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Le blanc, le noir et le gris

Windy s'est surpassé, il fait un froid de canard, la neige est tombée en abondance à basse altitude, les écoles sont fermées et les enfants sont ravis. Mais vous pressentez, vous, que toute cette merveilleuse symphonie en blanc n'exclut guère une foule d'idées noires. Que dans les montagnes, des localités entières sont littéralement coupées du monde. Et que le fuel fait cruellement défaut parce qu'il est beaucoup plus lucratif pour les trafiquants et les accapareurs de l'écouler, en contrebande, en Syrie.

Vous vous doutez bien que dans les camps de réfugiés syriens, nombre de vieillards et de nourrissons vont mourir d'hypothermie sous leurs tentes ouvertes à tous les vents ; ou bien que ces bambins vont griller vifs dans leur méchante hutte de contreplaqué et de carton, victimes d'un fruste réchaud à pétrole qui a explosé durant leur sommeil.

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, vous tentez de vous réconforter à la perspective des trombes d'eau qui, l'été prochain, couleront de vos robinets, une fois que la neige aura fondu et que toute cette manne du ciel aura engorgé les nappes phréatiques, imbibé comme une éponge le sous-sol national, comme le voudraient, en toute logique, géologues et hydrogéologues. Mais la logique n'a pas cours ici. Et du train où (ne) vont (pas) les choses, je vous fiche mon billet que le précieux liquide continuera d'aller se perdre en Méditerranée comme il le fait consciencieusement depuis des décennies, que la saison sera belle pour les exploitants de puits artésiens illicites et qu'il vous faudra vous faire livrer à domicile, par camion-citerne, jusque l'eau de votre bain.

Reste un ultime motif de consolation, dans ce pays où la présidence de la République est en hibernation depuis sept mois, où le Parlement alterne vacances d'été et d'hiver et où le gouvernement patauge dans la gadoue, en attendant de déterrer la formule magique qui lui permettra... de gouverner. Car il faut croire que le froid a tout de même pour vertu de rafraîchir les têtes brûlées de la politique. D'engourdir sensiblement les esprits surchauffés, au niveau des chefs comme de la rue. De reléguer au passé une longue coupure et de faire passer à nouveau le courant – c'est bien le cas de le dire – entre les deux mouvements qu'animent Michel Aoun et Saad Hariri. Jeudi soir, les deux hommes cassaient la croûte ensemble, le plus aimablement du monde. Quelques jours auparavant, les lieutenants du général figuraient au premier rang de l'assistance lors de la commémoration du dixième anniversaire de l'assassinat de Rafic Hariri, lequel a donné lieu à un sévère réquisitoire contre le Hezbollah : ce même Hezbollah, pourtant, avec lequel le courant du Futur est engagé dans un dialogue tout aussi improbable.

C'est un dialogue similaire qui est établi entre le Courant patriotique libre et les Forces libanaises, et l'on vient même de voir Samir Geagea et le général Aoun échanger des amabilités sur Twitter. Tout ce dégel veut-il dire que l'on s'achemine vers une entente qui ouvrirait enfin la porte à l'élection d'un président accepté de tous ? Difficile à croire hélas, du moment qu'il reste sans doute cinquante nuances de gris à éclaircir encore.

Pas plus qu'une hirondelle, deux gazouillis électroniques ne font pas le printemps...

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Windy s'est surpassé, il fait un froid de canard, la neige est tombée en abondance à basse altitude, les écoles sont fermées et les enfants sont ravis. Mais vous pressentez, vous, que toute cette merveilleuse symphonie en blanc n'exclut guère une foule d'idées noires. Que dans les montagnes, des localités entières sont littéralement coupées du monde. Et que le fuel fait cruellement défaut parce qu'il est beaucoup plus lucratif pour les trafiquants et les accapareurs de l'écouler, en contrebande, en Syrie.
Vous vous doutez bien que dans les camps de réfugiés syriens, nombre de vieillards et de nourrissons vont mourir d'hypothermie sous leurs tentes ouvertes à tous les vents ; ou bien que ces bambins vont griller vifs dans leur méchante hutte de contreplaqué et de carton, victimes d'un fruste réchaud à pétrole qui a...