La Ligue 1 ne servait plus à rien. Le PSG allait l'emporter chaque année avec ses moyens colossaux et sa ribambelle de stars. C'était écrit et ça ne pouvait pas être autrement. En témoignait son excellente saison de l'année dernière où, à l'exception de Monaco à des brefs instants, aucune équipe ne semblait capable de rivaliser avec ce new PSG. En témoignait la déconcertante facilité avec laquelle sa star, Zlatan, enfilait les buts comme des perles. En témoignait enfin cette défaite, à la dernière minute, contre le Chelsea de José Mourinho qui laissait penser que le PSG était désormais tout près du plus haut niveau. L'équipe de Laurent Blanc était jugée par la majorité des spécialistes comme un modèle très largement perfectionné de ce qu'était celle de son prédécesseur, Carlo Ancelotti. Mais tout cela... c'était avant. Aujourd'hui le PSG est quatrième de Ligue 1, vient de perdre 4-2 contre le 19e du championnat, alors qu'il menait 2-0, et face à cette situation, celui qu'on surnomme le Président, Laurent Blanc, apparaît complètement désemparé.
On imagine sans trop de difficulté le sourire narquois et revanchard de Carlo Ancelotti, critiqué par la majorité des commentateurs français comme un entraîneur surcoté et sans connaissance tactique. Ce même Ancelotti qui a réussi l'année dernière à apaiser le vestiaire madrilène, connu comme l'un des plus difficiles au monde, à gagner la fameuse Decima, et qui, cette année, a encore perfectionné ce qui était déjà la meilleure équipe d'Europe. Mais revenons au PSG. Comment se fait-il qu'une mécanique si bien huilée cesse de fonctionner du jour au lendemain ? Comment se fait-il que des joueurs de haut niveau, Ibrahimovic, Silva, Luiz, Cavani, Matuidi, puissent régresser autant d'un match à l'autre ? Comment le PSG peut-il aborder sereinement son match contre Chelsea, qui de son côté semble plus fort que l'année dernière, s'il n'arrive plus à imposer sa loi dans la « terrible » Ligue 1 ? Alors que l'attente des supporters est énorme, et qu'aucun faux pas ne sera pardonné à son entraîneur, le PSG doit impérativement se remettre en question.
Un bon entraîneur gagne. Un très grand entraîneur gagne, (re)gagne et (re)gagne encore. C'est la capacité de Laurent Blanc à surmonter cette période de doute qui est maintenant remise en question. D'autant plus qu'à Bordeaux, alors qu'il se trouvait dans une situation similaire, il n'avait pas réussi à s'en sortir. L'entraîneur doit redonner confiance à ses joueurs-clés et surtout faire des choix. Il est clair que Thiago Silva a été traumatisé par la Coupe du monde et que ce n'est plus lui rendre service que de le titulariser automatiquement à chaque match. Surtout que le jeune Marquinhos, jusque-là très performant, attend patiemment son tour. Il est clair que David Luiz a de sérieuses lacunes tactiques – toujours écouter José Mourinho – qui l'empêchent pour l'instant, malgré ses qualités, d'être un défenseur central de haut niveau. Le Président garde la possibilité de le repositionner au milieu de terrain où son abattage physique pourrait faire la différence. Il est clair que Thiago Motta, autrefois moteur de l'équipe, n'est plus à son meilleur niveau. L'entraîneur doit envisager des solutions alternatives pour donner le tempo du jeu sans tomber dans la facilité. Le PSG a encore le temps de se ressaisir. Punir ses stars comme cela est fait actuellement avec Cavani et Lavezzi ne semble pas être la bonne solution. Le club ne peut plus faire l'économie d'une sérieuse autocritique : s'il veut être un grand club, le PSG doit se comporter comme un grand club, savoir gérer ses stars et ses conflits en interne, et savoir anticiper les problèmes de méforme et de vieillissement de ses meilleurs joueurs.
Laurent Blanc ne semble plus être l'homme de la situation. Mais comme, de toute façon, aucun grand entraîneur n'est actuellement disponible sur le marché, il lui reste encore un peu de temps pour nous faire mentir. C'est à lui de jouer maintenant.
P.-S. À analyser les difficultés que rencontre le PSG, on se rend un peu plus compte de l'exceptionnalité du règne lyonnais dans les années 2000.


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