En dépit du double dialogue entre, d'une part, le courant du Futur et le Hezbollah et, d'autre part, le chef du CPL et le chef des Forces libanaises, qui donne l'impression que le dossier présidentiel pourrait sortir de l'impasse, le scepticisme reste de mise. Un ancien Premier ministre qui suit de près la situation régionale, internationale et locale estime que l'heure de l'élection présidentielle n'a pas encore sonné. Avec beaucoup de pragmatisme, il précise que sur le plan local, peu de parties ont réellement intérêt à ce que l'élection présidentielle ait lieu. Sur le plan chrétien, tous les candidats déclarés ou non ne veulent pas de l'élection s'ils ne sont pas sûrs d'être élus. Dans le flou actuel des positions régionale et internationale, chaque candidat croit avoir encore toutes ses chances, et pour cela, il n'est pas prêt à faire des concessions à un autre, quel que soit cet autre. Sur le plan des autres communautés, et surtout des autres formations politiques, la situation n'est guère différente et il y a peu d'empressement pour élire un nouveau président de la République. Si on prend par exemple les chiites, et en particulier le mouvement Amal, ils n'ont jamais été aussi puissants au sein du gouvernement avec Ali Hassan Khalil au ministère des Finances et Ghazi Zeaïter au ministère des Travaux publics et des Transports. Pourquoi voudraient-ils renoncer à cette situation pour élire un président qui aurait forcément une part dans le nouveau gouvernement, ce qui devrait forcément réduire leur influence au sein du gouvernement et de l'appareil du pouvoir en général ? Même situation chez les druzes où, avec son superministre Waël Bou Faour, Walid Joumblatt fait pratiquement la loi au sein du Conseil des ministres, comme il le fait déjà au Parlement. Avec un nouveau président et un nouveau gouvernement, il risque de perdre ce poids exceptionnel dans la vie politique. Même les Arméniens ont aujourd'hui un poids qu'ils n'auraient jamais espéré, puisque la voix d'un de leurs ministres peut bloquer toutes les décisions du gouvernement. La seule partie qui aurait intérêt à ce qu'un nouveau président soit élu, c'est sans aucun doute la communauté sunnite, laquelle a perdu dans le système actuel de prise des décisions au sein du Conseil des ministres une grande partie de son poids et de son influence. Avec l'attribution d'un droit de veto à chacun des 24 ministres, le poids du Premier ministre est donc désormais équivalent à celui de n'importe quel autre ministre. Le pouvoir exécutif qu'il partageait presque à égalité avec le président de la République, il doit désormais le partager avec 23 ministres. Son influence s'est donc réduite et, à travers lui, celle de l'ensemble de la communauté sunnite et du courant du Futur en général. Aujourd'hui, sur le plan local, ce sont ceux-là qui ont le plus hâte d'élire un nouveau président. Mais le problème, c'est qu'à eux seuls, ils ne peuvent pas pousser les autres parties à accepter la tenue de l'élection présidentielle. D'autant que leur décision est aussi tributaire de celle de parties régionales dont l'Arabie saoudite.
Selon l'ancien Premier ministre, si l'on regarde la situation régionale et internationale, nul n'est non plus pressé de doter le Liban d'un nouveau président de la République. Chaque pays est plongé dans ses propres problèmes et a d'autres priorités. L'évolution de la situation régionale est encore confuse, et avec les développements en cours, il y a des points d'interrogation sur l'avenir des pays actuels et sur les frontières dessinées par l'accord Sykes-Picot. On ne peut donc pas attendre des pays régionaux et même internationaux une initiative claire pour accélérer l'élection d'un président pour le Liban au moment où la région tout entière est en pleine ébullition et où les contours des solutions à venir son encore imprécis. Au mieux, c'est un message clair d'appui à la stabilité du Liban et à son intégrité territoriale qui peut être délivré aux Libanais, et c'est ce qui a été fait à travers la visite spectaculaire d'une délégation arabe envoyée par la Ligue arabe hier à Beyrouth.
Si on revient à la dernière élection présidentielle, on remarque qu'elle a eu lieu après une vacance à la tête de la République, une grave secousse sécuritaire représentée par les incidents du 7 mai 2008 suivis de la conférence de Doha. On peut donc imaginer que le même scénario pourrait se reproduire, puisque la vacance à la tête de l'État dure depuis plus de sept mois. Mais cela voudrait dire qu'il faudrait s'attendre à une secousse sécuritaire importante de nature à pousser toutes les parties internes à accepter l'idée de l'élection présidentielle, renonçant ainsi à leurs intérêts propres. Une telle secousse n'est pas impossible dans la situation précaire actuelle et avec les nombreux dossiers qui pèsent sur le Liban. Mais la question qui se pose est la suivante : où devrait se tenir la conférence qui mettrait fin à la vacance à la tête de la République ? À Doha, à Riyad ou ailleurs ? Qui devrait faire les concessions qui permettraient l'élection d'un nouveau président et à quel prix ? Toutes ces questions n'ont pas de réponses à ce stade, tant la situation est encore complexe et tant il est difficile de prévoir ce qui sortira des incendies allumés dans plusieurs pays de la région. Ce qui est sûr, c'est que l'accord de Doha était une régression par rapport à l'accord de Taëf, qui est lui-même une régression par rapport au pacte national, puisqu'il a quelque part consacré un partage confessionnel du pouvoir. Quel sera le niveau de la régression atteint par la grâce du nouvel accord éventuel qui devrait paver la voie à l'élection d'un nouveau président ? Il est difficile de le prédire pour l'instant. Mais ce qui est sûr pour cet ancien Premier ministre, c'est qu'il n'y a pas d'élection présidentielle en vue dans un proche avenir. La vacance à la tête de l'État arrange la plupart des parties internes, et sur le plan international et régional, les priorités sont différentes.
Liban - Décryptage
Pas d’élection présidentielle en vue, en dépit des dialogues en cours
OLJ / Par Scarlett HADDAD, le 13 janvier 2015 à 00h00



Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Le poste de président n'est plus nécessaire dans cette république de Tâëf ! La preuve avec ce gouvernement, dans lequel il suffirait de permettre aux 6 principales confessions (orthodoxe- maronite-catholique et sunnite-chiite-druze) de détenir chacune à tour de rôle et pour une durée de 8 mois (6 X 8 = 48 mois : une législature), le poste de premier ministre pour que la crise institutionnelle soit résolue.
02 h 22, le 14 janvier 2015