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Nos lecteurs ont la parole - Mhamad Safa

Lettre ouverte au président Hollande

Il y a plus de vingt ans (1986), j'ai vécu, comme l'ensemble des Français, une histoire terrifiante similaire à celle qu'ils viennent de vivre avec la tragédie des 9 et 11 janvier. Parmi les criminels et/ou accusés de l'époque étaient les chiites, les Iraniens et que sais-je encore. Le chiite que je suis avait fait circuler une pétition, avec la contribution et la signature de centaines de laïques toulousains et libanais, pour condamner les attentats et se portant solidaire avec les Français (publiée dans La Dépêche du Midi).
De retour au Liban, portant les valeurs laïques que la France m'a inculquées et fort des valeurs françaises sur la liberté d'expression et d'être, j'ai tenté « l'inutile », pour prévenir le mal libanais qui se tramait clairement dès 2005. J'ai clamé naïvement la vérité du terrain, celle de « l'Autre » qui contredisait la politique du nouvel ordre mondial dont l'objectif devrait mener à détruire la région, dominer sa richesse et réduire le peuple palestinien à un état végétatif. Cela avait été clairement mentionné, par écrit, au ministre des Affaires étrangères de l'époque, Alain Juppé, et à l'ambassadeur de France au Liban, Bernard Émié.

Monsieur le Président,
Et hier, un nouvel attentat à Paris, dans la foulée de la violence sans précédent qui souffle sur le Proche-Orient... Il en a résulté, suite à votre initiative, une marche républicaine, qui a montré l'élan des Français qui défendaient l'une des valeurs fondamentales de la République : la liberté d'expression et d'être. J'ai admiré que le peuple de France soit toujours le même, lucide, clairvoyant, humble, solidaire et fidèle aux valeurs de la République, plaidant la liberté, l'égalité, la fraternité et le rassemblement qui bannissent tout intégrisme, isolationnisme, antisémitisme et, par ricochet, terrorisme.
Permettez-moi d'exercer ma liberté d'expression en évoquant, inutilement peut-être, la politico-médiatique française vue par les yeux de l'Autre.
1- Comment faire comprendre, entre autres, aux Palestiniens et aux Libanais, la présence en première ligne, lors de la marche, du Premier ministre israélien alors que, pour l'ensemble du monde arabo-musulman, Israël représente le symbole du terrorisme d'État ?
2- Comment faire oublier à la population du globe, qui a vu également, en première ligne, Ahmet Davutoglü, représentant la Turquie, pays d'accueil de mouvements terroristes qui s'infiltrent dans les pays voisins ?
3- Comment des jeunes Français peuvent-ils admettre l'absurde logique des politiciens occidentaux qui nomment jihadistes ceux qui partaient faire la guerre dans les terres des « Autres » et terroristes les rescapés, lors de retour à leurs terres saintes ?
4- Comment fonctionne le nouveau modèle de la démocratie, version occidentale, qui distribue des bons points et qui justifie des dictatures qui lui conviennent en prenant le risque de les remplacer par cet opaque nuage noir qui nous hante tous, et qui terrorise « l'Autre » ?
5- Pourquoi avoir présenté les juifs et/ou les Israéliens comme des martyrs du « bourreau musulman » ?
Cela conduit forcément à une série d'interrogations :
– Le juif était-il visé pour ses croyances religieuses ?
– Le musulman est-il viscéralement et idéologiquement ou génétiquement
antioccidental ?
– Les Palestiniens, majoritairement musulmans, du territoire de Gaza méritent-ils d'être traités sur un pied d'égalité avec les juifs israéliens occupant leur terre ?
– Les musulmans sont-ils endoctrinés contre l'Occident pour des raisons religieuses, raciales, ethniques ou bien par réaction au crime du siècle, qui s'est traduit par le massacre de centaines de milliers de civils irakiens, auquel le président Chirac s'est farouchement opposé, lors de l'invasion américaine de l'Irak après le 11-Septembre?
Depuis des décennies, nul n'a jamais apporté un début de réponse ou d'explication à cette question : comment la liberté d'expression et d'être, que je partage et défend avec force et conviction, s'applique-t-elle dans le cas des caricatures de Charlie Hebdo, de Salman Rushdie, etc., et non à des critiques du comportement d'Israël ?
J'ai bien peur que l'explication ne soit pas celle que l'on n'ose pas servir à « l'Autre ». Ne me traitez pas de révisionniste et de négationniste si j'ose mentionner la lecture historique d'un Uri Avnéry dans sa conférence du 3-01-2015 (The Rock of Our Existence, à la Kinneret College), dans laquelle il démontre, entre autres, les erreurs et manipulations de l'histoire concernant la Terre promise.
Les fausses promesses de l'Occident sur l'avenir glorieux du printemps arabe ont débouché sur des rencontres de soutien des gouvernements en exil et des organisations militaires créées et armées par cet Occident pour une nouvelle version de son modèle
démocratique.
Une thèse récente s'étendant sur 3500 années affirme que l'homme a fait la guerre douze ans sur treize. La réponse réside dans l'éternelle histoire de dominant/dominé, où l'on porte les armes pour prendre le pouvoir et où l'opinion de la majorité silencieuse ne compte pas.

Monsieur le Président,
La doctrine islamique était-elle, dans ses origines, plus tolérante ? Aucun de ses philosophes/penseurs n'a été exécuté et pourtant l'islam n'était pas plus tolérant puisqu'il est immuable. Mais à l'époque, il était dominant. Ce vécu de dominé donne une impression d'insécurité, et la sensation de dominant apporte l'illusion de la sécurité. N'est-ce pas là une vision qui mérite d'être étudiée par un Occident qui tâtonne dans sa relation avec le monde arabe depuis près d'un siècle et qui devrait revoir sa copie ?
Selon Platon, «une opinion, c'est quelque chose entre l'ignorance et la
connaissance »...

Monsieur le Président,
J'ose espérer que vous avez saisi l'émotion qui transparaît entre mes lignes et qui se résumerait par un mot : l'amour. Celui que je porte à la France.

Mhamad SAFA

Il y a plus de vingt ans (1986), j'ai vécu, comme l'ensemble des Français, une histoire terrifiante similaire à celle qu'ils viennent de vivre avec la tragédie des 9 et 11 janvier. Parmi les criminels et/ou accusés de l'époque étaient les chiites, les Iraniens et que sais-je encore. Le chiite que je suis avait fait circuler une pétition, avec la contribution et la signature de centaines de laïques toulousains et libanais, pour condamner les attentats et se portant solidaire avec les Français (publiée dans La Dépêche du Midi).De retour au Liban, portant les valeurs laïques que la France m'a inculquées et fort des valeurs françaises sur la liberté d'expression et d'être, j'ai tenté « l'inutile », pour prévenir le mal libanais qui se tramait clairement dès 2005. J'ai clamé naïvement la vérité du terrain, celle...
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