Lorsque le Saint-Père, le 11 février 2013, annonce, à la surprise générale, sa démission de son pontificat, la nouvelle est accueillie avec stupéfaction. Le 28 février, précise-t-il, « je ne serai plus pape ». Un événement historique qui ne s'est pas produit depuis 700 ans dans l'Église romaine.
Au lendemain de l'annonce, Angela Merkel salue le « courage » du pape ; Barack Obama le « remercie » ; François Hollande lui fait part de son « grand respect ».
Ce jour du 28 février à 19h GMT, le siège pontifical est « vacant ». Le Saint-Père redevient « simple pèlerin ». Joseph Ratzinger est pape émérite, mais n'a plus aucun pouvoir !
À Castel Gandolfo, résidence d'été des papes depuis Urbain VIII, Benoît XVI fait sa dernière apparition. Il s'adresse à la foule qui s'est rassemblée : « Avec mon cœur et mon amour, je veux travailler pour le bien de l'Église. »
Benoît XVI exhorte les 1,2 milliard de fidèles en leur disant : « Mettez le Christ au centre de vos vies. Merci pour votre amour et votre soutien. »
Un pape qui renonce à sa charge est un événement suffisamment grave pour mériter que l'on s'arrête longuement sur sa portée. Dans une société pressée, qui consomme l'information pour l'oublier aussitôt, il serait bon, avant de passer à autre chose, de prendre la mesure des événements et d'essayer de lire, dans les décisions de Benoît XVI, les « signes du temps ».
Partie des contestations internes, des persécutions de chrétiens dans le monde, des multiples enjeux éthiques et des scandales de toutes sortes, la surprenante annonce révèle-t-elle un acte de liberté et de vérité, deux principes qui sont chers au cœur du pape ? « L'amour sans vérité devient une coque vide, susceptible d'être remplie arbitrairement » disait-il. La vérité à laquelle il attribue la plus grande valeur puisque Dieu, fondement du vrai, de Lumière, livre son enseignement : « Je suis la voie, la vérité et la vie. » Et il déclare « travailler pour le bien de l'Église et pour le bien commun de l'humanité avec mon cœur, mon amour, ma prière et ma réflexion ».
L'humanisme d'aujourd'hui dévie de ses principes et ne sert plus à relever la dignité de l'esprit humain et à le mettre en valeur. « L'humanisme nouveau, selon Benoît XVI, est un humanisme qui détruit l'homme. » On assiste aujourd'hui à un éloignement de l'homme de son Créateur, à une séparation. L'arrogance de l'homme moderne, qui croit se substituer à Dieu, le détache des liens d'affection, de convenance, de solidarité, de vérité et d'amour. Benoît XVI affirme que « la rupture du lien avec Dieu menace l'homme dans sa propre humanité ».
Par désintéressement, par indifférence, l'homme moderne oublie les assises principales de sa croyance et cesse d'avoir nettement conscience de son existence personnelle. « C'est l'oubli de Dieu et non pas Sa glorification qui engendre la violence », affirme Benoît XVI.
Benoît XVI sera toujours prêt à servir l'Église, il s'adresse aux cardinaux, à la veille de son départ : « Parmi vous se trouve le prochain pape, auquel je promets déférence et obédience inconditionnelles. » Un acte d'humilité, de courage qui reflète la grandeur du personnage, sa sérénité.
Un chapitre se referme dans la tristesse mais aussi dans la joie parce qu'un homme libre a pris sa retraite. Un chapitre va s'écrire. Le conclave qui se tient les jours suivants délibérera pour élire le 226e successeur de Pierre, en tenant compte des 2 milliards de chrétiens dans le monde. Devant le collège des cardinaux, une succession de défis à affronter pour une Église mondialisée. Des perspectives d'avenir pour une nouvelle ère du christianisme ?
C'est ainsi que de lourds défis attendent le successeur de Benoît XVI, les contestations internes, la persécution des chrétiens dans le monde, les enjeux éthiques et les abus de toutes sortes, le dernier, en 2012, le scandale VatiLeaks de Paolo Gabriele, que Benoît XVI a gracié...
Le prochain pape devra faire face, entre autres, à l'érosion constante de la présence chrétienne au Moyen-Orient où est née la religion de Jésus. Dans sa dernière visite au Liban en septembre 2012, Benoît XVI prie le Seigneur : « Puisse Dieu concéder à votre pays, à la Syrie et au Moyen-Orient le don de la paix des cœurs, le silence des armes et l'arrêt de toute violence. » Et le cardinal Raï de répondre : « Votre voyage apostolique au Moyen-Orient, au moment où il vit des transformations radicales menaçant sa sérénité et sa stabilité, est porteur d'espérance. »
Avant son départ, le pape Benoît XVI a exhorté les Libanais, chrétiens et musulmans, à refuser tout ce qui pourrait les désunir et à opter pour la fraternité.
Un message de vérité, de sincérité et d'amour est contenu dans son Exhortation apostolique aux chrétiens du Moyen-Orient, qui n'est qu'une continuité de l'Exhortation apostolique aux chrétiens du Liban de Jean-Paul II, en 1997.
Deux mille ans d'histoire... L'Église vit actuellement une période charnière. La démission historique de Benoît XVI nous y a amenés. Il incombe à son successeur de soulager l'Église de ses souffrances et de préparer l'avenir. Par l'esprit du Seigneur et la grâce de Dieu, il conduira l'Église vers le renouveau, vers l'espérance, donc à la vie !
Mounir El-KHOURY (U.L.)


UN PAPE QUI SERT D'EXEMPLE !
14 h 05, le 15 février 2015