« L'âme d'un peuple vit dans sa langue », disait Goethe. Cette pensée peut nous guider vers la mission de l'Église maronite à partir de la vie de saint Maron. Saint Théodoret de Cyr, dans son livre L'Histoire de la vie religieuse, nous décrit saint Maron comme un directeur d'âmes. Depuis son apparition en Syrie seconde, saint Maron, tel un anachorète, a vécu sur une montagne entre le IVe et le Ve siècle. Cette vie en plein air, près d'un temple païen qu'il avait converti en église, nous permet de méditer sur cette grande voie tracée par saint Maron pour l'Église maronite et pour son peuple. L'histoire ne nous a rien laissé de ses paroles. D'où le recours à la force de la parole de Goethe, pour pouvoir révéler cet homme saint qui a donné une âme au peuple de la Syrie, du Liban et à plusieurs peuples du Moyen-Orient.
Pourrions-nous, avec ce clin d'œil sur sa vie, nous tracer quelques lignes propédeutiques sur ce mystère d'une âme mystique hypèthre ?
Vivre toute une vie en plein air, n'y a-t-il pas là une vie correspondante à l'exigence biblique et messianique ? Vivre sur le sommet d'une montagne, n'y a-t-il pas là une vision évangélique, un esprit ascendant et universel ? Vivre en voisin d'un temple païen, le convertir en une église, n'y a-t-il pas là une vocation pour chaque maronite dans le monde et dans sa propre vie à convertir le temple païen de son for intérieur en une église vivante ?
I - « Kitâb al-hoda » (Le livre de direction), chez les maronites
L'intitulé de ce livre nous ouvre sur une large méditation. À l'époque où les chemins ne mènent nulle part, comme l'avait expliqué Heidegger, l'âme maronite cherche une destination et un sens à son existence. À l'heure où les esprits sont troublés par la recherche de l'instant présent mais qui est déjà perdu d'avance, le livre de Direction nous offre une nouvelle voie. La conscience de soi chez les maronites est basée sur cette recherche de route, c'est-à-dire prendre le Chemin, de suivre une idée vraie, pour accomplir cette connaissance de soi-même et assouvir la soif des âmes. Historiquement, à travers ce livre, les maronites avaient encore une fois essayé d'accomplir le désir de l'âme de saint Maron : discerner dans nos propres vies la liberté de notre âme pour conquérir le monde et maîtriser notre destin individuel puis communautaire, pour accomplir ainsi la volonté de Dieu.
II - Aujourd'hui, l'Église maronite peut-elle encore sauver son âme ?
La crise identitaire qui secoue le monde entier nous touche en profondeur. L'invasion barbare secoue de nouveau les fondations premières de notre Église au Liban. Les trahisons de soi-même se multiplient, les rancunes se répandent, pourtant, la sirène d'alerte raisonne continuellement. La menace vient aussi de cet éparpillement dans des cultures diverses. L'âme des maronites est capable de s'intégrer à tel point qu'elle se dilue dans les tissus des sociétés vivantes. Dans tous les cas, la question demeure, si l'Église maronite peut sauver son âme et comment ? Notre réponse prend racine dans l'Évangile à la méthode antiochienne dans laquelle sont ancrées sa théologie et sa tradition. Dans l'évangile de Matthieu, chapitre 10, verset 28, le Seigneur dit « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l'âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr l'âme et le corps dans la géhenne. » Ici, cette parole de vie nous indique toute une théologie concrète incarnée pour notre Église et pour la survie de l'âme maronite. Il s'agit clairement de s'enrichir d'un des dons de l'Esprit Saint qui est le courage. D'autre part, nous sommes appelés à honorer parfaitement Celui qui tient le destin de l'âme par sa main. Deuxièmement, la Bible nous offre aussi une inspiration à laquelle l'Église peut se baser pour ressusciter son âme. Dans le Livre des proverbes, nous pouvons lire : « L'âme du paresseux a des désirs qu'il ne peut satisfaire ; mais l'âme des hommes diligents sera rassasiée. » Cette leçon demeure incontournable pour notre société d'aujourd'hui, pour la construction des civilisations, comme une méthode d'éducation pour les jeunes et surtout pour nous comme un radeau de sauvetage.
Pour conclure, nous sommes une petite Église en marche, sous la direction d'une âme « céleste » qui ne cesse de nous soutenir et de nous diriger, à travers les vicissitudes de l'histoire et les tragédies humaines, vers la Vie et la Vérité. Une simple voie nous est proposée par Jésus lui-même : « Par votre persévérance, vous sauverez vos âmes » (Luc 21/19). La meilleure méthode réside alors dans ce mot clé « persévérer ». Cette voie se révèle plus clairement par d'autres attitudes, la loyauté, la fidélité, la véracité et la profondeur.
Père Nabil MOUANNÉS
Bordeaux – France


L'ATTRACTEUR DES ÂMES... ET DES HOMMES !
14 h 05, le 15 février 2015