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Liban

À Aïn el-Héloué, le calme sur le fil du rasoir

Entre le Fateh, les restes de groupuscules de résistance palestinienne, les groupes islamistes Ansar Allah, proches du Hezbollah, et Jund el-Cham, sans foi ni loi... le camp de Aïn el-Héloué préserve malgré tout son équilibre fragile.

08/04/2015

Un souk qui grouille de monde. Sur les étals, des légumes, des fruits, de la viande, du poulet, des poissons, des vêtements, des chaussures, des biscuits, du chocolat et tout autre bien de consommation... « Maintenant c'est calme, tout va bien. Il suffit d'un coup de feu tiré en l'air pour que tout le monde se terre chez soi. Samedi, le souk était désert », lance un marchand.
Samedi dernier, le corps de Marwan Issa, des Brigades de la résistance du Hezbollah, a été retrouvé dans un parking du camp de Aïn el-Héloué. Marwan, né d'une mère palestinienne et d'un père libanais chiite, était connu pour se livrer au trafic d'armes à l'intérieur du camp.
« Ce sont deux hommes, avec qui il avait fait des affaires, qui l'ont amené au quartier al-Tawarek de Aïn el-Héloué ; ils l'ont tué dans ce quartier et ont ensuite conduit sa voiture jusqu'à l'extrême sud du camp, l'abandonnant dans un parking. Ces deux hommes, Khaled Kawaj et Rabih Serhal, ont été remis par les factions palestiniennes aux autorités libanaises samedi », indique Maher Choubeita, secrétaire général du Fateh à Saïda qui siège à Aïn el-Héloué.


Avant de venir se réfugier à Aïn el-Héloué, Khaled Kawaj vivait dans un autre camp palestinien de Saïda, celui de Miyé Miyé, qui compte 6 000 réfugiés. Il avait quitté ce petit camp après des combats meutriers contre Ansar Allah, une faction palestinienne proche du Hezbollah, l'année dernière. Il avait donc fui Miyé Miyé pour rejoindre le quartier al-Tawarek à Aïn el-Héloué.
Le camp de Aïn el-Héloué, qui est le plus peuplé du Liban, compte 100 000 réfugiés palestiniens sur une superficie de 1,5 km². Actuellement, il abrite également 500 familles de réfugiés syriens et 6 000 réfugiés palestiniens des camps de Syrie, notamment celui de Yarmouk.


Il fut un temps où les islamistes de Isbat al-Ansar et Isbat al-Nour faisaient la pluie et le beau temps dans les quartiers Tawarek et Safsaf de Aïn el-Héloué. Aujourd'hui, ces deux factions palestiniennes sont presque « rentrées dans le rang » en se joignant aux autres forces majoritaires du camp.


Actuellement, c'est le groupuscule Jund el-Cham qui pose problème. Ne faisant pas partie des factions palestiniennes chargées de la sécurité du camp et regroupant tous les groupuscules palestiniens, il peut à tout moment déstabiliser Aïn el-Héloué. Ce sont des hommes proches de cette formation qui sont partis se battre en Syrie, contre le régime de Bachar el-Assad.
« Ils se sont battus aux côtés du Front al-Nosra (branche syrienne d'el-Qaëda). C'est le cas de mon cousin, qui est mort il y a un an en Syrie », indique Zakaria Kanaan, un commerçant possédant plusieurs magasins dans le souk de Aïn el-Héloué. « Une dizaine d'hommes ont quitté le camp pour partir se battre en Syrie contre le régime de Bachar el-Assad et certains sont morts sur place. Ils ne mettent pas de drapeaux à leurs fenêtres avant de partir et n'affichent pas leurs affinités. Quelques-uns sont rentrés sains et saufs. Ils ne parlent pas de leur expérience syrienne. Ils restent discrets », raconte-t-il.


Maher Choubeita confirme que « des hommes de Aïn el-Héloué se sont battus en Syrie et ont été tués au combat. Ils se comptent sur les doigts de la main. Actuellement, deux hommes, qui sont rentrés à Aïn el-Héloué, affirment s'être battus en Syrie. L'un d'eux est libanais, il vit dans le quartier al-Tawarek. Les deux hommes sont protégés par Jund el-Cham. Ils se sont battus avec l'opposition syrienne, probablement dans les rangs du Front al-Nosra. »

 

(Lire aussi : Tarek Chendeb, ou l'art de défendre les jihadistes)

 

Pas d'État islamique
Ce sont aussi les hommes de Jund el-Cham qui protègent les repris de justice, notamment Fadl Chaker, le chanteur de variétés orientales devenu jihadiste. Ce dernier habite le quartier Taamir Aïn el-Héloué, un secteur limitrophe du camp, auquel l'armée libanaise n'a pas accès.
Jund el-Cham protègerait également Chadi Mawlaoui, un islamiste de Tripoli ayant trouvé refuge à Aïn el-Héloué. « Nous savons qu'il est ici, mais nous ne l'avons jamais vu », indique Maher Choubeita.
Après l'entrée de Chadi Mawlaoui à Aïn el-Héloué, l'armée libanaise a resserré son étau sur le camp, procédant à des vérifications très strictes de l'identité des personnes à l'entrée et fouillant minutieusement les camionnettes chargées de produits de consommation vendues dans le souk.
Par ailleurs, Maher Choubeita, tout comme les autres habitants du camp, dément l'idée que le groupe État islamique ait des ramifications à l'intérieur de Aïn el-Héloué.
Un homme lance en plaisantant : « Nous avons toutes sortes de factions dans ce camp. Mais pas l'EI. Imaginez le cocktail explosif s'ils étaient chez nous. Il y aurait des têtes et du sang dans tout le camp. »

 

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ACQUIS À QUI

Il y a que chez nous la coupe est tellement pleine de ces refugies qu'ils ont interet a se tenir a carreau, les palestiniens d'obedience salfowahabite bensaoud .
On leur rentrerait dans le lard que la population libanaise a l'unanimite approuverait , meme si geagix et consorts venaient a vouloir proteger les protégés des salafowahabites .

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