces jeunes, les aider à s'insérer socialement et jusqu'alors, j'ai l'impression que les politiques à ce sujet sont largement insuffisantes. »

 

Pour mémoire
L'exercice d'équilibriste d'Obama sur les questions raciales

Après Ferguson, la vidéo d'un enfant noir abattu par un policier fait scandale

Une marée d'uniformes bleus aux obsèques d'un policier à New York

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

LA TABLE RONDE

Coluche disait dans un de ses sketches , la preuve que je ne suis pas raciste , mon chauffeur est noir , et meme mon cuisinier ! un medecin qui dit que parce que les president est noir aux usa , c'est une preuve que le racisme anti noir n'existe pas !!!??? il a fait la honte non pas a sa profession qui demande quand meme des etudes tres longues , mais a sa race de libanais surtout .
Le probleme des noirs est genetique , il faut commencer a expliquer comment ils ont ete transporte aux usa , a quoi ils ont servi et comment on les a massacre depuis le 1er jour de leur presence sur le sol americain .
Et jamais le moindre regret des communautes blanches ni excuses , ni rehabilitation alors que pour une certaine communaute on nous rabache les oreilles en boucle de la souffrance subite en Europe de 40 a 45 .
On y peut rien c'est pas le cas de Gray qui nous interesse , mais pourquoi jamais un flic noir ne tue de passants blancs ou noirs , et pourquoi c'est toujours des blancs qui tuent des noirs ?
Dans un pays qu'on veut nous presenter comme exemplaire , en plus . N'y aurait il pas de ressemblance entre israrecel et les us ?? l'un pour des arabes , l'autre pour des noirs ???

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué