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Vente d'avions Rafale à l'Egypte : un contrat "historique"

La vente, qui sera signée lundi au Caire, suscite de vives critiques d'ONG en raison du caractère "très répressif" du régime égyptien.

Après une décennie d'espoirs déçus, la France signe lundi sa première vente de Rafale à l'étranger avec l'Egypte. AFP PHOTO/KARIM SAHIB

La France signe lundi sa première vente de Rafale à l'étranger avec l'Egypte, une victoire économique et l'affirmation d'un partenariat stratégique, mais aussi un contrat qui suscite de vives critiques d'ONG en raison du caractère "très répressif" du régime égyptien.

Après une décennie d'espoirs déçus, de la Corée du Sud à Singapour en passant par le Brésil ou le Maroc, l'avion de combat de Dassault a enfin trouvé preneur avec l'Egypte d'Abdel Fattah al-Sissi, ex-chef de l'armée élu président après un coup de force en juillet 2013.
La vente, conclue en un temps éclair et qui sera signée lundi au Caire par le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, porte sur 24 appareils ainsi que sur une frégate multimissions FREMM, fabriquée par le groupe DCNS, pour un montant de 5,2 milliards d'euros.

Un deal "historique", claironnait vendredi le quotidien économique français Les Echos, tandis que le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier, faisait part sur les radios et les télévisions de sa "joie" et sa "fierté".
"Cette négociation a été très rapide, elle a débuté fin novembre", a expliqué M. Trappier, racontant avoir reçu un appel du ministre de la Défense lui annonçant que "l'Egypte a un vrai besoin en matière d'avions de combat et s'intéresse au Rafale".

"L'Egypte voulait un avion de grande qualité" et "rapidement, compte-tenu des menaces", a fait valoir jeudi le président socialiste François Hollande. Ce pays est confronté à la montée en puissance dans le Sinaï (nord-est) de jihadistes liés au groupe Etat islamique (EI), et craint d'être déstabilisé par le chaos libyen sur son flanc ouest.

"Pour la France, l'Egypte est un pôle de stabilité dans la région", note Camille Grand, directeur de la Fondation pour la Recherche stratégique (FRS), qui rappelle que le contrat Rafale fait suite à la vente en 2014 de quatre corvettes Gowind à la Marine égyptienne.
"Ce dont on parle aussi en creux avec ce contrat, c'est du sujet Libye, une question qui préoccupe beaucoup notre ministère de la Défense. Le fait de livrer à l'Egypte des avions qui lui permettent le cas échéant de mener des raids sur le territoire libyen est aussi un élément géopolitique important", estime-t-il.

Paris et Le Caire ont "une appréciation commune des menaces", a rappelé dimanche Jean-Yves Le Drian, qui entretient de très bonnes relations avec le président égyptien.


Voile sur les droits de l'Homme
Tranchant avec l'euphorie générale, quelques voix se sont cependant interrogées sur l'opportunité de livrer des avions de combat à un régime dénoncé comme "très répressif" par des ONG et l'Onu.
Avant même l'annonce du contrat, Amnesty International France avait appelé Paris à "suspendre tous les transferts d'armes" à l'Egypte en raison de la "répression, sans précédent depuis 30 ans" qui sévit dans un pays au bilan "alarmant" sur les droits de l'Homme.

Plus de 1 400 partisans de l'ex-président islamiste Mohammed Morsi ont été tués depuis l'été 2013, plus de 15 000 emprisonnés et des centaines condamnés à mort dans des procès de masse expédiés en quelques minutes et qualifiés par l'Onu de "sans précédent dans l'Histoire récente".


Jean-Yves Le Drian a néanmoins balayé ces critiques. "A ma connaissance, le président Sissi a été élu par le peuple et, d'ailleurs, il y aura bientôt des élections législatives dans le pays", a-t-il déclaré.


Paris a choisi de "jeter un voile pudique sur les vrais sujets des droits de l'Homme dans l'Egypte de Sissi. C'est un choix politique assumé", estime Camille Grand.
"Il y a un manque de cohérence, une stratégie du deux poids deux mesures", déplore pour sa part Didier Billion, de l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), évoquant la suspension du contrat (1,2 milliard d'euros) de vente des navires de guerre de type Mistral à la Russie, en raison du conflit en Ukraine.
"On ferme les yeux sur la situation des droits démocratiques en Egypte, mais on ne peut pas le faire avec la Russie parce que celle-ci est au centre d'un bras de fer international", ajoute-t-il.

Avec la vente des Rafale, Paris a dit espérer "un effet boule de neige". Parmi les autres acheteurs potentiels, figurent l'Inde, le Qatar, les Emirats Arabes Unis et, à plus long terme, la Malaisie.

 

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