Quel géant, au juste – bienveillant ou, au contraire, maléfique – va-t-il sortir de la singulière lampe d'Aladin surgie sur les bords du lac Léman ? Cette question, les États du Proche et du Moyen-Orient ne sont pas seuls à se la poser anxieusement, au lendemain de la signature de l'accord-cadre sur le nucléaire iranien.
Place d'abord aux principaux intéressés. Cet accord promet d'être l'ultime test pour Barack Obama, qui a toujours plaidé pour la politique d'ouverture, surtout en direction de l'adversaire, mais qui, en Afghanistan comme en Irak ou en Palestine, s'est fait une belle collection de paris perdus. Fortement contesté chez lui, le président américain est pourtant convaincu que cette fois est la bonne. Que le document de Lausanne est si bien ficelé, la corde si bien tressée, les usines nucléaires promises à une si minutieuse surveillance, que l'Iran, ligoté de la sorte, va être durablement incapable de bricoler sa bombe. Et que si la fantaisie lui prenait de tricher, les sanctions internationales qui le frappent durement seraient aussitôt rétablies. Grand naïf ou gros malin, Obama, incorrigible rêveur ou visionnaire de génie ? Il faudra attendre pour la réponse.
La bombe, les Iraniens se sont toujours défendus d'y avoir même songé, brandissant au contraire leur droit naturel aux bienfaits civils de l'énergie atomique. En saisissant la main tendue du Grand Satan yankee, la République islamique avait donc tout à gagner : par-dessus tout la levée, même graduelle, de ces fameuses sanctions qui se soldent par une baisse de 50 pour cent de ses exportations de brut et un magot de plus de cent milliards de dollars gelé dans les banques internationales.
Reste à savoir ce que sera un Iran rétabli dans ses immenses potentialités financières. Les démonstrations de liesse populaire qui, à leur retour à Téhéran, ont accueilli les négociateurs, en disent long sur les aspirations profondes d'une population iranienne durement brimée dans un proche passé et qui ne veut plus vivre en paria, qui a soif de prospérité, de normalité, dans un pays redevenu fréquentable : toutes espérances fort légitimes et susceptibles de se matérialiser un jour, pour peu que se poursuive et se consolide la ligne réformiste.
Un colosse investissant pour le mieux dans le regain de respectabilité internationale qu'il vient de récolter, troquant une fois pour toutes le treillis du pasdaran pour le veston du diplomate, c'est le scénario idéal. Nettement moins idyllique cependant est la perspective d'un Iran se passant volontiers d'une bombe qu'il n'utilisera probablement jamais, mais pour mieux se consacrer à ses prétentions impériales : un Iran encore plus conquérant et dominateur, encore plus résolu à bousculer l'ordre régional, un Iran fabuleusement riche et donc plus prodigue que jamais de ses rials avec les instruments locaux de sa vaste entreprise de subversion : houthis, Hezbollah ou autres.
C'est dire les limites, tant morales que politiques, de la coopération discrète, de facto, que pratique depuis quelque temps déjà l'administration US avec un pays longtemps taxé de soutien au terrorisme. C'est pour préserver toutes ses chances au dialogue avec l'Iran que Barack Obama a fait preuve d'une telle indécision dans la crise de Syrie. Mieux encore, en Afghanistan hier comme en Irak aujourd'hui, l'Amérique et l'Iran sont objectivement du même côté de la barricade. Et il est proprement renversant que nombre d'États arabes se retrouvent, pour une fois, d'accord avec Israël pour s'en alarmer.
Qualifié d'historique par Obama, appelé à être finalisé fin juin, l'accord-cadre de Lausanne implique des responsabilités tout aussi historiques pour les puissances qui l'ont négocié. Nulle d'elles ne pourra prétendre un jour qu'elle ne savait pas ...
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Place d'abord aux principaux intéressés. Cet accord promet d'être l'ultime test pour Barack Obama, qui a toujours plaidé pour la politique d'ouverture, surtout en direction de l'adversaire, mais qui, en Afghanistan comme en Irak ou en Palestine, s'est fait une belle collection de paris perdus. Fortement contesté chez lui, le président américain est pourtant convaincu que cette fois est la bonne. Que le document de Lausanne est si bien ficelé, la corde si bien tressée, les usines nucléaires promises...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef