Rechercher
Rechercher

Pirates en stock

Un viol. Point n'est besoin d'être francophile, ou même seulement francophone, pour avoir ressenti comme tel l'attaque cybernétique d'une ampleur sans précédent lancée jeudi contre TV5-Monde, qui a vu son écran parasité, et ses sites Internet neutralisés durant plusieurs heures.

Faisant suite à l'hécatombe de Charlie-Hebdo, cette agression vise de toute évidence à châtier la France pour le rôle actif qu'elle joue dans la lutte contre l'État islamique. Significatifs à cet égard sont les pièces d'identité et autres documents administratifs exhibés de menaçante manière par les pirates et censés montrer des proches de militaires français. Mais c'est aussi au rayonnement culturel de la France, la France des idéaux républicains, celle du french way of life (mille excuses, la francophonie !) qu'ont voulu s'en prendre les jihadistes en ciblant une institution médiatique qui, forte de ses partenariats avec des chaînes canadiennes, suisse et belge, a accès à 250 000 foyers de par le monde.

Il ne s'agit pas cependant que de la France. Pour massive qu'elle fût, cette cyberattaque n'était certes pas la première du genre : la plus incroyable à cette date étant le piratage du centre de commandement américain pour le Moyen-Orient et l'Asie centrale. Il n'y a pas que les médias et les sites militaires, non plus. On tremble ainsi à l'idée qu'en quelques coups de clavier électronique, et comme dans les films-catastrophe, des métropoles entières pourraient aussi être plongées dans le noir, des aéroports privés de radar, des feux rouges et des lignes de métro désorganisés, des hôpitaux paralysés. Après les commandos-suicide bardés d'explosifs, après les avions de ligne transformés en missiles anti gratte-ciel, la guerre cybernétique n'en est peut-être qu'à ses débuts ; mais ne peut-on pas déjà s'effarer de la fragilité, de la vulnérabilité des diverses sociétés du globe face à l'infernale alliance entre la barbarie la plus rétrograde et la technologie de pointe ?

Le débat qui a alimenté ces derniers jours la chronique politique – et télévisuelle – libanaise n'a, lui, rien de planétaire. Au centre de la polémique figure la chaîne publique Télé-Liban qui, acceptant de se brancher sur la station du Hezbollah faisant office de relais, diffusait lundi dernier, en direct, une interview de Hassan Nasrallah accordée... à la syrienne al-Ikhbariya. C'était là une véritable première, et pas seulement technologique ; d'autant plus controversé était ce tour de passe-passe médiatique que les propos du chef de la milice pro-iranienne se distinguaient par une virulence particulière envers l'Arabie saoudite. Non seulement volait en éclats le principe officiel de neutralité dans le conflit de Syrie, mais l'affaire indisposait gravement un royaume où travaillent de nombreux Libanais et qui s'est fendu dernièrement de plusieurs milliards de dollars pour rééquiper l'armée libanaise.

Alors, infiltrée, noyautée à son tour, Télé-Liban ? Après tout, on a les piratages que l'on peut...

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Un viol. Point n'est besoin d'être francophile, ou même seulement francophone, pour avoir ressenti comme tel l'attaque cybernétique d'une ampleur sans précédent lancée jeudi contre TV5-Monde, qui a vu son écran parasité, et ses sites Internet neutralisés durant plusieurs heures.
Faisant suite à l'hécatombe de Charlie-Hebdo, cette agression vise de toute évidence à châtier la France pour le rôle actif qu'elle joue dans la lutte contre l'État islamique. Significatifs à cet égard sont les pièces d'identité et autres documents administratifs exhibés de menaçante manière par les pirates et censés montrer des proches de militaires français. Mais c'est aussi au rayonnement culturel de la France, la France des idéaux républicains, celle du french way of life (mille excuses, la francophonie !) qu'ont voulu s'en prendre...