Moyen Orient et Monde

Ce Bibi que l’on adore haïr

Le point
15/01/2015

Mâchoire et poings serrés, regard hostile lancé en direction de Mahmoud Abbas, torse bombé, Benjamin Netanyahu ressemble à un catcheur sur un ring, prêt pour un match que, pourtant, l'on sait truqué. À l'autre bout du rang, le président de l'Autorité palestinienne ne semble pas impressionné outre mesure, plutôt amusé par l'étalage de tant de haine. À la manifestation de dimanche à Paris, l'un et l'autre viennent de jouer des coudes, Bibi donnant le ton bien avant Abou Mazen, pour figurer au premier plan. Le plus étrange, c'est qu'au départ aucun des deux hommes n'avait été invité par l'Élysée, soucieux de ne pas détourner l'attention de l'objectif visé : les attentats du week-end qui avaient fait 17 tués.
Petit retour sur une scène vaudevillesque s'il n'y avait eu la succession de drames terribles que vient de vivre la France. Appréhendant un geste du Premier ministre israélien, François Hollande charge Jacques Audibert, son conseiller pour les questions de sécurité, de prendre contact avec son alter ego de Tel-Aviv, Yossi Cohen, pour lui expliquer combien les circonstances ne se prêtent pas à une visite de son patron. D'autant plus que le Shin Beth avait abouti aux mêmes conclusions mais pour des raisons uniquement sécuritaires, ce que, dans un premier temps, l'intéressé semble avoir compris. Avant de se raviser en apprenant qu'Avigdor Lieberman et Naftali Bennett, deux de ses adversaires politiques et aussi membres de son gouvernement, seront présents, eux, dans la capitale française. Pas question donc, s'agissant d'un événement majeur, de rester en plan quand des juifs viennent d'être abattus par un forcené, Amedy Coulibaly.
Le président français est courroucé mais n'en laisse rien paraître. Jusqu'à la cérémonie tenue à la Grande Synagogue quand il choisit ostensiblement de quitter la salle au moment où son indésirable « invité » se prépare à prendre la parole. Soucieux de ne pas en rater une, « Bibi » avait déjà commis un premier impair avant de prendre l'avion, en invitant les juifs de France à « regagner leur foyer », aussitôt désavoué par la majorité de ceux-ci et par Élie Barnavi, ancien ambassadeur en France de l'État hébreu. Trop tard : l'insupportable Premier ministre israélien a perdu sa « bataille de France ».
Les Arabes ne peuvent que se réjouir de cette multiplication de faux pas qui vaut à leur ennemi préféré de voir l'un après l'autre ses amis d'hier lui tourner le dos. On ne sait si l'intéressé trouve quelque plaisir à dresser contre lui un nombre aussi impressionnant de grands de ce monde ou s'il agit par maladresse. On pense à Cyrano – dont cependant il n'a ni le panache ni le bagout – interrogé par son ami Le Bret :
« ... Comment diable
« As-tu contracté la manie effroyable
« De te faire toujours, partout, des ennemis ? »
C'est que la liste est en train de s'allonger. Hier encore l'irascible Recep Tayyip Erdogan revenait à la charge et dénonçait chez lui un comportement à Gaza qui équivaut à un « terrorisme d'État ». En juillet dernier, il l'avait accusé de « surpasser Hitler en matière de barbarie ». Auparavant, le 29 janvier 2009, lors du forum de Davos, il avait lancé à Shimon Peres, évoquant l'opération « Plomb durci » : « Quand il s'agit de tuer vous savez très bien comment le faire. » Mais c'est la date du 12 janvier 2010 qui est à marquer d'une pierre noire. À la suite de la diffusion d'un téléfilm jugé antisémite, l'ambassadeur turc, Oğuz Çelikhol, est convoqué au ministère des Affaires étrangères par le numéro deux, Danny Ayalon, qui le fait attendre longuement dans un couloir avant de le recevoir, entouré de trois adjoints, et de l'installer sur un fauteuil bas pendant que lui-même reste debout « pour le dominer », dira-t-il. « Réprimande humiliante », juge le Yediot Aharonot ; « Bizutage », renchérit le Maariv. Aucune boisson ne sera servie, mais, diplomatique, la potion n'en est pas moins amère.
Le 31 mai 2010, c'est l'incident du « Mavi Marmara », un bateau de « la flottille de la liberté » composé de huit cargos transportant 700 personnes et de l'aide humanitaire pour les Gazzaouis. Depuis, les rapports entre les deux pays vont – le temps aidant ou plutôt n'aidant pas – en se détériorant chaque jour un peu (ou beaucoup) plus. On communique à peine et toujours du bout des lèvres en attendant des jours meilleurs qui ne viendront probablement pas tant lourd est le contentieux.
Pour ce qui est des rapports avec les Américains, ils sont au fixe, mais celui-ci n'est pas beau, il s'en faut. C'est peu de dire que le courant passe mal : en fait, il est inexistant et l'actuel locataire de la Maison-Blanche est loin de porter dans son cœur celui de Beit Rosh HaMemshala, accusé de tous les maux et objet des critiques de la presse yankee qui ne lui pardonne pas un comportement inqualifiable à l'égard des émissaires envoyés par Washington.
Reste la question essentielle : qu'est-ce donc qui pousse Benjamin Netanyahu à se rendre odieux ? La fatuité, docteur. Et aussi ces consultations (im)populaires.

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ACE-AN-NAS

Il est ecrit dans tous les livres saints que Si Dieu veut te perdre il ne t'envoie ni cailloux ni missiles , mais il t'aveugle par ta propre arrogance . Apres l'execution de I.Rabbin par un "fanatique" (??) juif , et la mise a l'ecart dans des conditions morbides de Sharon , Israel n'a plus de vrais leaders , plus de motivations de se battre , il s'est embourgeoise et on voit les defections et suicides dans l'armee augmenter de facon dramatique , pendant que tsahal qui faisait la fierte de ce pays usurpateur prend du plomb dans l'aile par une serie de defaites successives au sud Liban et a Gaza . On aura beau parler de Charlie et des batailles du passé et a venir , le seul probleme qui refera tjrs surface tel un paquet de polysthyrene malmene par les vagues de l'ocean, sera l'injustice faite au peuple de Palestine. Les musulmans se battent entre eux mais croyez moi dans leur esprit trotte l'idee de rendre justice a ce peuple martyrise depuis 48. On en rira , on tournera en derision cette cause en fustigeant la traitrise arabe binsaoud, reelle certes , mais qui devra aboutir a ce que ces gouvernements aliyahou et les 40 voleurs puissent un jour decamper comme ils l'ont fait du sud Liban en 2000. Et pour cela seule la lutte armee de resistance pourra nous y mener. Sur un evenement sans doute odieux on s'est mis a crier "je suis Charlie" , mais sur une situation politique d'un etat bafoue depuis 48 , nous "sommes la Palestine " dans l'ame .

Halim Abou Chacra

Je me demande souvent comment le peuple juif, qui a le plus souffert du fascisme naziste, admet le grand fasciste Netanyahu comme chef du gouvernment d'Israel. C'est incompréhensible.

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