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Arrière toute !

Daech n'est plus seul à vouloir remonter le temps, lui qui ambitionne de ramener à des siècles en arrière cette partie du monde en œuvrant à rétablir par la terreur un prétendu califat. Car on fait mieux en face : c'est en termes de millénaires cette fois que l'on parle en Iran, pays qui se veut pourtant le pourfendeur de Daech, al-Nosra, el-Qaëda et autres monstrueux produits du radicalisme sunnite.


Ali Younsi est loin d'être un farfelu. Actuellement conseiller du président Hassan Rohani, il a été dans le passé ministre des Renseignements, dans une république théocratique où l'omniprésence de la corporation des barbouzes, héritiers du Savak de triste mémoire, commande qu'elle soit coiffée d'un ministère de tutelle en bonne et due forme. Toujours est-il que pour le sieur Younsi, l'Empire perse est redevenu réalité ; il a même pour capitale... Bagdad, tout comme l'était, au temps des Sassanides, la mésopotamienne Ctésiphon. Bon prince, Younsi promet protection à tous les peuples de la région, gracieusement considérés comme faisant partie de l'Iran, dans sa vaillante lutte contre l'extrémisme religieux, les athées, les wahhabites et les sionistes.


À la décharge de l'illuminé, on rappellera que ces rêves d'empire ne sont pas tellement nouveaux, et qu'ils hantaient déjà le chah déchu. Non content de rééditer dans ses palais les fastes de Cyrus, Mohammad Reza Pahlavi se livrait à un programme effréné d'armement et cherchait même à se doter de la bombe nucléaire pour se poser en vigilant gendarme du Golfe. À son tour, l'Irakien Saddam Hussein en était venu à se considérer comme le digne successeur de Nabuchodonosor, poussant le mimétisme jusqu'à faire construire une hideuse tour de Babel.


Promise à la gloire des impériaux ayatollahs, la bonne ville de Bagdad est aussi, d'une certaine manière, le dernier salon où l'on cause. Cafouillis ou au contraire chef-d'œuvre de duplicité ? On vient d'y voir en effet les alliés américain et irakien exprimer, durant la même conférence de presse, des vues passablement contradictoires sur la conduite des opérations militaires pour la reconquête du verrou de Tikrit. Le ministre irakien de la Défense n'a pas tari d'éloges, ainsi, sur le précieux apport des gardiens de la révolution iraniens conduits par leur chef suprême Qassem Souleimani en personne. Oui, mais attention tout de même aux susceptibilités et appréhensions des États sunnites membres de la Coalition internationale, avertit pour sa part le chef de l'état-major interarmes des États-Unis. Mieux encore, le général Martin Dempsey se montre sinon franchement sceptique, du moins dubitatif, quant à la volonté réelle du gouvernement irakien de se gagner le ralliement des populations sunnites, longtemps marginalisées. La victoire est proche, claironne encore le ministre irakien ; patience stratégique, corrige le plus haut responsable militaire US, qui trouve par ailleurs qu'on en fait un peu trop (ou alors de manière par trop improvisée) avec les frappes aériennes visant Daech, lesquelles en effet font de nombreuses victimes collatérales parmi les civils.


Troublante, la cacophonie ? Il y a plus étrange encore, et c'est le cocktail de déclarations se voulant rassurantes et de sombres prédictions que formulait lundi le ministre de l'Intérieur. La situation sécuritaire au Liban est sous contrôle mais sans plus, confie ainsi Nouhad Machnouk. Et d'ajouter qu'un échec des négociations sur le nucléaire iranien risque fort de se traduire par une nouvelle série d'assassinats politiques dans notre bienheureux pays. Pour nous véhiculer cette singulière douche écossaise, c'est un quotidien arabe de Londres que le ministre a choisi. Of course...


Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Daech n'est plus seul à vouloir remonter le temps, lui qui ambitionne de ramener à des siècles en arrière cette partie du monde en œuvrant à rétablir par la terreur un prétendu califat. Car on fait mieux en face : c'est en termes de millénaires cette fois que l'on parle en Iran, pays qui se veut pourtant le pourfendeur de Daech, al-Nosra, el-Qaëda et autres monstrueux produits du radicalisme sunnite.
Ali Younsi est loin d'être un farfelu. Actuellement conseiller du président Hassan Rohani, il a été dans le passé ministre des Renseignements, dans une république théocratique où l'omniprésence de la corporation des barbouzes, héritiers du Savak de triste mémoire, commande qu'elle soit coiffée d'un ministère de tutelle en bonne et due forme. Toujours est-il que pour le sieur Younsi, l'Empire perse est redevenu...