Cette année, l'Université Saint-Joseph fête ses 140 ans d'existence. En ce 19 mars, jour de la fête patronale, il serait bon peut-être de se rappeler ce patrimoine universitaire dont on verrait mal le Liban moderne s'ériger sans lui.
En effet, c'est depuis 1875 qu'a été construite la première école de sciences religieuses de l'USJ, premier établissement d'enseignement universitaire catholique et francophone de la région.
C'est plus du double de l'histoire du Liban indépendant que nous content ces admirables pères qui ont juché sur une colline de Jamhour le plus bel édifice d'enseignement scolaire de notre pays, et en plein Beyrouth l'université qui a fait sortir la quintessence et l'élite du Liban contemporain.
Sans eux, aucune histoire de notre pays n'aurait pu s'égrener comme telle.
Sans eux, nul doute que le paysage juridique, sociologique, médical et intellectuel de notre pays n'aurait point été pareil.
Dans l'excellent ouvrage de Carla Eddé intitulé L'USJ, portrait d'une université, on lit en préambule : « L'histoire de l'Université Saint-Joseph, depuis sa fondation en 1875 jusqu'à nos jours, est faite de phases d'expansion et de temps de réflexion et d'adaptation. Elle a vu se succéder trois entités politiques de nature très différente, deux guerres mondiales et une guerre locale. Et, si l'évolution de l'institution était influencée par l'histoire mouvementée de son environnement, l'université a elle-même contribué à nourrir ce changement. Il s'agit donc d'une véritable dynamique où deux acteurs, l'université et un territoire (aux frontières changeantes), se rencontrent. »
Mais une université ce n'est pas, à l'évidence, une histoire d'hommes et une dispensation de savoirs, mais aussi et surtout toute une mémoire, ancrée dans une tradition d'enseignement et soutenue par des valeurs. La valeur intrinsèque à la pédagogie ignacienne demeure sans conteste l'appel du « magis », au davantage. Le « magis » est la recherche effrénée, constante et assidue de l'excellence. C'est ce à quoi nous appelle cette éducation fondée sur ce culte, du toujours plus, toujours mieux.
François-Xavier Dumortier, jésuite passé il y a un an, venant de l'Université pontificale grégorienne à Beyrouth disserter sur « la pédagogie ignacienne et l'enseignement supérieur », disait ces mots qui sonnent juste : « Il y a une cohérence de la vision ignacienne depuis ce qui est le cœur brûlant ; l'expérience de Dieu cherché parce que désiré, trouvé parce que cherché, écouté et suivi parce que rencontré... Chacun, des étudiants aux enseignants, peut alors comprendre "le principe et fondement" de ces lieux qui ne sont pas faits de salles et couloirs mais d'êtres humains qui ont compris la force des idées quand elles sont portées et incarnées par des hommes et des femmes qui leur donnent leur propre visage. C'est aussi un appel à penser ce que peut et doit être un humanisme pour aujourd'hui. »
Cet humanisme pour aujourd'hui, dans un pays pluriel comme le nôtre, prend ses racines dans deux distinctions qui caractérisent cette université, son ancrage francophone et la diversité plurielle de ses constituants, étudiants et enseignants.
En précédant d'un siècle la courte période du mandat français, l'intégration de la culture française dans les cursus de l'USJ annonce ainsi haut et fort le rôle déterminant des contacts culturels profonds et généralisés pour le plus grand profit de la culture d'accueil.
En insistant dans son accueil des membres de toutes les communautés libanaises, malgré (ou grâce à ?) la perspective chrétienne de son enseignement, l'USJ abonde néanmoins dans cette pluralité, source de richesse, et qui fait de notre pays peut-être le dernier messager de coexistence harmonieuse entre l'islam et le christianisme.
L'intelligence qu'ont eue les prêtres jésuites à enraciner dans notre pays un enseignement de qualité fondé sur ces valeurs inconditionnelles et en donnant à l'université son patronyme de Saint-Joseph, figure particulière dans la religion chrétienne, mêlant paternité, rassemblement, force de caractère et obéissance réfléchie, ce sont cent quarante années d'histoire chargée du Liban qui s'écrivent.
Docteur Sami RICHA


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