L'article qui suit est une lettre adressée par le professeur Raymond Chemaly à l'ordre des médecins, et qui pourrait, juge son auteur, intéresser les autres médecins.
Je souhaite livrer à votre réflexion ces quelques idées que m'inspire le problème de l'ordonnance unifiée.
Ce genre d'ordonnance, imposé au médecin, existe depuis longtemps dans un pays proche du nôtre et dont le despotisme cruel est flagrant. Rien ne nous oblige à prendre modèle sur ce pays.
Une législation s'inspire, entre autres sources, de ce qui est en usage de par le monde. Plusieurs pays (et non des moindres), « normalement constitués », laissent le médecin libre d'imprimer lui-même ses ordonnances, à condition de respecter la loi. On peut citer avec certitude : le Canada, plusieurs États des USA, la France, la Belgique (la prescription des opiacés obéit à une autre réglementation, mais c'est une catégorie à part).
Une des raisons invoquées pour l'ordonnance unifiée est d'« accroître la transparence au niveau des prescriptions médicales ». Je ne vois pas comment un médecin qui manque de transparence changerait de comportement à cause de ce papier. Ni pourquoi l'ordonnance imprimée par le médecin lui-même manquerait de transparence.
Un deuxième motif avancé est de financer la Caisse de retraite des médecins. Dans cette perspective, cette procédure de l'ordonnance unifiée se révèle profondément injuste et inique, car elle va conduire à taxer lourdement les médecins généralistes et spécialistes qui rédigent de nombreuses ordonnances, alors que d'autres spécialistes, comme les chirurgiens, les anesthésistes, les chefs de laboratoire, les radiologues, etc., en font peu ou pas. Or il est de la justice la plus élémentaire que tous les médecins contribuent à égalité au financement de la Caisse de retraite, la retraite étant la même pour tous. Pourquoi ne pas augmenter tout simplement la cotisation annuelle, en l'indexant sur l'ancienneté pour que ce soit plus facile à supporter ?
Une troisième raison alléguée est de réduire les dépenses en encourageant l'utilisation des génériques. Je ne vois pas en quoi cette ordonnance unifiée encourage les génériques : il suffit de recommander au médecin de mettre, sur une ordonnance ordinaire faite par lui-même (c'est parfaitement possible), une mention autorisant le pharmacien à donner un générique (par exemple, le nom du médicament suivi de « ou équivalent », « ou générique » ). Je ne vois pas pourquoi seule l'ordonnance unifiée permet de prescrire des génériques.
Enfin, dans un article paru dans L'Orient-Le Jour du 27 janvier 2015, il est dit, à propos de la prescription unifiée utilisée au Liban-Nord depuis un an : « Cela a été un grand désastre. »
C'est dans le but d'éviter un deuxième désastre, et surtout de préserver la liberté totale du médecin, si précieuse, que j'ai jugé utile de vous proposer ces réflexions.
Je souhaite livrer à votre réflexion ces quelques idées que m'inspire le problème de l'ordonnance unifiée.Ce genre d'ordonnance, imposé au médecin, existe depuis longtemps dans un pays proche du nôtre et dont le despotisme cruel est flagrant. Rien ne nous oblige à prendre modèle sur ce pays.Une législation s'inspire, entre autres sources, de ce qui est en usage de par le monde. Plusieurs pays (et non des moindres), « normalement constitués », laissent le médecin libre d'imprimer lui-même ses ordonnances, à condition de respecter la loi. On peut citer avec certitude : le Canada, plusieurs États des USA, la France, la Belgique (la prescription des...


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