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Nos lecteurs ont la parole - Izara

Voltaire, au secours !

Ma première révélation politique fut en 2001, lorsque Le Pen s'est « qualifié » au deuxième tour. J'avais voté Arlette Laguiller. Un choc. Un choc physique et psychologique. En tant que femme, issue d'une éducation laïque, d'un père juif et d'une mère chrétienne, avec un background familial communiste-trotskiste, j'étais anéantie. J'avais 20 ans, un âge où l'insouciance et la responsabilité coexistent et se font la guerre. Bref, un moment où j'ai trouvé un sens à ma citoyenneté.
Deuxième choc émotionnel: celui du 7 janvier. Charlie Hebdo. J'ai 34 ans, deux enfants en bas âge et un sac à convictions plein la tête. Ça fait neuf mois que j'ai emménagé au Liban. Comment accueillir la nouvelle ? Je ne connais pas ce nouveau sentiment. Culpabilité, impuissance totale. Je ne peux pas ressentir de la haine puisqu'on ne peut pas détester quelqu'un qui est fou, malade, perdu dans son trip de vengeance contre un ennemi inventé. Je commence à regarder les dernières dépêches, les nouvelles, les journaux en ligne. Je veux me mettre quelque chose sous la dent pour apaiser ma tristesse, mon énervement. Rien de compréhensible. À ce moment précis, j'essaie de comprendre, d'intellectualiser ce qui s'est passé. Je pense au concept d'Hannah Arendt, la banalité du mal. Est-ce qu'il s'agit bien de cela ici ? Les tueurs sont complètement désintéressés du fait de rester vivants ou de mourir et donc, dans ce cas, le mal n'a plus de limite. Je ne cherche pas « à comprendre l'inhumain » mais j'essaie de comprendre comment on pouvait commettre un acte aussi immonde.
Je n'ai pas la prétention de donner mon avis. Tout le monde s'en fiche. Et je ne réglerais pas le problème du terrorisme, je n'améliorerais pas la géopolitique dans le monde et en plus j'ai un tempérament pas très diplomatique. Mais je me suis demandé comment réagir en tant qu'acharnée de la liberté d'expression et surtout après avoir perdu de grands défenseurs de la libre-pensée? Comment voulez-vous forger ce que Kant appelle «une critique de la pensée», comment voulez-vous vous remettre en question, le faire pour vos croyances et vos idées ? Je n'ai pas envie de faire un blabla éternel sur les victimes de Charlie Hebdo. Je pense que la violence est l'arme des faibles et que leur mort est innommable. Ce qu'il y a de plus choquant, c'est qu'ils sont morts ensemble. Je pense à ça. Voir mes amis agoniser sous mes yeux. L'horreur.
Au fil des heures certaines théories (conspirationnistes) se mettent à émerger sur le net. Certains sont choqués des dessins de Charlie Hebdo et se mettent à réfuter toute idée qu'ils soient Charlie. Le genre de remarque qui me fait rire: c'est blasphématoire, on ne provoque pas le diable, etc. Choqués? Je comprends... Mais la différence, c'est qu'il n'y a pas obligation d'acheter Charlie Hebdo. Par contre, le monde qui nous entoure, celui-là on est obligé de le voir. L'ordre social ne choque-t-il pas? Nous voyons tous les jours des injustices : des gens qui vivent sous le seuil de pauvreté, des travailleurs étrangers qui sont payés comme des miséreux, la société de consommation effrénée, la corruption, la politisation du religieux, des propos antisémites, racistes et homophobes qui se diffusent impunément sur les écrans, la luxure effrénée, des hommes d'autorité qui poussent vers la vengeance et des hommes rongés par la pauvreté démunis de toute culture qui se tournent vers l'extrémisme. Cela me choque et non pas quelques dessins satiriques sur un papier.
Et la liberté dans tout cela ? Certains me diront que la liberté de l'un s'arrête où commence la liberté de l'autre. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec cela. On peut reconnaître les limites de notre liberté face à celle de l'autre et l'améliorer. Cela renforcerait la liberté de chacun qui a pour but de trouver ce qu'on appelle la vérité. Hegel explique bien cela. La liberté et la vérité sont deux choses qui sont liées. La liberté est la seule vérité de l'esprit. Quand l'esprit n'a pas pris conscience de sa liberté, il est réduit à être esclave et se satisfait pleinement des servitudes. L'individu ignore totalement que « l'esclavage est contraire à la nature ». Dans ce sens je pourrais penser à l'esclavage de la pensée fanatique. « C'est donc seulement l'expérience de la liberté qui libère l'esprit. » C'est pour cela qu'il ne faut jamais oublier la cause et non les moyens. La cause de Charlie Hebdo est la liberté de pouvoir dire non, de dénoncer et de remettre en cause le conformisme. C'est dans ce sens qu'il faudrait aller et non dans le fait d'adhérer esthétiquement à la façon dont ils traitaient l'actualité.
Je finirais par Voltaire car cela me paraît nécessaire. Lire Voltaire, Hegel, Kant ou encore Zola me paraît indispensable aujourd'hui. Voltaire prônait la tolérance car elle n'apporte pas seulement la paix mais elle atténue les passions religieuses. Elle améliore la condition humaine. Le mot d'ordre de Voltaire était : «Écrasez l'infâme ! » et donc le fanatisme. Cela me rappelle La Boétie qui distingue trois sortes de tyrans entre autre, celui qui écarte toute sorte de liberté de l'esprit. Avec le temps celle-ci s'efface de la mémoire du peuple. Belle connerie ! La Boétie nous invite à la révolte contre tout genre d'oppression et toute sorte d'exploitation. Alors gardez cela en tête car le chemin de la liberté est long.

