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Le Liban en 2014

Exit la Constitution

05/01/2015

Le Liban est sans président depuis bientôt huit mois, avec un Parlement par deux fois autoprorogé, et sans aucun signe permettant de croire que, dans un proche avenir, un déblocage est possible.
Le président de la Chambre pourra peut-être convoquer 15 nouvelles séances parlementaires, qui s'ajouteront aux quinze qu'il a déjà convoquées pour l'élection d'un président, l'impression est que l'accession d'un nouveau chef de l'État à Baabda n'est pas pour bientôt, à moins que le 8 Mars ne se résigne à accepter le compromis proposé par ses adversaires politiques et à renoncer à la candidature du chef du CPL, Michel Aoun, au profit d'un candidat de compromis. Jusqu'à il y a quelques semaines, les conciliabules internes et externes tournaient autour de ce point.

Deux facteurs principaux ont permis de relancer la dynamique autour de la présidentielle. Un troisième est sur les rails. Le premier est le ballet diplomatique au cœur duquel la France joue un rôle prépondérant, avec les navettes de l'émissaire du Quai d'Orsay, Jean-François Girault, entre l'Iran, l'Arabie saoudite et Beyrouth, appelées dit-on à reprendre à la nouvelle année. Le deuxième est l'amorce du dialogue entre le Hezbollah et le Courant du Futur, également appelé à se poursuivre au début de la nouvelle année, et le troisième s'exprime par les préparatifs d'une possible rencontre entre les chefs du CPL, le général Michel Aoun, et des Forces libanaises, Samir Geagea, tous deux candidats à la présidentielle.

Ces trois facteurs, s'ils débouchent, peuvent en effet non seulement favoriser la présidentielle, mais débloquer nombre d'autres dossiers. Mais qu'on ne se fasse pas d'illusions. Le premier a très peu de chances d'aboutir, à moins que l'Iran n'accepte de s'associer à cet effort et ne parvienne à convaincre son allié local, le Hezbollah, de la nécessité de soutenir l'idée d'un candidat consensuel autour duquel « les grands électeurs chrétiens » s'entendraient.

Quant au deuxième, on retiendra surtout son effet calmant sur une scène sunnito-chiite chauffée à blanc pendant de longs mois, à cause des événements de Tripoli, de ceux de Ersal et des incidences sur le Liban de l'implication du Hezbollah dans la guerre en Syrie. La récente déclaration du responsable Hezbollah, Mahmoud Comaty, à Rabieh, réaffirmant le soutien « inébranlable » de son parti à la candidature du général Aoun à la tête de l'État, pourrait doucher les espoirs de tous ceux qui ont pensé à un moment donné que le dialogue avec le Futur ouvrira la voie bloquée de Baabda.
Mais il reste toujours ce « si » auquel on s'accroche, espérant qu'il se concrétisera pour démentir les pronostics pessimistes sur la présidentielle.

À supposer que ces vœux se réalisent, il restera deux questions occultées pour le moment mais que les événements des sept derniers mois posent avec acuité : qui pourra réhabiliter la Constitution foulée aux pieds et s'assurer que ses dispositions seront respectées quels que soient les intérêts des uns et des autres? Qui peut garantir que de nouveaux blocages ne se reproduiront pas, que ce soit au niveau du gouvernement ou de la loi électorale, deux dossiers dont les enjeux sont aussi importants, sinon plus, pour les parties en présence sur la scène locale, que la présidentielle.

Si ces deux questions se posent, c'est parce que le blocage, imposé dans l'intérêt d'un individu ou d'un parti, a fini par s'ancrer comme une tradition dans la vie politique libanaise au mépris des règles démocratiques les plus élémentaires et de l'intérêt général du pays.
Le blocage a commencé à s'imposer après le départ des forces syriennes en 2005. On se souvient ainsi du sit-in que le Hezbollah et le CPL avaient organisé pendant près de deux ans au centre-ville pour obtenir la chute du gouvernement Siniora et de ses incidences économiques. On se souvient aussi des laborieuses tractations pour la formation du Cabinet Hariri, d'abord, du gouvernement Salam ensuite, puis du blocage dans la composition de l'équipe Salam et des exigences de portefeuilles et de noms.

Aujourd'hui le même scénario se répète avec la présidentielle, et la tendance au blocage soulève avec acuité un autre problème, celui de la confiance. Les questions qu'on peut poser dans ce contexte sont simples : les Libanais, toutes appartenances confondues, peuvent-ils faire confiance à un président dont les intérêts premiers seraient liés à sa personne et au groupe politique qu'il représente ? Peuvent-ils croire qu'il est capable de rendre ses lettres de noblesse à la Constitution, après avoir contribué à la paralyser ?

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