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Nos lecteurs ont la parole - Sylvio Le Blanc

Charlot et le ghetto

En cette commémoration du 70e anniversaire de la libération du camp d'extermination nazi d'Auschwitz, en 1945, il est bon de rappeler le travail exemplaire accompli par Charlie Chaplin pour combattre Hitler.
Depuis que le IIIe Reich a interdit La Ruée vers l'or pour sémitisme (!), Chaplin, marié à Paulette Goddard, juive, réalise le danger que représente Hitler pour la liberté. Il est fasciné par une actualité qu'il se repasse sans arrêt et qui montre le dictateur descendre d'un train et exécuter un petit pas de danse. Il dit bien connaître le bâtard. Celui-ci ne lui a-t-il pas volé sa moustache ? Ne sont-ils pas nés à quatre jours d'intervalle ? Il fera un film à son encontre.
Le projet aussitôt connu, on se ligue contre lui. Le gouvernement allemand proteste officiellement contre sa réalisation. Il est à peu près le seul cinéaste à oser se lever, bien que les états-majors des majors états-uniennes soient quasi exclusivement constitués de personnes de confession juive, aussi incroyable que cela paraisse. Il subit aussi des pressions de la major United Artists (qu'il a pourtant contribué à fonder). Un sondage Gallup de l'époque révèle que 96 % des États-Uniens se déclarent hostiles à l'entrée de leur pays dans une guerre en Europe (on aurait aimé qu'il en fût ainsi à l'égard des guerres du Vietnam et d'Irak).
Chaplin termine le script du Dictateur le 1er septembre 1939, la journée même où Hitler envahit l'infortunée Pologne. Il joue un double rôle dans le film : un barbier juif et Hynkel. Il est facile de reconnaître derrière les personnges d'Adenoid Hynkel, Garbitsch (une référence à « garbage » : ordure), Herring (hareng) et Benzino Napoloni (Napoléon) : Adolf Hitler, Goebbels, Göring et Benito Mussolini. Dans le nom prêté à l'Allemagne – Tomania – niche le mot anglais « mania » : démence ; dans celui prêté à l'Italie – Bacteria – : bactérie.
Le film commença mal sa carrière aux États-Unis, du fait des réticences de l'opinion publique à une entrée en guerre et de mauvaises critiques. Mais il fut triomphalement projeté à Londres, pendant la bataille d'Angleterre. Bien entendu, il fut interdit en Allemagne (on raconte cependant que Hitler se le serait fait projeter à deux reprises). Au final, Le Dictateur fut le plus grand succès de Chaplin.
En 1942, voyant souffrir l'Europe et l'URSS, il milite pour l'ouverture d'un second front et lance devant dix mille personnes : « Je ne suis pas communiste, je suis un être humain, et je crois connaître les réactions des êtres humains. Les communistes ne sont différents de personne ; s'ils perdent un bras ou une jambe, ils souffrent comme nous tous, et meurent comme nous tous. Et la mère communiste est la même que n'importe quelle mère. » Puis aux journalistes : « Mon patriotisme ne s'est jamais inspiré d'un pays ou d'une classe mais du monde entier. »
Il faut revoir l'œuvre de ce génie tragi-comique du cinéma, et se souvenir de l'humaniste, de l'« agitateur de la paix », comme il aimait à se qualifier lui-même.

Sylvio Le BLANC
Montréal (Québec)

En cette commémoration du 70e anniversaire de la libération du camp d'extermination nazi d'Auschwitz, en 1945, il est bon de rappeler le travail exemplaire accompli par Charlie Chaplin pour combattre Hitler.Depuis que le IIIe Reich a interdit La Ruée vers l'or pour sémitisme (!), Chaplin, marié à Paulette Goddard, juive, réalise le danger que représente Hitler pour la liberté. Il est fasciné par une actualité qu'il se repasse sans arrêt et qui montre le dictateur descendre d'un train et exécuter un petit pas de danse. Il dit bien connaître le bâtard. Celui-ci ne lui a-t-il pas volé sa moustache ? Ne sont-ils pas nés à quatre jours d'intervalle ? Il fera un film à son encontre.Le projet aussitôt connu, on se ligue contre lui. Le gouvernement allemand proteste officiellement contre sa réalisation. Il est à peu près...
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