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Nos lecteurs ont la parole - Louis Ingea

Décadence, quel est ton but ?

Il m'arrive de rêver les yeux ouverts. Et de voir le monde comme il ne va plus.
D'Orient en Occident, le phénomène est équivalent à lui-même. C'est ce qu'on appelle, depuis un certain temps déjà, la mondialisation. En d'autres termes, le mimétisme à l'échelle planétaire.
Nous sommes nés égaux, vous en souvenez-vous? Égaux, c'est-à-dire pareils. Pendant des siècles, convaincus d'être également pareils à Dieu, « à son image », comme on l'enseignait. Mais depuis, avec le temps qui passe, l'image a terriblement vieilli.
Alors, aujourd'hui, nous en sommes réduits à notre propre et unique image. Voilà pourquoi rien ne dissocie plus l'arriéré fanatique de l'Orient, du crétin menfichiste de l'Occident. Quelle différence, en effet, en termes d'éthique, entre le criminel aveugle de chez Daech et l'énergumène suffisant qui broute, en Occident, à tous les râteliers, sûr de sa bêtise, imbu de son savoir-faire, mais magouilleur en escarpins de velours et veule par-dessus le marché.
En Orient, chez certains, on hypothèque le nom et le sens sacré de Dieu. En Occident, chez la plupart, on se gargarise de sa négation pour se poser en prophètes de lendemains qui n'ont cessé de déchanter de régimes en systèmes. Les premiers, au nom de leur religiosité, tuent et saccagent pour le compte d'une doctrine farfelue relevant d'un absolu atrophié et innommable. Les seconds, au nom de leur sacro-sainte économie, fournissent ce qu'il faut pour tuer, tout en étouffant, en l'être humain, toute velléité de bonté, de justice et de dignité. De part et d'autre, la cruauté est identique. Physique ou mentale, elle ne flatte, en définitive, que les plus bas instincts.
Ouf! Trêve de blâmes et d'anathèmes! Comment avons-nous fait pour en arriver là?
Il me semble bien que le développement de notre intellect reproduit, à s'y méprendre, la maturation d'un fruit qui mûrirait trop longtemps sur sa branche. Un fruit que l'on aurait négligé de cueillir le moment venu. Oublié sur l'arbre porteur, gorgé de soleil et de sève généreuse, ne voilà-t-il pas qu'il se met à pourrir sur place ? Il en devient alors gluant et indigeste, probablement rongé par les vers. Et il tombe de lui-même sur un sol devenu souillé...
Ainsi en va-t-il de cette « graine » insaisissable qui anime nos consciences et que l'on nomme esprit.
À force de le nourrir de préjugés, de l'encadrer de tous les conforts, de l'aveugler par le miroitement d'horizons utopiques, de plaisirs factices et de dérèglements à tous les échelons, au nom de «l'ici» et du «maintenant», l'esprit en nous a perdu sa substance originelle. Frelaté, c'est le mot ! Dénaturé et ramolli comme une mayonnaise qui aurait tourné.
Nous en sommes tous arrivés à prendre la ruse pour de l'intelligence. À en user et en abuser comme la seule mécanique possible pour diriger le mouvement de nos vies. Sans voir, sans comprendre que ces vies-là, fussent-elles de vingt-cinq ou de quatre-vingt-cinq ans, ne seront jamais qu'un temps qui passe et que l'emballage charnel de notre ego s'en ira pourrir quelque part sous terre comme le fruit perdu signalé plus haut.
C'est à se demander à quoi aura servi ce flux magnétique de l'esprit qui nous mène. La fierté du monde moderne avec ses richesses matérielles, son progrès prodigieux dans le domaine de la recherche et de la science, ses promesses d'avancées harmonieuses vers une humanité spiritualisée se révéleraient donc n'être qu'un gâchis? Un brillant gâchis ? Du toc ? Lequel d'entre nous souscrirait à pareil constat? Et, dans ces conditions, ne valait-il pas mieux que l'histoire de l'évolution se fût arrêtée au stade du règne animal ? À une vie dans la jungle, telle que nous la vivons aujourd'hui malgré nous?
La faute en retombe sur l'usage que chacun fait dorénavant de tous les biens mis à sa disposition. L'esprit nous avait aidés à les créer, ces biens, dans le but de les partager avec nos semblables. Il nous fallait manger pour vivre, c'est-à-dire pour réaliser la joie d'une communion universelle des cœurs et des consciences. Le modernisme dévoyé nous aura poussés, hélas, à vivre pour manger, c'est-à-dire pour «consommer» individuellement, égoïstement, tout ce qu'on pouvait happer, tout ce dont on pourrait «profiter». Et l'appât du profit a transformé nos facultés d'intelligence en malice et notre savoir-faire en un penchant à faire le mal. Ne dit-on pas, chez nous, que la chatara est la seule clé de notre succès ?
La suprématie a supplanté l'enthousiasme. Et la jouissance, le bonheur.
Allons-nous rester les bras croisés, assis sur la branche que d'aucuns sont en train de scier sous nos yeux ?
Voyons plutôt ce qui semble se réveiller enfin, quelque part sur la planète, dans un petit pays oublié de ses dieux et tombé en désuétude. La Grèce, tenez ! Cette héritière déchue de Socrate et d'Aristote. Or, voilà l'Espagne prise de contagion. Bientôt l'Italie ! Et, faut-il l'espérer, la France ?
Chez nous, sur ce rivage d'Orient, reste-t-il une étincelle, quelque tison rougeoyant sous la cendre ? Dans ce microcosme libanais qui reproduit à souhait toutes les corruptions, toutes les insanités et toute la folie du monde actuel, pouvons-nous entrevoir un moyen quelconque de capter la lumière? À quand, ce printemps rêvé ?
La perspective en est aussi énorme que lointaine. « Puisque tout est en voie de destruction », titre l'auteur du dernier livre que je viens de lire. Nous sommes à un stade terminal. Mais «ne sommes-nous pas, aussi, en crise depuis l'origine?», ajoute notre visionnaire. Certes !
Voilà pourquoi, de toute urgence, et je le cite, il nous faut « tabler sur cette alliance de la tradition et de la modernité, de l'eschatologie et de la culture, de la lucidité devant la mort et de l'éducation ouverte à la vie».
Afin d'en sortir. Ou, plus exactement, afin d'enfoncer la porte du mystère infini si violemment présent en nous-mêmes et auquel nous n'avons pas encore donné de nom.

