Le syndicat des propriétaires de camions du port de Beyrouth bloquait hier les accès au port.
Le syndicat des propriétaires de camions du port de Beyrouth, une organisation qui regroupe environ 1 500 adhérents, a entamé hier une grève surprise, bloquant les accès au port de Beyrouth jusqu'à minuit. Motif ? Le remblaiement du bassin n°4 du port de Beyrouth qui doit permettre de libérer 150 000 m² de surface pour stocker les conteneurs, en attente de sortie du port.
Pour l'Autorité du port, cette réorganisation est la seule possible afin de répondre au problème de congestion posé par la croissance rapide de l'activité portuaire.
Selon les chiffres communiqués par l'Autorité, quelque 290 730 EVP (équivalent vingt pieds, soit l'équivalent de 33 m3) ont été réceptionnés au port de Beyrouth sur les dix premiers mois de l'année 2014. Mais pour certains des acteurs du port au contraire, dont le syndicat des propriétaires de camions, la fermeture de ce bassin est une hérésie qui ne répond pas aux besoins réels des professionnels.
« L'activité "conteneur" n'est pas la seule activité du port. Fermer ce bassin, qui accueille notamment des cargos conventionnels avec du déchargement "en vrac", serait une erreur. Car ces cargos ne pourront plus accoster à Beyrouth. Notre activité en pâtira de fait durablement », assure Naïm Sawaya, président du syndicat des propriétaires de camions, qui affirme craindre pour l'emploi des camionneurs. Il rappelle également que, selon lui, la fermeture de ce bassin obère l'avenir du port qui ne serait plus alors en mesure d'accueillir les bateaux les plus longs (comme ceux par exemple qui transportent le fer) ou même les navires militaires.
De son côté, Hassan Koraytem, PDG du Comité de gestion et d'exploitation du port de Beyrouth (GEPB), une structure mixte (privée et publique), justifie le besoin d'extension par le fait que « seulement 20 % de la surface du port est utilisée pour les conteneurs qui représentent 80 % de son activité. A contrario, le transport conventionnel ne représente que 20 % de l'activité mais occupe 80 % de la surface du port ».
L'histoire des travaux de ce bassin n° 4 est un véritable sac de nœuds. Depuis 2013, les deux camps s'affrontent, sans trouver de terrain d'entente. Récemment, le syndicat des propriétaires de camions du port de Beyrouth a présenté un recours devant le Conseil d'État, demandant un sursis à l'exécution des travaux du bassin n° 4. Le recours a été rejeté : le Conseil d'État a estimé que le syndicat n'avait pas donné la preuve que sa requête était fondée sur une « cause sérieuse et importante » pouvant entraîner pour lui un « véritable dommage ».
C'est pourquoi, aujourd'hui, les camionneurs se tournent vers la commission parlementaire des Travaux publics, des Transports, de l'Énergie et de l'Eau, présidée par Mohammad Kabbani. Cette commission devrait ensuite demander au Conseil des ministres de statuer (en l'absence de président de la République) sur l'abandon des travaux.
Dans leur lutte, les camionneurs bénéficient d'un soutien politique, qui allie le parti Kataëb au Courant patriotique libre (CPL). Le patriarche maronite leur a également apporté son soutien.

