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Campus

Joe la Pompe, en guerre contre les publicitaires plagiaires

Blogueur français et chasseur assidu de plagiaires, Joe la Pompe a été l'invité de la faculté d'InfoCom de l'Université antonine de Baabda où il a animé un atelier de travail et donné, le 26 février, à visage couvert, une conférence publique. Campus l'a rencontré.

Nelly HÉLOU | OLJ
06/03/2015

Q – Est-ce votre première visite au Liban ?
R – Oui. À l'invitation de Joseph Moukarzel, le doyen de la faculté d'InfoCom, et d'Antoine Bakhos, le chef de département de publicité. Cela fait toujours plaisir de savoir qu'il y a des gens qui s'intéressent à mon travail ailleurs qu'en France. Ça me permet de toucher un nouveau public, de voir comment mon blog est perçu, comment on y réagit d'un pays à l'autre et de percevoir les réactions des professionnels et des étudiants.

Pourquoi êtes-vous toujours à visage couvert lors de vos apparitions publiques ?
Le masque me donne la liberté de critiquer librement. Je ne veux pas me retrouver entre deux feux dans ma vie de tous les jours, d'autant que ma démarche n'a pas été bien comprise au départ. Face aux premiers 20 cas démasqués, on a parlé de vengeance personnelle. J'ai reçu des menaces telles que : « Si je te trouve, je te casse la gueule », ou « Tu vas être grillé dans le métier ». En France, on me dit : qui es-tu pour juger ? Ce n'est pas la question. Moi je ne juge pas. Ce qui m'intéresse, c'est de chercher, de trouver et de montrer (les plagiats publicitaires).

Comment procédez-vous pour découvrir les plagiats ?
Je suis très scrupuleux et pointilleux dans la chasse aux plagiaires. Il faut un très gros travail de veille et un minutieux travail de tri et de vérification. Je note la source ; (pour qu'il y ait plagiat) il faut que ce soit la même mécanique créative, la même idée et la même expression de cette idée.
Quand j'ai lancé le site en 1999, il n'y avait pas de vraie base de données de publicités sur Internet. J'ai dû acheter et consulter des centaines de livres. Aujourd'hui, je suis très rodé à l'utilisation de toutes données et des différents modes de recherches. Par ailleurs, je me fais beaucoup aider par la communauté des gens qui me suivent.

« Quelle que soit ton agence, je t'ai à l'œil », dites-vous. Les publicistes libanais sont-ils dans vote ligne de mire ?
Toutes les agences de pub et tous les publicistes qui ont une ambition créative ou qui se présentent comme originaux, d'où qu'ils viennent, sont dans ma ligne de mire. Je m'intéresse notamment aux agences qui participent à des festivals et à des compétitions internationales. Concernant le Liban, j'ai exposé sur mon blog des publicités libanaises qui recyclent des spots connus. N'étant pas sur place, j'ignore leurs tenants et aboutissants. Est-ce à la demande des clients que ce plagiat s'est fait ? Ou est-ce l'agence qui a pensé pouvoir imiter sans se faire démasquer ? Avec la crise, certaines agences sont prêtes à accepter n'importe quoi de la part des clients par crainte de les perdre. Il y a quelques années, on pouvait se dire on ne sera jamais pris. Mais aujourd'hui, c'est totalement suicidaire d'agir ainsi.

Comment réagissent ceux que vous épinglez sur votre site ?
Les réactions sont assez véhémentes parfois. Pris la main dans le sac, les épinglés trouvent toujours une panoplie d'excuses pour dire que ce n'est pas de leur faute, qu'ils ne connaissaient pas la publicité originale. De plus, en cette région du monde, les gens se sentent visés dans leur intégrité et dans leur fierté personnelle. J'ai reçu des menaces de la part de publicistes me demandant de retirer leurs travaux de mon blog. Et j'ai toujours refusé de le faire. Mais je n'ai jamais subi de poursuites judicaires. Que ce soit dans mon livre ou sur mon site, je ne cible ni une agence, ni un pays, ni une marque en particulier.

Selon vous, quel impact a votre site sur le phénomène du plagiat publicitaire ?
Je sais que les créateurs de pubs ont la hantise de se retrouver sur mon site ! Dans les agences, on parlait des copieurs mais, comme personne n'était épinglé, le phénomène perdurait. Lorsque le site a été créé, connu et visité, la problématique s'est enfin posée. Mais il y a encore beaucoup à faire. On ne se donne pas toujours les moyens de vérifier pour ne pas tomber dans le piège. Il y a peu de documentalistes dans les agences alors que le travail de recherche est indispensable surtout que tous les schémas créatifs ont déjà été employés.

Propos recueillis par Nelly HÉLOU

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