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Nos lecteurs ont la parole - Mona S. Khouri

Bonne fête maîtresse

L'histoire se passe dans une salle de classe ordinaire. Nous sommes tous en tablier, assis tout droit sur nos chaises en bois. Impatients de voir Madame Rose, nous attendons sagement que le cours commence.
Nous avons tous apporté un petit cadeau. Michel a fabriqué un avion en papier, il adore ça, et son papa est pilote. Nada a dessiné une belle princesse en robe de bal avec ses nouveaux crayons de couleurs. Nisrine a cueilli des fleurs du jardin de sa grand-mère et a posé sur sa table un joli bouquet enveloppé dans un papier aluminium.
Madame Rose arrive enfin. Nous crions tous en chœur : «Bonne fête maîtresse!» Chacun se lève et se précipite avec son petit cadeau. Madame Rose est troublée, elle rougit, ouvre ses bras pour accueillir tous nos présents et nous embrasse tous un par un.
C'était le 9 mars 1990 et j'avais 7 ans.
Vingt-cinq ans plus tard, la scène est différente.
Message WhatsApp au groupe «Les mamans»: « Bonjour les mamans, je vous écris, je suis très embêtée, je ne sais pas quoi faire. Il faut que l'on s'organise pour la fête des Profs. Est-ce que vous êtes d'accord pour mettre 100 à 150 dollars chacune ? Le prof d'arabe, on lui donne 500, le prof de français 500 et le prof d'anglais 300.»
Et les autres qui renchérissent : « Oui, très bonne idée », «oui yallah, je suis partante », «yallah, c'est sympa ».
Ce n'est ni Michel, ni Nada, ni Nisrine qui décident d'offrir un petit cadeau à Madame Rose. Ce sont leurs parents.
Ce n'est ni un dessin, ni un bouquet de fleurs, ni un avion en papier. C'est un bon cadeau ABC à 200 dollars, un bracelet à 500 dollars, un foulard en soie à 300 dollars...
Mesdames « Les mamans », vous avez oublié le temps où vous étiez vous-mêmes sur les bancs de cette école à offrir un dessin élaboré par vos soins. Vous étiez fières alors de votre œuvre, comme vos enfants le sont quand ils vous font un cadeau?
Mesdames « Les mamans », vous pensez sincèrement qu'en offrant un cadeau prestigieux vous allez gagner la sympathie, la compassion du prof et contribuer au succès de vos enfants ? Ou pire, acheter le passage de classe en section suivante?
Mesdames «Les mamans», vous pensez vraiment donner l'exemple à vos enfants en étalant votre argent devant tout le monde et en montrant ce dont vous êtes capables pour quelques centaines de dollars ?
Mesdames « Les mamans », vous avez pensé aux autres enfants qui n'ont rien demandé mais qui seront stigmatisés, discriminés et humiliés parce que leur cadeau n'est pas aussi prestigieux que le vôtre ?
Et finalement, mesdames «Les mamans», vous avez oublié ce qu'est le respect dû par un parent d'élève à un professeur? Le respect qui permet à l'enfant de connaître sa place dans notre société, qui l'encourage à avoir des valeurs, des principes, un savoir-vivre qui lui serviront plus tard à se conduire en société et à être lui-même respecté à son tour?
Mais non, vous préférez prôner des valeurs matérialistes plutôt que de promouvoir respect, égalité et civisme.
Quel dommage qu'une jolie fête symbolique ne soit plus que le reflet d'une société entièrement guidée par l'argent !

L'histoire se passe dans une salle de classe ordinaire. Nous sommes tous en tablier, assis tout droit sur nos chaises en bois. Impatients de voir Madame Rose, nous attendons sagement que le cours commence.Nous avons tous apporté un petit cadeau. Michel a fabriqué un avion en papier, il adore ça, et son papa est pilote. Nada a dessiné une belle princesse en robe de bal avec ses nouveaux crayons de couleurs. Nisrine a cueilli des fleurs du jardin de sa grand-mère et a posé sur sa table un joli bouquet enveloppé dans un papier aluminium.Madame Rose arrive enfin. Nous crions tous en chœur : «Bonne fête maîtresse!» Chacun se lève et se précipite avec son petit cadeau. Madame Rose est troublée, elle rougit, ouvre ses bras pour accueillir tous nos présents et nous embrasse tous un par un.C'était le 9 mars 1990 et j'avais 7...
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