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Nos lecteurs ont la parole - Sami Richa

Les sept péchés capitaux du cannabis

La récente enquête sur le cannabis parue dans vos colonnes en quatre épisodes, et surtout l'appel de certains politiques à permettre la culture et la consommation de cannabis dans le but de secourir des régions défavorisées et dans la précarité, nous laissent perplexes, notamment par rapport à cette attitude qui ne prend en rien fait et cause pour les études mondiales à grande échelle sur ce produit et sa toxicité.
Peut-être que quelques-unes de ces études mériteraient d'être rappelées afin d'apaiser le débat et de permettre à la raison de reprendre son droit...
1- Le conducteur sous l'influence du cannabis risque de moins bien percevoir l'environnement. Sa coordination, ainsi que sa capacité à rester attentif à l'environnement routier, risquent d'être affectées. Il peut éprouver de la difficulté à maintenir une trajectoire en ligne droite, à rouler à une vitesse constante et à évaluer les distances. À la différence de l'alcool, il n'existe pas de seuil sécuritaire pour le cannabis, c'est-à-dire que ses effets sur la conduite automobile peuvent survenir avec une consommation minimale, voire un seul joint. La présence de cannabis est associée à un risque deux fois plus élevé de décéder dans un accident de la route comparativement à un conducteur sobre. Un conducteur ayant consommé du cannabis court un risque accru d'être impliqué dans un accident mortel et ce risque augmente de quatorze fois lorsque l'alcool s'ajoute au cannabis.
Dans un pays qui a peiné à sortir une loi sur le code de la route, il est important de considérer cela.
2- Il n'est plus à démontrer qu'une éventuelle bouffée de schizophrénie peut advenir après une consommation même modérée de cannabis. Bien entendu, d'autres facteurs, notamment génétiques, sont incriminés. Toutefois, ces facteurs ne sont pas contrôlables. Un apport exogène par contre peut être réfléchi pour l'éviter. Comme on ne connaît pas ce risque génétique chez les individus, il est évident qu'éloigner la seule substance exogène accusée dans la genèse de cette maladie terrible semble adéquat. Maladie terrible, la schizophrénie l'est, c'est même l'impératrice des maladies en psychiatrie, le cancer des maladies mentales. C'est souvent toute une destinée fauchée à cause de ce trouble gravissime dont le pic de fréquence de survenue se situe à un âge adolescent ou jeune adulte.
3- Dans le DSM 5, la plus moderne des classifications internationales, la notion de dépendance au cannabis a été réintroduite récemment, car il est vrai que le cannabis entraîne une véritable dépendance, à l'instar d'autres produits. En effet, la dépendance psychologique au cannabis est associée à une dépendance physique faible. Mais il existe une tolérance à des doses de plus en plus élevées, une organisation de la vie relationnelle, sociale et même économique autour des consommations et une présence de signes de sevrage à l'arrêt.
Se prévaloir d'absence de dépendance à ce produit, c'est méconnaître la réalité clinique.
4- Le risque cancérigène de ce produit est encore inconnu parce que mal étudié. Quelques études émergent et sont très peu encourageantes, notamment pour les tumeurs des voies respiratoires et génitales. Lorsque l'amiante a été incriminé dans la survenue de tumeurs pulmonaires, il a été vite interdit dans la construction. Faut-il adopter un effet inverse quand on reconnaît qu'un produit pourrait donner un effet aussi létal ?
5- La réalité la plus amère demeure le changement du rapport à l'autre que le cannabis peut induire : modification du rapport au temps, distorsions dans les relations sociales, absence de motivation qui va s'installer, surtout chez le jeunes, à un âge où sont censées être prises des décisions importantes pour l'avenir de ces jeunes, leurs études, leurs relations affectives et sociales... Ces modifications ne sont pas nécessairement induites par d'autres substances.
6- Le passage souvent obligé vers d'autres substances encore plus nocives : toutes les études démontrant qu'en jouant avec le circuit de la récompense dans le cerveau, ce dernier s'emballe et recherche sensations insédites et nouveautés plus fortes. En acceptant de dépénaliser une drogue qu'on dit douce, on risque de s'embarquer dans d'autres substances plus dures, telles l'héroïne, la cocaïne et autres, qui ne tarderont plus à être livrées dans un marché dépénalisé.
7- Le cannabis altère les troubles mentaux préexistants ou les favorise. Or les récents chiffres mondiaux concernant les troubles mentaux au sein de la population générale avoisinent les 25 % (maladies, troubles de la personnalité et addictions). C'est une hécatombe. Un produit qui peut amener à jouer avec l'angoisse (bad trip) et les émotions (dépression et sursauts d'humeur) de 25 % de la population devrait-être permis ?
Au vu de cette réalité sombre et acerbe, qui va certainement avoir un impact économique en termes de soins, d'hospitalisations, d'incapacité ou d'arrêt de travail et de production, il est évident que s'estompent les arguments économiques qui, de toutes façons, ne sont pas encore étudiés scientifiquement.
En l'absence de toutes ces données économiques, je vous livre deux témoignages excellemment reproduits par leurs auteurs sur les effets que ces produits ont engendrés en eux.
Dans Le club des haschichins, Théophile Gautier narre en 1846, dans la Revue des Deux Mondes, sa propre expérience : « L'eau que je buvais me semblait avoir la saveur du vin le plus exquis, la viande se changeait dans ma bouche en framboise et réciproquement... Je m'abandonnais sans résistance aux effets de la drogue fantastique... le salon s'était rempli de figures extraordinaires... Je me fondais dans l'objet fixé, je sentais mes extrémités se pétrifier, j'étais statue jusqu'à mi-corps, je devins fou, délirant... J'éprouvais une affreuse tristesse car en portant la main à mon crâne je le trouvais ouvert et je perdis connaissance. »
Dans Le poème du haschisch, Charles Baudelaire, en 1860, dans Les paradis artificiels, relate : « Ils se figurent l'ivresse du haschisch comme un pays prodigieux, un vaste théâtre où tout est miraculeux et imprévu. C'est là un préjugé, une méprise complète... ce maudit haschisch est une substance bien perfide... Qu'est-ce qu'un paradis qu'on achète au prix de son salut éternel ? »
La médecine a donné son verdict. Le cannabis est une drogue extrêmement toxique. Il appartient au droit et aux législateurs d'en tirer les conséquences. Certains pays ont déjà depuis belle lurette dépénalisé le cannabis. Faudrait-il en faire de même dans un pays drogué par une absence poignante de politique de santé publique et des structures hospitalières chancelantes, et miné par une population en intoxication économique, et surtout par un taux élevé de jeunes et une jeunesse en manque de repères ?

Dr Sami RICHA
Chef de service de psychiatrie à l'Hôtel-Dieu de France

La récente enquête sur le cannabis parue dans vos colonnes en quatre épisodes, et surtout l'appel de certains politiques à permettre la culture et la consommation de cannabis dans le but de secourir des régions défavorisées et dans la précarité, nous laissent perplexes, notamment par rapport à cette attitude qui ne prend en rien fait et cause pour les études mondiales à grande échelle sur ce produit et sa toxicité.Peut-être que quelques-unes de ces études mériteraient d'être rappelées afin d'apaiser le débat et de permettre à la raison de reprendre son droit...1- Le conducteur sous l'influence du cannabis risque de moins bien percevoir l'environnement. Sa coordination, ainsi que sa capacité à rester attentif à l'environnement routier, risquent d'être affectées. Il peut éprouver de la difficulté à maintenir...
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