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Nos lecteurs ont la parole - Dana Farhat

Mon pays, ce beau navire qui chavire...

Il arrive parfois que notre intellect nous prenne de court. Qu'une idée surgisse, de nulle part ou d'un de ces subconscients dont Freud a le secret, et vienne accaparer nos réflexions. Surprenante, tout autant que cette journée de chaleur en début de mars, la leçon de morale matinale du docteur en cours ce matin-là ou que l'annonce du ministre des Finances de lancer un nouvel emprunt-record sur le marché international de 2,2 milliards de dollars.
Le Liban, dont les ancêtres phéniciens sont les premiers navigateurs, est un navire. Peut-être est-ce la vue de la baie de Beyrouth depuis la salle de sciences po, les paroles que tenait le professeur, ou tout simplement la situation apocalyptique que traverse le Liban qui inspirèrent cette image, elle n'en est pas moins correspondante à la réalité.
Avec le poste de président de la République vacant depuis presque dix mois, le Liban est un navire sans capitaine. L'équipage formé d'un gouvernement incapable depuis 2005 de faire un budget gère les crises du navire de la manière la plus irresponsable qui soit. Mais ses membres se partagent le butin de manière assez juste pour sauver le navire de la mutinerie.
Parlons aussi des passagers, ce peuple fier qui versa sang et encre dans un premier temps pour obtenir la reconnaissance du Liban et, par la suite, afin de défendre l'intégrité de son territoire. Ce même peuple dont la plupart à la première houle désertèrent le navire, à la recherche de terres nouvelles où l'avenir est plus certain, et qui regardent le Liban souffrir de loin, passivement.
Dans le navire qu'est le Liban, il ne faut pas oublier les naufragés de navires échoués qui y trouvent refuge. Avec le nombre des naufragés qui augmente de plus en plus, l'incapacité de l'équipage d'agir et le peu de soutiens qu'apportent les autres navires, le Liban s'enfonce chaque jour un peu plus profondément dans les eaux froides de la crise. Il sombre sous le regard des autres navires qui applaudissent l'hôte libanais sans pour autant tendre la main aux naufragés. Le Liban va à la dérive, les voiles déchirées par le confessionnalisme, son ancre perdue depuis les années de la guerre civile et ses rames jetées à l'eau par l'équipage même du navire. Sa coque en précieux bois de cèdre craque sous le poids de la dette nationale qui dépasse 140 % du PIB, déjà usée par la corruption qui ronge les institutions publiques de l'État.
Ce bois si résistant ne tiendra pas éternellement. Aux passagers qui désertèrent le navire, je lance cet appel : Revenez à bord et qu'ensemble nous fassions passer à la trappe les membres de l'équipage, que nous raccommodions les voiles et ramons dans des eaux plus calmes vers des horizons plus certains. Rendons fiers nos ancêtres par nos talents de navigateurs.

Il arrive parfois que notre intellect nous prenne de court. Qu'une idée surgisse, de nulle part ou d'un de ces subconscients dont Freud a le secret, et vienne accaparer nos réflexions. Surprenante, tout autant que cette journée de chaleur en début de mars, la leçon de morale matinale du docteur en cours ce matin-là ou que l'annonce du ministre des Finances de lancer un nouvel emprunt-record sur le marché international de 2,2 milliards de dollars.Le Liban, dont les ancêtres phéniciens sont les premiers navigateurs, est un navire. Peut-être est-ce la vue de la baie de Beyrouth depuis la salle de sciences po, les paroles que tenait le professeur, ou tout simplement la situation apocalyptique que traverse le Liban qui inspirèrent cette image, elle n'en est pas moins correspondante à la réalité.Avec le poste de président de la...
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