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"On nous dit que Kobané n'existe plus"

reportage

La ville kurde syrienne reconstituée dans le plus grand camps de réfugiés de Turquie.

OLJ/AFP/Burak AKINCI
01/02/2015

Leur ville a été "libérée" des jihadistes, mais elle est en ruines. Alors, trois jours après la bataille, les réfugiés syriens de Kobané continuent de s'installer, presque la mort dans l'âme, dans le camp flambant neuf ouvert par les autorités turques.

Construite dans la périphérie de Suruç (sud) à une poignée de kilomètres de la frontière entre la Turquie et la Syrie, la nouvelle installation a été inaugurée le 25 janvier, à la veille de l'annonce de la victoire des forces kurdes sur les jihadistes du groupe État islamique (EI) qui assiégeaient Kobané depuis plus de quatre mois.

Même si les combats se sont éloignés de la ville, les emménagements y vont bon train.
"On nous dit que Kobané n'existe plus", explique une de ses nouvelles locataires, Adila Hassan. "Nous ne savons pas combien de temps nous resterons ici", ajoute cette mère de famille de 33 ans en battant son tapis. "Nous ne rentrerons qu'une fois la ville reconstruite. Et pour l'instant, ce n'est pas d'actualité".

Destiné aux quelque 200 000 syriens contraints à l'exode à l'automne par l'offensive et les exactions des jihadistes, le complexe géré par l'agence gouvernementale en charge des situations d'urgence (Afad) est le plus grand jamais ouvert en Turquie. Sur plus de 1 000 hectares, il aligne 7 000 tentes modernes, équipées de meubles, radiateurs et mini-réfrigérateurs, six écoles de la maternelle au lycée, deux hôpitaux, des installations sanitaires, des mosquées et même des parcs de jeu pour les enfants.

Le tout pour une capacité d'accueil de plus de 35 000 personnes, résume fièrement son directeur, Mehmethan Özdemir. "Nous accueillons un millier de personnes chaque jour, c'est une très vaste opération", explique-t-il.
Son coût est un secret bien gardé. Mais selon plusieurs experts humanitaires, il devrait s'élever à "plusieurs dizaines de millions de dollars".
Les autorités turques prennent entièrement en charge leurs locataires. En plus de trois repas quotidiens, "chaque réfugié reçoit sur une carte de débit une allocation de 85 livres (32 euros) par mois, qu'il soit un vieillard ou un nourrisson", souligne M. Özdemir.

 

(Lire aussi : Après la déroute de l'EI à Kobané, Erdogan affirme ne pas vouloir d'un Kurdistan en Syrie)


Le retour, plus tard
La Turquie s'enorgueillit d'avoir déjà dépensé 5 milliards de dollars pour les quelque 1,7 millions de Syriens qu'elle accueille officiellement sur son sol.

En quelques jours, plus de 4 000 réfugiés ont déjà pris leurs quartiers dans cette nouvelle ville de toile.
Dans l'euphorie de la victoire des forces kurdes sur l'EI, certains sont persuadés qu'ils n'y feront qu'un court séjour. "Nous sommes très contents d'avoir battu ces infidèles", assure un réfugié, Moustapha, "alors nous espérons rentrer chez nous aujourd'hui ou demain".

Mais la plupart sont moins optimistes. Ils savent que leur ville a été détruite par les combats et les bombardements des avions de coalition anti-jihadiste. Et que les Turcs ont, pour des raisons de "sécurité", fermé leur frontière à double tour. "Le retour, oui, mais pas tout de suite", résume Anwar, un enseignant de 34 ans.

 

 

 


Beaucoup de réfugiés s'installent donc "pour de bon". Grâce à ses équipements modernes, ils devraient pouvoir vivre dans le nouveau camp "une vie plus proche de la normale", glisse un responsable onusien sous couvert de l'anonymat.

Son fils de cinq ans à la main, Idam Mohammed, un ouvrier de 55 ans, déambule dans son nouveau "quartier" à la recherche de ses voisins de Kobané. Il souhaite les installer autour de sa tente pour recréer un peu de sa vie d'avant la guerre. "On va vivre beaucoup mieux ici, il ne nous manque rien", se réjouit-il, "que Dieu bénisse la Turquie pour tout ce qu'elle a fait pour nous".

Le responsable du camp confirme que son installation a vocation à durer, compte-tenu de la poursuite de combats autour de Kobané. "Nos invités peuvent rester le temps qu'ils veulent", assure Mehmethan Özdemir, "ils sont les bienvenus".

 

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