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Liban

Un cortège de réfugiés syriens marche « pour la paix » dans la Qadisha

Solidarité

L'association Relief and Reconciliation for Syria (R&R) organisait mardi une randonnée dans la vallée près de Bécharré. L'objectif : faire sortir les jeunes de leurs camps du Akkar et afficher la volonté d'une symbiose entre Syriens et Libanais.

10/04/2015

« Al-chaab yourid as-salam al'an ! » Entonné en chœur par une cinquantaine de gorges syriennes, libanaises et occidentales, cette maxime (qui signifie « Le peuple veut la paix maintenant ») inaugure une randonnée peu commune dans la vallée sacrée de la Qadisha. En ce haut lieu du tourisme libanais, au pied du mont Makmel, l'association internationale Relief and Reconciliation for Syria (R&R) a fait venir mardi des réfugiés syriens de plusieurs camps du Akkar. Pour la plupart adolescents, accompagnés d'une dizaine d'adultes, ils sont venus profiter d'une bouffée d'air pur loin de la forêt de tentes où ils vivent dans une certaine promiscuité.

Dès la descente du bus, on peut lire la joie sur tous les visages. En tête de cortège, un béret vissé sur la tête et un coquelicot accroché à la chemise, le président de l'association, Friedrich Bokern dit « Fritz », déborde d'énergie. « L'une des pires choses dans les camps, c'est l'ennui », confie-t-il. Aussi, à la vue de l'enthousiasme ambiant, il est sur un petit nuage. À cette « marche de la paix » co-organisée avec des Libanais et des Syriens se sont joints des Allemands, un Australien et un Français. « Au-delà de la beauté de la balade, ce moment de partage et cet émerveillement des gens sont très importants. De telles choses rapprochent tout le monde », confie Rémi Baille, étudiant en échange à l'Université Saint-Joseph.

Créée il y a deux ans, R&R gère un « Centre de la paix » à Bqerzla (Akkar), proche de la frontière syrienne. Destiné principalement à apporter un soutien scolaire et psychosocial aux jeunes, il complète une école accueillant près de 430 élèves, et plusieurs classes ouvertes dans les villages alaouites de la région et dans la localité de Michmich (également dans le Akkar). « Plus de 800 élèves bénéficient de nos programmes destinés notamment à préparer les jeunes Syriens au système scolaire libanais, dans la mesure de nos moyens, pour qu'ils puissent avoir une chance d'avenir si le conflit s'éternise », explique Fritz. Cette randonnée est une première pour R&R, mais des festivités sont fréquemment organisées chaque année, à l'occasion du ramadan notamment.

107 000 réfugiés dans le Akkar
Les participants à la marche entendent montrer symboliquement que les Syriens « ne sont pas venus au Liban pour créer le moindre problème, confie Cheikh Abdo, le directeur syrien de l'école. Nous souffrons de la pression dans les camps, mais nous sommes enclins à patienter ». Le Akkar est l'une des régions du Liban où les déplacés sont présents en très grand nombre. Les chiffres varient, mais l'Agence des Nations unies pour les réfugiés y a dernièrement recensé 107 000 Syriens. « Ils sont beaucoup trop nombreux. Il faudrait que ceux qui le peuvent rentrent dans les régions sécurisées de Syrie, où nous continuerons à leur apporter notre soutien. Ici, c'est impossible de tous les aider », déplore Jad*, responsable de l'association originaire du Akkar.

Et pour cause, seule une infime partie des réfugiés dont l'association s'occupe a pu venir. Le budget est limité, et R&R n'a pu affréter qu'un bus. Mais la raison est principalement sécuritaire pour Fritz : « La plupart d'entre eux sont sur le territoire libanais en situation irrégulière. Ils n'ont plus les moyens de renouveler leur titre de séjour, dont le prix a grimpé à 360 dollars par an contre 100 auparavant. Ils ont peur de sortir. » Pourtant, ce n'est nullement de la peur qu'on ressent chez les Syriens présents mardi. Tous âges confondus, ils savourent chaque instant et enchaînent les « selfies ». Comme cette adolescente qui dévale, drapeau libanais à la main, les escaliers abrupts jusqu'au couvent de Notre Dame de Haouqa. Ou cet homme à l'embonpoint certain, qui cueille fleur sur fleur, heureux comme un gosse, pour les offrir à qui veut.

Après la longue marche dans la vallée, Cheikh Abdo est épuisé, mais reste pragmatique : « Nous souffrons peut-être de la fatigue aujourd'hui, mais nous souffrons tous les jours. Nous voulions finir cette randonnée, comme un symbole qui signifie que nous gardons la tête haute quoi qu'il advienne. »

Avant la nuit, le retour s'impose
« Une telle joie de vivre, c'est impressionnant, commente Maya Charabati, Libanaise de 18 ans venue à la randonnée avec sa sœur. Ils sont dans une situation qui est bien pire que la nôtre, et nous arrivons encore à nous plaindre. "Hayda souri" (celui-ci est un Syrien) est devenue une expression courante, péjorative, alors que ce sont des gens comme nous. » Conquise par la force de caractère des jeunes réfugiés, elle repart avec eux et des membres de R&R, une fois la randonnée terminée, dans le bus qui les ramène dans le Akkar. Elle veut constater par elle-même les conditions dans lesquelles ils vivent. Le soleil est bas dans le ciel, ils doivent se dépêcher. S'ils tombent sur un point de contrôle, les clandestins pourraient avoir de sérieux problèmes avec les autorités. Déjà, sur les visages collés aux fenêtres du bus, les sourires s'estompent.

* Le prénom a été changé.

 

 

Une association internationale enregistrée à Bruxelles


Relief and Reconciliation for Syria (R&R), soit en français « Aide et réconciliation pour la Syrie », est une association internationale enregistrée à Bruxelles depuis le 2 janvier 2013. Son but est de venir en aide aux jeunes Syriens par l'éducation et le soutien psychosocial, de préparer les nouvelles générations au pardon lorsque le conflit sera terminé et de faire en sorte que les réfugiés soient bien intégrés au Liban. Un « Centre de la paix » a été ouvert en juillet 2013 à Bqerzla, dans le Akkar, et l'ouverture d'un second est prévue dans la Békaa.
L'association regroupe près de 350 membres à travers le monde, dont neuf au Liban ; elle est présidée par Friedrich Bokern, analyste politique allemand. Des campagnes de sensibilisation à la situation des réfugiés syriens sont fréquemment organisées à travers le monde, ce qui permet à R&R de récolter les dons nécessaires à son fonctionnement.

 

 

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