« La violation des droits de l'homme la plus honteuse se caractérise sans doute par la violence à l'égard des femmes. Elle ne connaît pas de clivages géographiques, culturels ou sociaux. Tant que des actes violents continueront d'être perpétrés, nous ne pourrons prétendre à des progrès pour atteindre l'égalité, le développement et la paix », déclarait Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies.
Lutter contre la violence exercée à l'égard des femmes revient à consacrer leur dignité, à leur rendre justice et, en ce faisant, à préserver l'intégrité des valeurs personnelles et humaines de la société.
La violence à l'égard des femmes revêt différents aspects à caractère social, sexuel, local ou international, depuis la violence domestique jusqu'au viol, le trafic des femmes et des filles, la violence dans les conflits armés, l'esclavage sexuel, les crimes d'honneur et autres pratiques avilissantes et inhumaines...
La violence domestique ou familiale, plus précisément conjugale, constitue la forme la plus courante de violence commise à l'encontre des femmes. Considérée comme une chose plutôt qu'un être dans l'esprit de certains hommes, l'épouse est dès lors sujette à tous les abus et cruautés, sans répit ni remords.
De nombreux pays cependant ont adopté des dispositions législatives spécifiques, reconnaissant que la violence exercée par un mari à l'égard de sa femme devrait être sanctionnée plus sévèrement que celle exercée par un étranger.
Au Liban, la violence conjugale se répand de plus en plus sous toutes ses formes. Elle commence par l'humiliation et les menaces, suivies d'injures, de coups et blessures pour finir, dans certains cas, par le meurtre. Ce phénomène, qui touche la femme dans son intégrité physique et sa dignité, se retrouve dans tous sociétés et niveaux culturels confondus.
Des mères de famille sont ainsi régulièrement abusées et exécutées par des maris violents, parfois sous l'effet de la jalousie ou de la drogue, leur seul reproche à la victime étant son manque de soumission totale et aveugle à leurs exigences.
De nombreuses organisations non gouvernementales féminines, dont Kafa, des défenseurs des droits de l'homme et des membres éminents de la société civile ont combattu, des années durant, réclamant la promulgation d'une loi spéciale protégeant la femme de la violence conjugale.
Des campagnes de presse de tout genre ont été organisées afin de dénoncer et de porter au grand jour à l'opinion publique les violences subies en silence par les femmes, dans l'impunité totale, surtout dans les espaces privés, au sein des familles et loin du regard des autres.
Tous ces efforts ont abouti, il y a un an déjà, à une loi promulguée le 1er avril 2014 pour « la protection de la femme et des différents membres de la famille de la violence domestique ».
Cette loi, comme son nom l'indique, n'est toutefois pas spécifique à la femme. Elle englobe tous les membres de la famille qui risquent d'être victimes de violence domestique. Ce qui a fortement déplu aux militants des droits de la femme qui ont contesté cette singularité, considérée comme une nouvelle discrimination, puisque la femme fait de toute évidence partie intégrante de la famille.
Cette loi n'a pas pour objectif de sanctionner les maris violents, ce qui est du ressort du code pénal, mais elle vise à prévenir ces drames conjugaux au moyen de plusieurs mesures judiciaires de protection.
Explicite et progressive dans son application selon les situations, cette loi porte à son actif, entre autres, l'institution au sein des Forces de sécurité intérieure d'un département spécialisé dans la lutte contre la violence domestique, incluant des femmes officiers, la désignation de juges (avocats généraux) affectés aux affaires familiales et la création d'une caisse pour secourir les victimes de la violence domestique.
Elle permet ainsi d'offrir un soutien moral et matériel à la violentée, et lui assure l'orientation juridique, sociale ou psychologique, l'hébergement provisoire ou permanent ainsi que l'assistance pour le règlement du conflit ou l'obtention d'une sentence judiciaire pour mettre fin aux menaces et éviter le pire.
Le défi à relever reste celui de la sensibilisation de la société civile à cette loi pour accroître son application.
A-t-elle été suffisament appliquée ? Quelques timides sentences ont été prononcées à ce jour, mais elles restent hélas bien insuffisantes.
L'obstacle majeur réside dans la peur qui caractérise l'attitude des victimes qui appréhendent l'ébruitement de leurs histoires, l'impact sur leur dépendance économique, leur crainte d'être éloignées de leurs enfants et surtout la vengeance éventuelle de leur mari à leur égard. Tous ces facteurs poussent souvent la femme violentée à se résigner à son sort et à garder un mutisme total au risque de payer de sa propre chair un sort dramatique.
En conclusion, la violence à l'égard des femmes constitue une violation flagrante des droits fondamentaux de l'être humain et un acte de discrimination à l'égard des femmes qui sont par essence les éducatrices des générations futures. Pour reprendre la réflexion du général De Gaulle évoquée par son fils Philippe dans son livre Mon père en images : « Les femmes forment l'élément constant et équilibré de l'humanité, l'homme est l'aventurier qui passe... »
C'est en apprenant à nos enfants, dès leur bas âge, les principes élémentaires d'égalité, de respect de l'autre et de civisme que l'on pourrait espérer développer dans notre société des rapports équilibrés entre les deux sexes.
Il est dès lors urgent d'introduire dans les programmes de l'enseignement scolaire des matières sensibilisant les jeunes à ces droits fondamentaux en vue d'un avenir meilleur, porteur d'égalité, de justice et de paix.
Alia BERTI ZEIN

