Né métissé et héritier d'une diversité ethnique et religieuse, ce « tout » est advenu dans un État de droit, avec citoyenneté à part entière.
Il était porteur d'une sensibilité plurielle, à vivre en synthèse au bénéfice d'une vision exceptionnelle de l'existence. Sans tabous ni frontières. Une vision sereine qui se reconnaît dans chacune de ses composantes et qui relève, en outre, de l'ordre naturel des choses, générant ce qu'on appelle une communauté proprement nationale.
C'est sur ce consensus-là que se basait notre espérance de voir naître un monde revu et corrigé. Mais ledit monde n'a pas vu le jour. Il y a bien une raison à ce rendez-vous manqué.
Est-ce, par exemple, l'atermoiement ? Une attitude qui engendre des situations encore plus dramatiques que celles qui les ont précédées. Le constat est une rupture avec ce qui a été beaucoup donné et auquel il était beaucoup demandé... Car la structure génétique, offerte à lui par son propre destin, portait déjà en elle-même un message à caractère universel. Et le monde avait vivement applaudi ce pari gagné. On voyait dans cette structure la solution à la plupart de nos problèmes existentiels. Sans oublier par ailleurs ceux, insurmontables, des phénomènes de la nature. Tel un monstre qu'il ne fallait pas réveiller. Pourtant, des solutions avaient été proposées par les scientifiques de la planète.
On les a ignorées. Va-t-on récidiver à Lima et puis à Paris au cours de l'année 2015 ?
Bâtir un empire ou encore persister davantage dans ses performances, au détriment du bien-être de populations entières, est une attitude en contradiction avec les normes de l'éthique. Une éthique si bien ovationnée lors de l'avènement de la Charte des droits de l'homme en 1952, lorsque l'humanité de la personne avait enfin retrouvé sa signification originelle.
On se demande aujourd'hui où va l'homme. Les déclarations, hélas, sont une chose, et leur application en est une autre. Tout passe à travers l'ambiguïté des mots et les envolées lyriques : un leurre que les populations en détresse dénoncent pour cause d'image affligeante de leur humanité trahie et de leur droit à une vie digne de ce nom.
Au départ, ce « tout » symbolisait la consécration de la complémentarité entre cultures et civilisations ainsi que l'émergence de la « spécificité » en symbiose avec « l'universel ».
Peser le pour et le contre, afin d'intervenir dans les conflits en cours, tout en faisant fi de la condition humaine relève strictement de la politique. Celle de la condescendance qui aboutit forcément à inciter l'homme à dévorer l'homme.
Y a-t-il quelque bénéficiaire dans tout cela ? Seule, la victoire sur soi-même doit être le premier et l'ultime devoir de toute personne responsable. En d'autres termes, transcender les contingences, agir en son âme et conscience dans la perspective d'une vision universelle de l'être humain en tant que sujet central, voilà la différence entre « gagnant » et « victorieux ».
Nous avons eu, dans l'histoire du monde, des responsables qui réagissaient contre l'injustice afin d'honorer leur serment de fidélité au service de « l'autre ».
La politique est une sorte de cloisonnement pour l'homme d'État. Cela assassine tout sens du « politique », lequel exige « d'être dans l'absolu », par-delà les intérêts éphémères que l'histoire ne retient pas.
Qu'il suffise de citer le Moyen-Orient en feu, l'Afrique souffrante et l'Europe déboussolée face au grave problème posé à ses propres valeurs, pour réaliser à quel point nos principes et nos espoirs sont éteints.
Que peut-on encore espérer ? Une prise de conscience d'une humanité en détresse ? C'est bien, mais pas assez. Sinon qu'il est déjà trop tard.
Rendez-vous le 18 février prochain à la Maison-Blanche où l'évolution du monde et l'existence de l'être humain seront les deux invitées à la table d'honneur.
Une place qui leur revient de droit depuis la nuit des temps.
Qu'elle le demeure !
Nos lecteurs ont la parole - Noha M. Gemayel Ingea
Ce « tout » et ce « pas assez »
OLJ / le 21 janvier 2015 à 00h00

