La délégation arabe reçue par le Premier ministre. Dalati et Nohra
C'est un message très clair d'appui à la stabilité du Liban, à ses institutions, mais aussi à ses capacités d'accueil des réfugiés syriens qu'une délégation de la Ligue arabe, en visite de quelques heures à Beyrouth, a transmis hier aux responsables.
Arrivés le matin à Beyrouth, le ministre koweïtien des Affaires étrangères, cheikh Sabah Khaled al-Sabah, son homologue mauritanien, Ahmad Wold Tagidi, et le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, ont été successivement reçus par le président de la Chambre, Nabih Berry, le Premier ministre, Tammam Salam, et le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil.
Le Koweït assure actuellement la présidence du sommet, tandis que la Mauritanie assume celle du Conseil ministériel arabe des Affaires étrangères, note-t-on.
La visite comprenait deux volets, l'un politique, l'autre économique et humanitaire.
Sur le plan politique, il s'agissait d'abord d'informer le Liban des efforts déployés par la Ligue arabe en faveur d'un règlement de la crise en Syrie et de le sonder sur ses besoins concrets, à l'approche du prochain sommet arabe prévu le 28 mars prochain au Caire. Dans l'espoir, bien entendu, qu'un chef de l'État aura été élu d'ici là.
Au sujet de la situation en Syrie, le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, s'exprimant après sa rencontre avec M. Bassil, a apporté les précisions suivantes : « Toutes les parties engagées dans le conflit syrien sont exténuées. Le pays est détruit et, selon les estimations des Nations unies, qui sont précises, environ 13 des 23 millions de Syriens souffrent de la situation, neuf millions d'entre eux à l'intérieur même de la Syrie et quatre autres millions comme réfugiés à l'étranger. C'est une situation unique au monde. Une réunion de l'opposition interne syrienne se tiendra bientôt au Caire. Il y aura ensuite une réunion à Moscou, qui entretient de bonnes relations avec Damas. Nous espérons qu'après ces deux réunions, l'opposition et le gouvernement décident de se rencontrer. »
D'un autre côté, a enchaîné le responsable arabe, l'émissaire du secrétaire général de l'Onu Staffan de Mistura, qui travaille déjà sur l'acheminement d'aides humanitaires massives à la Syrie à partir de quatre points différents, a lancé l'idée d'un gel des combats dans certaines villes, à commencer aujourd'hui par Alep. Nous espérons donc qu'une nouvelle rencontre entre opposition et régime ait lieu, en dépit de tout ce qui se dit, car toutes les résolutions de la Ligue arabe pointent vers une solution politique en Syrie.
(Lire aussi : Joumblatt déplore le silence des peuples arabes face à la montée du terrorisme)
Volet humanitaire
« Notre instance sur un règlement politique est essentielle, a enchaîné le ministre koweïtien des AE, mais ce volet politique s'accompagne d'un volet humanitaire. Le Koweït accorde une attention particulière à l'aggravation de la situation humanitaire du peuple syrien et envisage sérieusement de tenir au Koweït une troisième réunion de pays donateurs. L'appui à l'effort déployé sur le plan humanitaire par le Liban entre dans nos comptes. Nous sommes conscients que les ressources libanaises en énergie, en eau et même sur le plan du réseau routier sont mises à rude épreuve. Le directeur général du Fonds koweïtien de développement sera au Liban dans deux jours pour évaluer le coût de ce service civil. Nous sommes et serons toujours à vos côtés. »
Le terrorisme
La visite de la délégation arabe a ceci de remarquable qu'elle intervient après des mois d'apparente indifférence, et alors même que certains hommes politiques jugent que le monde a « autre chose à faire » que de se pencher sur la stabilité du Liban. En fait, à côté des volets politique et humanitaire, elle comprenait aussi un volet antiterroriste.
« Nous nous sommes mis d'accord sur un plan global adopté par tous les pays pour faire face au terrorisme », a souligné en particulier le ministre syrien des AE, à l'issue de sa rencontre avec M. Bassil. Ce dernier, de son côté, a rappelé que le combat contre le terrorisme est un combat contre l'intolérance religieuse et le pluralisme culturel et religieux, estimant que les pays arabes devraient être les premiers à y faire face.
Sur ce plan, et en dépit des catastrophes qui se sont abattues sur lui depuis des mois, il faut reconnaître que le Liban a fait preuve d'une étonnante résilience, comme le souligne l'ancien chef de l'État, Michel Sleiman, depuis le siège patriarcal de Bkerké. M. Sleiman a plaidé pour que cette résilience soit « développée » et mise à profit, pour consolider encore plus l'unité nationale.
De fait, il semble que le monde a de plus en plus conscience de l'urgence où se trouve le Liban de combattre le terrorisme sur son sol. Ainsi, selon des indiscrétions venues du palais Bustros, le président français François Hollande a fait part, dimanche, à M. Bassil de la solidarité de son gouvernement face à l'attentat terroriste contre un café de Jabal Mohsen. De son côté, M. Bassil n'a pas hésité à fournir aux responsables arabes qu'il a pu rencontrer à l'Élysée des informations sur ce regain d'activités des jihadistes au Liban.
De fait, après le double attentat de Tripoli, la riposte libanaise à Roumieh, qui a trouvé un écho dans le Qalamoun syrien, ainsi que dans certaines parties de Saïda et de Tripoli, prouve que l'hydre terroriste, ou si l'on veut la nébuleuse jihadiste est la même dans différentes parties du Liban, et que les cellules qui se sont réveillées en Europe et ailleurs en relèvent aussi. Et dans ce combat, qui est aussi bien militaire qu'humaniste, la culture de la modération du Liban est appelée à continuer à servir de modèle.
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08 h 12, le 14 janvier 2015