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Nos lecteurs ont la parole - Romy Lahoud

Cycle d’une sourde

Enveloppée de silence, je me lève.
Mes yeux, eux, écoutent ; et me sortent de mon brouillard.
Petit à petit ils s'imprègnent des premiers rayons de soleil, de la douce blancheur de mes draps, des couleurs ondoyantes de mes livres.
Puis se font agresser par la lumière de la salle de bains.

Toujours enrobée de silence, j'ouvre le robinet.
Mon corps, lui, écoute.
L'eau qui danse sous mes pieds, les perles humides qui glissent sur ma peau, mes cheveux qui se noient sous les flots. Il s'engourdit, paisible, réconforté dans son élément.
Puis se fait rappeler que le temps coule aussi.

Encore baignée de silence, je me prépare.
Mon nez, lui, écoute.
L'émanation tiède de ma crinière séchée, la fraïcheur de la crème étalée, la fragrance envoûtante du parfum pulvérisé.
Puis se fait apprivoiser par l'odeur du pain chaud au thym provenant de la cuisine.
J'équipe mes oreilles, j'hésite un coup puis j'active.
Sitôt le premier son perçu, mes pupilles se dilatent, mon cœur fait un tour, des frissons me parcourent, mes pensées s'accélèrent.
J'ai quitté ma bulle pour un saut vers l'autre monde.

Je sors dans la rue.
Le gémissement urbain s'impose dans mes oreilles mais j'essaye tant bien que mal de distinguer les oiseaux qui pépient.
Je m'engouffre dans la voiture, la musique grondante et qui hulule pour couvrir les vrombissements.
J'arrive au bureau, la tête bourdonnante.

Je suis accueillie par le murmure constant de la climatisation, le cliquetis des claviers, les talons qui clapotent, l'imprimante qui crache ses papiers et autres grouillements méconnaissables.
Mes collègues m'abordent, c'est l'heure de la réunion.
Des voix de tous les registres, des accents aussi multiples, je cherche les lèvres et je m'accroche.
J'écoute, je décrypte, j'analyse et je devine.
Les mots, les lettres, les gestes. Le regard qui ment, qui rit, qui menace.
Vivement l'heure du déjeuner.

Bref moment de répit avant que tout recommence.
Déclics, froissements, sonneries, appels, babils, va-et-vient, tintement, toute la fanfare de l'entreprise.
La climatisation qui ronronne toujours.
Des lèvres qui dansent, qui vibrent, qui frémissent, qui s'amollissent et mon discernement qui s'épuise.
Je quitte le bureau, la tête bouillonnante.

Hâte de rentrer chez moi.
Je retrouve mes rayons de soleil, mes draps et mes livres.
Je me dévêtis pour me glisser dans une tenue plus familière et confortable.
Et surtout, je dépouille mes oreilles.
Le silence, la délivrance.

Romy Lahoud
Malentendante

Enveloppée de silence, je me lève.Mes yeux, eux, écoutent ; et me sortent de mon brouillard.Petit à petit ils s'imprègnent des premiers rayons de soleil, de la douce blancheur de mes draps, des couleurs ondoyantes de mes livres.Puis se font agresser par la lumière de la salle de bains.
Toujours enrobée de silence, j'ouvre le robinet.Mon corps, lui, écoute.L'eau qui danse sous mes pieds, les perles humides qui glissent sur ma peau, mes cheveux qui se noient sous les flots. Il s'engourdit, paisible, réconforté dans son élément.Puis se fait rappeler que le temps coule aussi.
Encore baignée de silence, je me prépare.Mon nez, lui, écoute.L'émanation tiède de ma crinière séchée, la fraïcheur de la crème étalée, la fragrance envoûtante du parfum pulvérisé.Puis se fait apprivoiser par l'odeur du pain chaud au thym...
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