Liban

Le dossier des militaires enlevés otage de la bataille à venir dans le jurd

Décryptage
03/04/2015

Alors que les regards du monde se déplacent entre le Yémen et Lausanne, quelque chose bouge le long de la frontière libano-syrienne. Chaque jour, l'armée mène des opérations militaires dans le secteur entourant Ersal et Ras Baalbeck, et resserre un peu plus l'étau autour des combattants d'al-Nosra et de Daech installés dans le jurd. Une source militaire précise que l'armée ne prépare nullement une offensive contre les combattants, sachant qu'une telle opération, n'a pas seulement besoin d'un feu vert politique de la part du gouvernement, mais aussi de financement qui ne peut être assuré que par le même gouvernement. Or, rien de tel n'est envisagé pour l'instant. Les opérations militaires visent donc seulement à consolider le déploiement des soldats dans le secteur et à protéger les villages libanais. L'armée sait aussi qu'elle n'est pas autorisée à entrer dans les camps de réfugiés syriens de Wadi Hmayed, même si ces camps, curieusement installés dans cette région montagneuse, servent visiblement de relais aux combattants qui les utilisent pour se procurer le ravitaillement et les médicaments en provenance de Ersal, mais elle en contrôle pratiquement les accès, dans le but de protéger cette partie de la frontière libanaise. Un important changement a toutefois eu lieu à Ersal qui se résume à une révolte de moins en moins silencieuse des habitants de la localité contre les combattants de Daech et d'al-Nosra, qu'ils avaient accueillis à bras ouverts avec leurs familles il y a près de trois ans.

Selon la source militaire précitée, ce changement de sensibilité joue en faveur de l'armée et lui permet de mieux contrôler la situation, mais celle-ci n'a strictement rien à voir avec d'éventuels préparatifs militaires en vue d'une large offensive des deux côtés de la frontière par, d'une part, les combattants de Daech et al-Nosra et, d'autre part, l'armée syrienne et le Hezbollah. Pourtant, il est probable qu'une importante bataille se prépare dans cette zone, sachant que les deux parties attendent la fonte des neiges pour pouvoir se déplacer plus facilement, notamment à bord des véhicules militaires. C'est en quelque sorte à qui surprendra l'autre, les deux camps cherchant entre-temps à renforcer leurs positions et leurs moyens. L'armée libanaise, elle, doit rester vigilante, d'autant que les combats qui se sont déroulés récemment à Zabadani en Syrie, et qui sont à l'avantage de l'armée syrienne et du Hezbollah, pourraient pousser les combattants à fuir vers le jurd de Ersal et vers le Liban si la route de Deraa était coupée pour eux.

Sans vouloir être alarmiste, la source militaire est convaincue que les semaines à venir pourraient être mouvementées dans cette zone, répétant toutefois que du côté de l'armée, toutes les dispositions sont prises pour assurer la protection des localités libanaises, notamment les localités chrétiennes de Qaa, Ras Baalbeck et Chlifa.
C'est en tout cas dans le contexte des préparatifs de la bataille que la source militaire précitée place les derniers développements au niveau du dossier des militaires pris en otage. Pour cette source, il est difficile de croire à une atmosphère positive dans les négociations au moment où une nouvelle bataille, peut-être décisive, est en train de se préparer.

Par égard pour les parents de ces otages, les autorités sont obligées de faire preuve d'un certain optimisme, mais la réalité est beaucoup plus complexe. De même, le soudain réveil du Comité des ulémas musulmans, qui a remis hier à l'armée le corps du soldat Ali Bazzal, vise essentiellement à calmer la colère des habitants de Ersal et n'est pas forcément un signe de déblocage. Après des semaines sans le moindre développement, brusquement, les preneurs des otages ont relancé les familles des militaires, leur demandant de servir d'intermédiaires entre eux et les autorités libanaises. Les familles se sont alors empressées de bloquer des routes et de lancer des manifestations de protestation, soucieuses de saisir la moindre chance qui leur est offerte pour tenter d'obtenir la libération de leurs enfants. Mais, toujours selon la source militaire, cette démarche cache en réalité d'autres objectifs. D'une part, en sollicitant une intervention directe des familles des militaires otages, les ravisseurs cherchent à porter un coup à la médiation menée par le général Abbas Ibrahim, et à semer la zizanie entre ce dernier et les familles des otages. La manœuvre vise aussi à monter ces mêmes familles contre les autorités libanaises et contre le gouvernement en leur faisant croire qu'elles pourraient réussir là où les officiels et les médiateurs reconnus échouent.

Enfin, cette proposition complique encore plus la situation, tout comme la reprise de service du Comité des ulémas. Alors qu'on croyait qu'il y a avait un médiateur officiel accepté par tous, voilà que la confusion règne de nouveau. Sans vouloir se montrer pessimiste, la source militaire est convaincue que cette apparente bonne volonté de la part des ravisseurs cache en réalité le refus de faire avancer le dossier, alors que l'heure est aux préparatifs militaires... La fameuse « bataille du printemps », évoquée par le secrétaire général du Hezbollah, serait donc plus que jamais à l'ordre du jour...

 

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LIBAN D'ABORD

un jour viendra ou on saura la verite sur ces negociations
En quoi est il difficile de faire une liste de revendications officielement et de voir si la partie Libanaise l'accepte ou pas et pour quelles raisons
L'armee Israelienne a libere 1000 prisonniers pour UN soldat et nous ne sommes pas capable de ramener nos soldats contre quelques prisonniers qui sont depuis plus de 7 ans en prison SANS jugement
c'est cela la seule verite
tout le reste est de la poudre aux yeux pour les pauvres parents des prisonniers, nos soldats et policiers
une honte pour le Livan c'est tout

ACQUIS À QUI

On est dans les preparatifs , et donc celui qui sera le mieux prepare l'emportera . Toutes les manoeuvres des familles , et bien sur on compatit mais que faire face a la raison d'état en danger , ne cherchent qu'a faire diversion sur une debacle annoncee des bacteries salafowahabites de la region qui nous concerne . L'armee assistee du hezb resistant depuis les 1ers jours de la crise en Syrie , fera son boulot qu'on lui souhaite avec beaucoup de succes.
Dans ce depecage de la Syrie , voulu par les comploteurs sio assistes des bensaouds aux ordres , nous devons nous concentrer sur l'essentiel de ce qui fera la securite du pays .
Un combat juste et noble , pour lequel on ne meurt jamais pour rien , NON JAMAIS .Nous unformer aussi est un combat noble, Scarlett .

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