Marwan Hamadé, Georges Adwan et Fouad Siniora: trois ténors du 14 Mars au Parlement, hier, place de l’Étoile. Photo Sami Ayad
Pour la 20e fois depuis le 25 mai 2014, date de la fin du mandat Sleiman, la Chambre des députés a failli dans sa mission d'élire un président de la République, hier, place de l'Étoile.
Une fois de plus, le quorum des deux tiers (86 députés sur 128) jugé nécessaire par le président de la Chambre pour l'élection d'un nouveau chef de l'État n'a pas été atteint. Seuls 54 députés se sont présentés à la séance, toujours boycottée par les députés du Hezbollah et du Courant patriotique libre.
Le président de la Chambre, Nabih Berry, a fixé la vingt et unième séance électorale au 2 avril prochain.
Trois députés du 14 Mars, le ministre Boutros Harb, Ahmad Fatfat et Atef Majdalani, ont commenté ce nouvel échec du législatif à élire un président de la République.
Boutros Harb
« Il est indubitable que la situation devient de plus en plus complexe et dangereuse », a indiqué M. Harb. « Le système politique agonise. Si la situation reste telle quelle, le système va s'effondrer, et, avec lui, l'État libanais. Il est inadmissible que l'État libanais reste sans président », a-t-il ajouté, qualifiant la répétition de la même scène à l'infini en raison du boycott de « mascarade ».
« J'étais très content que le président Berry ne reporte pas la séance au 1er avril, pour qu'elle ne se transforme pas en poisson d'avril. La situation devient de plus en plus dangereuse pour le Liban. C'est notre devoir de donner l'alerte. La région est en proie à des dangers de plus en plus graves. Nous ne pouvons, au Liban, faire face à ces dangers si l'État est décapité », a indiqué Boutros Harb.
« Nous devons déployer tous nos efforts pour convaincre ceux qui boycottent les séances d'élire un président de la République, sinon, le système va s'effondrer », a-t-il souligné. « Cela ne peut plus continuer et nous ne nous tairons pas. Si les choses restent en l'état, nous prendrons des mesures (...) et appellerons l'opinion publique à passer d'une position attentiste à celle d'une force de pression pour pousser ceux qui torpillent les séances à se rendre à la Chambre et à élire un président », a noté M. Harb.
« Le général Michel Aoun a le droit de se porter candidat à la présidence et d'avoir l'ambition de sentir qu'il se rapproche de l'instant de son élection. Mais il est de notre droit, et du droit du peuple libanais, de pouvoir assister à l'exercice d'une pratique démocratique saine (...). Il est inadmissible que la République reste au congélateur en attendant le feu vert du Hezbollah et du général Aoun », a-t-il ajouté.
Fatfat et Majdalani
De son côté, le député Ahmad Fatfat a déploré le fait que « ce soient toujours les mêmes parties qui s'absentent », alors que « certaines voix de l'extérieur mettent tous les députés dans le même sac ». « Nous appelons ces voix à déterminer clairement la partie qui empêche l'élection », a-t-il souligné.
M. Fatfat a par ailleurs répondu aux propos tenus lundi par le conseiller du président iranien Ali Rohani, Ali Younès, au sujet de l'émergence de l'empire iranien dont la capitale serait Bagdad. Qualifiant cette déclaration de « dangereuse », surtout de la part de « ceux qui devraient incarner la modération iranienne », le député du courant du Futur a mis en garde contre l'ambition de Téhéran de « mettre en place un empire perse allant de Téhéran à la Méditerranée, et peut-être même plus loin ». « Ces propos très graves portent atteinte à la liberté et à la souveraineté des Arabes de cette région », a-t-il ajouté, renvoyant dos à dos « trois projets extrémistes », en l'occurrence ceux d'Israël, de l'Iran et de Daech. « Ces trois projets se recoupent clairement au niveau des intérêts. C'est pourquoi nous devons tous prendre une position claire face à ce qui se produit dans la région. Je m'adresse au Hezbollah, au général Aoun et à l'ensemble des forces du 8 Mars : quelle est votre position face aux déclarations de Ali Younès ? » s'est-il interrogé. « Le fait de ne pas prendre une position courageuse et claire par rapport au projet perse signifie se fondre dans ce dernier. C'est donc sacrifier toute la souveraineté libanaise. De la part de ceux qui sont censés incarner la modération, il s'agit d'un message très extrémiste qui évoque un empire perse englobant le Liban, la Syrie et l'Irak, comme jadis, et dont la capitale serait Bagdad. Vous qui affirmez que vous êtes les alliés de l'Iran et que vous faites partie intégrante du corps iranien, qu'en pensez-vous ? Nous attendons les clarifications du Hezbollah et du général Aoun à ce sujet », a-t-il conclu.
Le député Atef Majdalani a, quant à lui, déploré « des pratiques erronées et dangereuses » de la part des boycotteurs, qui « contreviennent à la Constitution » et à « la démocratie consensuelle », et empêchent la régénération des institutions. « Ceux qui s'absentent des séances glosent du matin au soir, depuis des années, sur la démocratie consensuelle, et ce sont eux qui la torpillent pour imposer leur opinion aux autres », a-t-il ajouté, mettant en garde contre le danger de ces pratiques et leurs retombées négatives sur le régime parlementaire et le système politique libanais.
Samir Geagea
En soirée, le président des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, qui a substitué un entretien à la MTV à sa conférence de presse devenue rituelle après les séances avortées, a ouvertement accusé l'Iran de boycotter l'élection présidentielle.
« Il y a une décision iranienne claire dans le boycott de l'élection (présidentielle) », a déclaré M. Geagea, avant de préciser que l'Iran arrêtera son boycott « lorsqu'on cherchera un président qui convienne aux Iraniens ». « Eux disent qu'ils s'entendent mieux avec (le leader du Courant patriotique libre) le général Michel Aoun », a-t-il poursuivi.
Le chef des FL, qui est également candidat à la présidentielle, a ensuite affirmé qu'« il n'y a qu'une seule personne qui peut mettre fin au blocage et sauver l'élection : le général Aoun ». « Il doit prendre une décision et mettre fin à l'obstruction de l'élection. Le point de départ du dialogue avec Aoun devrait être sa décision de mettre fin à l'obstruction. Si je pouvais faire quelque chose, je l'aurais fait », a-t-il ajouté.
Boutros Harb« Il est indubitable que la...



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