IZARA

Ma première révélation politique fut en 2001, lorsque Le Pen s'est « qualifié » au deuxième tour. J'avais voté Arlette Laguiller. Un choc. Un choc physique et psychologique. En tant que femme, issue d'une éducation laïque, d'un père juif et d'une mère chrétienne, avec un background familial communiste-trotskiste, j'étais anéantie. J'avais 20 ans, un âge où l'insouciance et la responsabilité coexistent et se font la guerre. Bref, un moment où j'ai trouvé un sens à ma citoyenneté.Deuxième choc émotionnel: celui du 7 janvier. Charlie Hebdo. J'ai 34 ans, deux enfants en bas âge et un sac à convictions plein la tête. Ça fait neuf mois que j'ai emménagé au Liban. Comment accueillir la nouvelle ? Je ne connais pas ce nouveau sentiment. Culpabilité, impuissance totale. Je ne peux pas ressentir de la haine...
commentaires (4)

Parlant de tolérance, il semble plutôt malvenu d'invoquer Voltaire. Celui-ci, en effet, ne prônait cette vertu qu'à condition qu'elle ne s'exerce pas au bénéfice de ses adversaires. N'est-ce pas lui qui a fait embastiller par deux fois (par lettre de cacher, s'il vous plaît!) le malheureux La Baumelle qui avait eu l'audace de le critiquer dans son journal. N'est-ce pas lui encore qui a tenté de faire condamner (à mort) Rousseau par le tribunal de Genève - pour blasphème!

Yves Prevost

07 h 27, le 28 janvier 2015

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Commentaires (4)

  • Parlant de tolérance, il semble plutôt malvenu d'invoquer Voltaire. Celui-ci, en effet, ne prônait cette vertu qu'à condition qu'elle ne s'exerce pas au bénéfice de ses adversaires. N'est-ce pas lui qui a fait embastiller par deux fois (par lettre de cacher, s'il vous plaît!) le malheureux La Baumelle qui avait eu l'audace de le critiquer dans son journal. N'est-ce pas lui encore qui a tenté de faire condamner (à mort) Rousseau par le tribunal de Genève - pour blasphème!

    Yves Prevost

    07 h 27, le 28 janvier 2015

  • PARDON... ET NI LA LIBERTÉ D'EXPRESSION. ET JE LE DIS MOI : L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE !!!

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    14 h 05, le 27 janvier 2015

  • JE REGRETTE MADAME DE VOUS DIRE QUE LA PROVOCATION N'EST PAS L'EXPRESSION DE LA LIBRE PENSÉE...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    11 h 50, le 27 janvier 2015

  • Excellent article! Mais si l'Occident avait gardé en mémoire la pensée de La Boétie et l'avait appliqué chez lui et surtout dans les régions du monde où il sévit, la face du globe aurait peut-être différemment évolué...

    Salim Dahdah

    11 h 04, le 27 janvier 2015

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