Louis INGEA

Il m'arrive de rêver les yeux ouverts. Et de voir le monde comme il ne va plus.D'Orient en Occident, le phénomène est équivalent à lui-même. C'est ce qu'on appelle, depuis un certain temps déjà, la mondialisation. En d'autres termes, le mimétisme à l'échelle planétaire.Nous sommes nés égaux, vous en souvenez-vous? Égaux, c'est-à-dire pareils. Pendant des siècles, convaincus d'être également pareils à Dieu, « à son image », comme on l'enseignait. Mais depuis, avec le temps qui passe, l'image a terriblement vieilli.Alors, aujourd'hui, nous en sommes réduits à notre propre et unique image. Voilà pourquoi rien ne dissocie plus l'arriéré fanatique de l'Orient, du crétin menfichiste de l'Occident. Quelle différence, en effet, en termes d'éthique, entre le criminel aveugle de chez Daech et l'énergumène...
commentaires (2)

L'ABRUTISSEMENT AU CARRÉ !!!

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

19 h 53, le 05 février 2015

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Commentaires (2)

  • L'ABRUTISSEMENT AU CARRÉ !!!

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    19 h 53, le 05 février 2015

  • Whaa..cet article...je crois que je vais passer la journee a le lire et relire....je pense que nous orientaux particulierement nous nous obstinons a rester mediocre....

    Houri Ziad

    09 h 32, le 05 février 2015

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